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L’Agence française de développement (AFD) a organisé le 27 mars dernier à son siège à Paris, une conférence intitulée "L’Afrique a-t-elle les capacités d’assurer son autonomie énergétique ?", pour envisager les pistes vers un développement énergétique durable du continent et les moyens d’accompagner les pays africains dans cette transition.
 
Productrice d’énergie - pourvoyeuse de 19% du pétrole mondial et d’uranium -, l’Afrique en est cependant peu consommatrice.

Un paradoxe que souligne Roberto Cantoni, chercheur à l’Université de Bonn, en préambule à son intervention, lors de la conférence, organisée par l’AFD, dédiée à la potentielle autonomie énergétique du continent.

“L’énergie a une place prépondérante dans le processus de transition industrielle, démographique, fiscale et même démocratique des pays africains.”

Kako Nubukpo, professeur titulaire de sciences économiques à l’Université de Lomé.

La conférence fait suite à la publication d’un dossier de la revue Afrique contemporaine, consacré aux énergies en Afrique et piloté par Roberto Cantoni et Marta Musso.

Si l’Afrique n’utilise que peu l’énergie, les disparités en matière d’accès à l'énergie sont cependant notables. Le Maghreb et l’Afrique du Sud atteignent ainsi un taux de couverture des besoins de plus de 80%, alors que l’Afrique centrale et l'Afrique de l’Ouest ont un accès à l’énergie en-deçà des 20%.

Une certaine hétérogénéité prévaut ٞégalement au niveau des sous-régions. « Au Ghana, 70% de la population a accès à l’énergie, alors qu’au Niger, au Burkina Faso ou au Liberia, le taux est inférieur à 20% », précise Robert Cantoni. Les inégalités sont également sensibles au sein-même des pays.

« L’électrification suit souvent des axes reliant la capitale à une ou des villes périphériques. En dehors de ces couloirs, les pays sont plongés dans l’obscurité », ajoute Pierre Jacquemot, président du Groupe de recherche et d’échange technologique (GRET) et chercheur associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS).

Pourtant, l’énergie joue un rôle fondamental dans le développement du continent, comme le note Kako Nubukpo, professeur titulaire de sciences économiques à l’Université de Lomé.

« L’énergie a une place prépondérante dans le processus de transition industrielle, démographique, fiscale et même démocratique des pays africains », explique-t-il. 

Mais pour Christian de Gromard, spécialiste de l’énergie à l’AFD, « le terme d’autonomie ne sous-tend pas d’être autosuffisant - la France ne l’est pas, elle importe pétrole et gaz », précise-t-il, « mais de maîtriser son énergie et de gérer la demande. »

Pour parvenir à l’objectif de l’accès énergétique à l’ensemble du territoire africain d’ici 2030, la diversification des sources d’énergie est essentielle pour le référent de l’AFD.

« Les besoins sont encore trop largement assurés par l’hydraulique et le thermique - bois et pétrole », note Christian de Gromard.

“Le solaire est l’énergie la moins chère, mais il nécessite un investissement avec un amortissement sur 20 ans, pour acquérir des équipements de qualité.”

Christian de Gromard - AFD

De l'avis des conférenciers, l’intégration des énergies renouvelables et le recours à des énergies hybrides pour pallier les diminutions de production inhérentes au système de production (taux d’ensoleillement variable au cours de la journée ou de l’année pour l’énergie solaire) ou les changements climatiques (hydro-électrique) sont indispensables.

Mais l’implantation de systèmes d’énergies renouvelables - biomasse, solaire, éolien - requiert une volonté d’investissement à long terme.

« Le solaire est l’énergie la moins chère, mais il nécessite un investissement avec un amortissement sur 20 ans, pour acquérir des équipements de qualité », insiste Christian de Gromard. L’éolien quant à lui est quasiment inexistant à l’échelle du continent, selon Marie-Noëlle Reboulet, présidente de l’Organisation non gouvernementale Groupe énergies renouvelables Environnement et Solidarités (GERES).

La biomasse comme source d’énergie est elle aussi largement négligée, aussi bien par les gouvernements que par les bailleurs de fonds.

Pourtant, le bois de feu représente à lui seul 70% de l’énergie finale utilisée (bois et charbon de bois) en Afrique, voire 80% pour plus d’un tiers des pays, selon Gérard Madon, consultant en développement durable, président d’Enercoop Midi-Pyrénées et gérant de MAS, une société d’exploitation de parcs solaires.

Et le bois-énergie devrait, malgré le développement d’alternatives énergétiques, rester un combustible majeur dans les 30 prochaines années.
Pour le spécialiste, il doit donc impérativement être valorisé, d’autant plus qu’il s’agit d’une énergie de première nécessité, puisqu’elle sert notamment à la cuisson des aliments.

Les investissements dans des foyers améliorés sont impératifs pour à la fois réduire les besoins en ressource, limiter le risque sanitaire lié à l’exposition aux particules émanant de la combustion du bois et réduire les émissions de gaz à effet de serre - un tiers des émissions de CO2 liées à la biomasse proviennent d’Afrique sub-saharienne.

La réglementation et la gestion encadrée du secteur du bois dont le chiffre d’affaires dépasse celui de la filière pétrolifère sont en outre primordiales puisqu’on assiste à un recul du couvert forestier en Afrique de l’Ouest de l’ordre de 1% par an, selon Gérard Madon.

Les prélèvements de la ressource forestière devraient quant à eux s’accroître de 3% par an d’ici 2030, en raison de l’augmentation de l’utilisation du charbon de bois (qui nécessite plus de matière première que l’utilisation du bois sous sa forme originelle) et de l’accroissement démographique.

La biomasse doit également être valorisée comme biocarburant, précise Marie-Noëlle Reboulet, avec notamment l’exploitation de l’huile de Jatropha (issue des graines de Jatropha largement présentes dans les haies d’Afrique).

La diversification des sources d’énergie et la multiplication des projets au plus près des besoins des consommateurs africains emportent l’adhésion de Christian de Gromard, qui reste prudent sur les projets de grande ampleur comme celui du Grand Inga en République démocratique du Congo.

La construction d’un gigantesque barrage sur le fleuve Congo d’une capacité de production potentielle de 12000 mégawatts (capable de répondre aux besoins en électricité de l’ensemble du pays) requiert en effet un investissement initial de 12 milliards d’euros, selon le référent de l’AFD.

Outre un problème de rentabilité, il note des difficultés techniques comme celle liée au transport de l’électricité et aux déperditions inhérentes.

Les mini-réseaux délocalisés - non raccordés au réseau général national - peuvent être une solution pour distribuer l’électricité aux populations rurales, mais pour Marie-Noëlle Reboulet, « le chemin est semé d’embûches, car les populations visées disposent de très faibles revenus et l’électricité issue de ces réseaux est plus chère à produire ». 

Au Mali, par exemple, où le GERES mène des programmes, « le kilowatt heure du réseau national coûte au consommateur 100 CFA [coût de revient de 150 CFA], alors que celui des réseaux périphériques, coûte 250 CFA », affirme la présidente de l’ONG.

Si d’un point de vue technique et des ressources, l’Afrique peut prétendre à une autonomie énergétique, comme l’affirme Christian de Gromard, le point d’achoppement reste la gouvernance.

Un effort institutionnel pour réglementer le secteur de l’énergie et lutter contre la corruption est un postulat plus que jamais nécessaire pour parvenir à fournir le continent en énergie. 2030 semble donc une échéance bien courte pour couvrir les besoins énergétiques de l’Afrique surtout ceux des populations les plus démunies.

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