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Dans un rapport publié ce jeudi 12 septembre, un collectif d’organisations de la société civile et d’instituts de recherche constatent que le monde ne peut pas atteindre l’objectif N°1 de la Déclaration de New York sur les forêts (New York Declaration on Forests, adoptée en 2014), qui porte sur la réduction de la déforestation.
 
Cet objectif est de « Réduire au moins de moitié le taux de perte de forêts naturelles dans le monde d'ici 2020 et s'efforcer de mettre fin à la perte de forêts naturelles d'ici 2030 ».
 
Or, ironie du sort, le rapport, publié la semaine dernière, note que « depuis que la Déclaration de New York sur les forêts a été approuvée, la perte annuelle moyenne de forêts primaires tropicales humides a cru de 44% ».
 
Car, on est passé d’une moyenne de 3 millions d’hectares de forêts perdus par an entre 2001 et 2013 à 4,3 millions d’hectares perdus par an entre 2014 et 2018.
 

Situation « alarmante »

 
Pour mieux matérialiser cette situation, les auteurs du rapport font remarquer qu’entre 2014 et 2018, des arbres couvrant en moyenne la superficie du Royaume-Uni ont été coupés chaque année à travers le monde.
 
Deuxième poumon écologique du monde après l’Amazonie, le bassin du Congo fait d’ailleurs l’objet d’une étude de cas dans le rapport, qui y met en évidence une situation "alarmante".
 
« Entre 2001 et 2018, le bassin du Congo a perdu plus de 22 millions d'hectares d'arbres, avec des taux de perturbation atteignant des sommets sans précédent au cours des trois dernières années », peut-on lire.
 
Plus grave, « depuis 2014, trois pays - la République démocratique du Congo (RDC), la République du Congo et le Cameroun - ont perdu 7,6 millions d'hectares de couvert forestier, une superficie plus grande que le Panama », soulignent les auteurs du rapport.
 
Pour Ingrid Schulte, l’auteure principale du rapport, l’une des principales raisons de cet échec réside dans le fait qu’à grande échelle, « nous n’avons toujours pas abordé les facteurs sous-jacents à la déforestation. Il s’agit de facteurs tels que les incitations économiques et politiques, qui ne sont pas alignés sur les résultats en matière de conservation ou de durabilité de la forêt. »
 

Peu de financements

 
Selon son analyse, bien que ces facteurs aient un potentiel important en matière de contribution à l'atténuation de la déforestation, et partant, du changement climatique, ils reçoivent encore très peu de financements.
 
« Depuis 2010, environ 22 milliards de dollars de financements ont été engagés pour des activités ayant un impact positif sur les forêts des pays tropicaux à forte déforestation. C’est à peine plus de la moitié des 40 milliards de dollars dépensés pour les Jeux olympiques de Beijing en 2008 », illustre Ingrid Schulte qui est par ailleurs chercheure chez Climate Focus, un think tank spécialisé dans les questions relatives au climat.
 
En outre, elle regrette le fait que des centaines de milliards de dollars continuent de circuler autour d'une production de produits potentiellement non durables et présentant un risque pour les forêts, avec peu de mesures de protection pour protéger cet environnement.
 
Abondant pratiquement dans le même sens, Denis Sonwa, chercheur au Centre pour la recherche forestière internationale (CIFOR - Center for International Forestry Research) soutient qu’il y a encore beaucoup d’efforts à faire en termes de coordination intersectorielle.
 
S’appuyant sur l’exemple de l’Afrique centrale, l’intéressé affirme que les facteurs de la déforestation sont l’agriculture, la recherche du bois-énergie, les mines, entre autres.
 
« Si on doit réduire la déforestation dans ces pays, la volonté politique affichée qui peut être l’œuvre des ministères des Forêts et de l’Environnement doit associer les ministères de ces autres secteurs pour que ceux-ci intègrent les mêmes engagements dans leurs activités », explique-t-il.
 

Coordination intersectorielle

 
Pour Denis Sonwa, ce n’est d’ailleurs pas tout d’afficher cette volonté politique et d’assurer une bonne coordination intersectorielle. Il faudrait pouvoir l’implémenter sur le terrain et cela requiert une gouvernance à plusieurs échelles.
 
« Il faudrait que les niveaux national, provincial et local puissent intégrer ces objectifs de réduction de la déforestation et qu’ils puissent aussi avoir les capacités techniques pour pouvoir les implémenter », affirme-t-il dans un entretien avec SciDev.Net.
 
En l’absence d’une telle démarche, Ingrid Schulte met en garde : « Si nous continuons à détruire nos forêts, en particulier nos forêts primaires, nous perdons des stocks de carbone accumulés depuis des centaines d'années et nous nous exposons à de nouveaux risques climatiques ».
 
Car, à l’en croire, bien que la restauration puisse offrir divers avantages en matière d'adaptation au climat et de résilience, de carbone, d'écosystème et de moyens de subsistance, elle ne peut compenser la perte de ces forêts matures.
 
À ce stade, la plupart des autres objectifs de la NYDF connaissent un sort qui n’est pas si différent de celui de l’objectif de diminuer de 50% le taux de perte des forêts. Certes, quelques progrès ont été enregistrés sur l’objectif de restauration des paysages forestiers en 2020 qui a été réalisé à 18% depuis 2000, soit 26,7 millions d’hectares.
 
Mais, dans le même temps, aucune des 350 entreprises les plus influentes ayant des activités liées aux forêts n’est en voie de concrétiser ses engagements en matière de chaînes d'approvisionnement exemptes de déforestation d'ici 2020.
 

Optimisme

 
Ce qui n’empêche pas Denis Sonwa d’être optimiste pour l’échéance de 2030. « on peut atteindre les objectifs fixés pour 2030 si on met en place suffisamment de volonté et de capacités techniques, humaines et financières nécessaires pour transformer la situation qu’on a déjà sur le terrain ».
 
Par exemple, dit-il, « dans la filière palmier à huile, à côté de l’agro-industrie, il y a des petits producteurs. La manière dont ceux-ci travaillent a une empreinte écologique très importante. Pour inverser la tendance, il faudrait avoir des politiques qui permettent de travailler avec tous ces différents acteurs ».
 
Cet optimisme est partagé par Ingrid Schulte, qui se dit convaincue que le monde a les capacités d’atteindre les objectifs de 2030.
 
« Bien que nous n'ayons pas réussi à réduire les pertes forestières au cours des cinq dernières années, dit-elle, nous avons fait un excellent travail d'amélioration de nos données et disposons des outils, des connaissances et des idées nécessaires pour aider les décideurs à avoir une meilleure stratégie afin que nous voyions des résultats concrets ».