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[YAOUNDE] A l’initiative d’Aforpolis (African forests policies and politics), l’université de Dschang (Cameroun), l’université de Göttingen (Allemagne) et le Global Environmental Institute [1] (Chine) ont organisé les 3, 4 et 5 septembre à Yaoundé (Cameroun) le tout premier atelier Afrique-Chine sur le thème : « gouvernance forestière, investissements et durabilité en Afrique ».
 
A l’origine de cette conférence se trouvent les conséquences de l’exploitation forestière chinoise en Afrique sur la biodiversité. Brigitte Anziom de l’Astradhe (Association pour la traduction, l’alphabétisation et le développement holistique de l’être humain – basée à Lomié, dans l’est du Cameroun), estime, à titre d’illustration, que « dans notre zone qui est peuplée par les pygmées Baka, les entreprises chinoises ont provoqué une forte pression sur le pangolin géant parce que les Chinois les chassent pour leurs écailles qu’ils exportent  ».
 
En outre, ajoute-t-elle, « ceux qui pratiquent la médecine naturelle n’ont plus de la matière pour traiter les malades. Parce que des arbres comme le tali et le moabi, dont les fruits, les feuilles et les écorces très utilisées dans la pharmacopée traditionnelle, sont coupés systématiquement par les exploitants chinois ».
 
Les documents officiels de la conférence précisent d’ailleurs que 75% des grumes de bois produits en Afrique en 2017 furent exportés vers la Chine, qui est désormais le principal importateur de bois tropicaux en provenance des pays du bassin du Congo.
 
« Ces investissements chinois sont au cœur de nombreux débats, du fait de leurs impacts environnementaux et sociaux », peut-on lire.
 
Aussi les chercheurs se sentent-ils interpellés : «  Nous croyons qu’il est plus que jamais fondamental de penser la gouvernance des forêts dans sa globalité », indique Symphorien Ongolo, enseignant-chercheur à l’université de Göttingen, en Allemagne.
 
« Car, dit-il, l’un des crédos d’Aforpolis est d’essayer de concilier et de renforcer les liens entre la science et les politiques publiques pour que la décision politique soit plus que jamais nourrie du savoir scientifique ».
 
Et, renchérit Brusil Miranda Metou, enseignante-chercheure et vice-recteur à l’université de Dschang (Cameroun), « l’université s’appuie sur son principal levier qu’est la recherche pour susciter le débat et attirer l’attention sur certaines normes et sur l’impératif du respect de ces normes dans l’exploitation forestière ».


 
En effet, souligne Jiaman Jin, directrice exécutive de Global Environmental Institute en Chine, « les instituts de recherche ne peuvent pas directement stopper l’exploitation forestière. Mais, ils peuvent aider à établir un dialogue entre les décideurs politiques, les exploitants forestiers, les communautés, les chercheurs d’Afrique et de Chine, afin qu’ils discutent et trouvent ensemble des solutions aux problèmes qui se posent ».
 
Parmi les propositions des chercheurs pour maîtriser les conséquences associées à l’exploitation croissante par la Chine des terres forestières en Afrique, il y a la nécessité de promouvoir la certification de la gestion forestière.
 
C’est par exemple le point de vue d’Alain Karsenty, chercheur au département « Environnements et Sociétés » du CIRAD (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement).
 


« Il faudrait que les entreprises chinoises aillent vers une certification de légalité ou une certification de bonne gestion forestière », dit-il.
 
Et le chercheur français de préciser : « Pour les y encourager, nous réfléchissons à un système dans lequel la fiscalité des entreprises certifiées serait avantageuse, couplée à une aide internationale qui viendrait compenser le manque à gagner fiscal des Etats concernés ».
 
Alain Karsenty soutient sa proposition, en disant que l’ennui avec les entreprises chinoises, y compris celles qui essaient de bien faire, est le recours à la sous-traitance ; or, celle-ci dilue la chaîne des responsabilités.
 
D’où son invitation à l’endroit de la Chine pour qu’elle « mette en place un règlement pour l’importation du bois, à l’image de celui de l’Union européenne qui pénalise l’importation du bois illégal et oblige l’importateur à vérifier que le bois importé est légal ».
 

Guide

 
« Nous ne croisons pas les bras », semblent répondre les autorités chinoises. Au cours de la conférence de Yaoundé, Chen Yong, le directeur adjoint de la National Forestry and Grassland Administration (NFGA) [2] en Chine s’est voulu précis…
 
« Nous disposons d’un guide élaboré en collaboration avec la Grande-Bretagne et qui permet d’effectuer des visites auprès des entreprises forestières chinoises et de mener des enquêtes sur leurs activités », dit-il.
 
« Certes, poursuit Chen Yong, il y a des difficultés de législation en Chine ; mais, il existe des mesures contre les entreprises qui feraient la coupe illégale du bois ».
 
« Le problème est qu’il y a deux types d’entreprises forestières chinoises : il y a d’un côté les entreprises d’Etat ou dans lesquelles l’Etat chinois détient des parts, et de l’autre côté les entreprises privées », nuance Alain Karsenty.
 

Pratiques irrégulières

 
A en croire ce dernier, les premières ont de bonnes pratiques parce qu’elles sont directement sous la surveillance de la diplomatie chinoise qui est attentive à l’image de marque de la Chine.
 
« Sauf qu’environ 80% des entreprises forestières chinoises en Afrique sont privées et ne sont pas sous le contrôle de l’État, d’où ces pratiques irrégulières qui sont dénoncées », conclut Alain Karsenty.
 
En tout état de cause, Jiaman Jin salue le dialogue entre les acteurs des différentes parties parce que, dit-elle, il permet une meilleure compréhension et une meilleure connaissance de l’impact de l’exploitation minière chinoise, afin d’y apporter des solutions.


Références

[1] Institut mondial de l’environnement
[2] Administration nationale des forêts et des pâturages