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L’université de Mons (Belgique), en partenariat avec l’Agence universitaire de la francophonie (AUF), décerne chaque année depuis 2014, le Prix international de la meilleure thèse en technologie éducative.
 
Pour la 7e édition cette année, le Prix a été attribué au Burkinabè Benjamin Sia pour sa thèse intitulée : « Analyse du rapport au temps des apprenants dans un dispositif d’apprentissage collaboratif à distance », soutenue, le 28 novembre 2019 à l’université de Cergy-Pontoise (France).
 
Enseignant-chercheur à l’université Ouaga II au Burkina Faso où il est le chef du département des usages du numérique à l’Institut de formation ouverte à distance(IFOAD), Benjamin Sia explique à SciDev.Net la consistance et l’intérêt de ses travaux.
 

En quoi consiste votre thèse qui vient de vous valoir cette consécration ?

Il s’agit de l’étude de l’utilisation du temps des apprenants dans un dispositif de formation à distance dans le cadre des travaux d’équipes. Lorsqu’on parle de formation à distance, il y a des modèles pédagogiques dits socio-constitutifs qu’on adopte. Ce qui veut dire qu’on donne des activités aux apprenants à réaliser en groupes. C’est à travers la réalisation de ces travaux en groupes qu’ils construisent la connaissance et gèrent leur temps. 

“Dans la formation à distance, il faut former les enseignants, les étudiants, les tuteurs et retravailler les contenus pour les adapter aux médias qu’on va utiliser. Alors que dans l’enseignement à distance, le maître donne le cours au tableau et il est filmé”

Benjamin Sia, université Ouaga II, Burkina Faso

Les travaux ont consisté à analyser le temps d’abord pour savoir s’il peut être un indicateur de sujet de travaux de groupe. Il s’agissait aussi de comprendre si le temps que les apprenants passent dans le dispositif d’apprentissage ou qu’ils consacrent à leurs activités est qualitatif. Parce qu’on peut passer 20 minutes, 10 heures, 15 heures, sur une plateforme de formation sans vraiment y apporter une contribution dans le fond.
Ensuite, il s’agissait d’analyser l’implication des apprenants dans les travaux d’équipes tout en se demandant si l’étudiant qui consacre plus de temps dans le travail de groupe est aussi celui qui participe le plus. Et si tel est le cas, l’on détermine son engagement quantitatif et qualitatif. L’engagement quantitatif de l’étudiant, c’est l’effort qu’il fournit. Et son engagement qualitatif, c’est la qualité de ses contributions dans le groupe. Car, un apprenant peut envoyer 10 messages dans un espace de formation et 90% de ces messages peuvent ne pas être centrés sur l’apprentissage.
 

A quelles conclusions êtes-vous alors parvenu au terme de ces analyses ?

Au terme des recherches, nous avons découvert que le temps apparait comme un indicateur clé du suivi des apprenants dans un dispositif de formation à distance. Ce temps apparait également comme un temps qualitatif parce qu’il y a une bonne partie des étudiants qui se distinguent par leurs contributions. Et lorsqu’on analyse le contenu des contributions lors des travaux de groupes, l’on se rend compte qu’elles sont de qualité.
 

Concrètement, quelle plus-value votre étude apporte-t-elle à l’éducation et à l’enseignement en Afrique ?

La question de la formation à distance est très importante. Avec la COVID-19, tout le monde court vers cette option. Cela veut dire que la formation à distance peut permettre de favoriser l’accès à l’information et de renforcer les capacités des professionnels qui n’ont pas la possibilité de se déplacer pour recevoir les cours. Mais, il faut tenir compte des caractéristiques et du contexte.
Il faut faire également la nuance entre les concepts d’enseignement à distance et de formation à distance. Dans la formation à distance, il faut former les enseignants, les étudiants, les tuteurs et retravailler les contenus pour les adapter aux médias qu’on va utiliser. Alors que dans l’enseignement à distance, le maître donne le cours au tableau et il est filmé. Ce cours peut être aussi en visioconférence ou une présentation PowerPoint en direct que les étudiants suivent en prenant des notes.
Mais, il ne faut pas vouloir faire de la formation à distance avec les contenus de l’enseignement à distance. Cela ne marchera pas. Il y a des conditions à respecter. Mes recherches peuvent contribuer à adapter le dispositif d’apprentissage à distance pour qu’il nous aide à résoudre les problèmes de notre système éducatif.
 

La technologie éducative va-t-elle donc jouer un rôle croissant dans le domaine de l’éducation en Afrique ?

La recherche sur les effets de ces technologies sur l’enseignement et l’apprentissage dans le domaine de l’éducation est très importante. Aujourd’hui, ces technologies sont des outils que tout le monde doit utiliser. Il faut les prendre en compte dans les programmes de formation et les intégrer dans les programmes scolaires. Dans le cadre des formations professionnelles, il faut également penser à des programmes de formation ou à des formations en technologie de l’information et de la communication (TIC) spécifiques dans chaque domaine (santé, économie, etc.). Il faut ouvrir un champ sur les technologies en Afrique. Cela peut être aussi un moyen pour rattraper le retard du continent.
La technologie éducative peut contribuer au développement de l’Afrique. Mais, on ne l’exploite pas assez. Le développement repose sur les technologies. Il faut donner les moyens aux jeunes. Ils n’ont pas de limites d’imagination. Ils peuvent faire des merveilles dans le domaine de la technologie éducative. La technologie est un outil sur lequel on peut se baser pour résoudre beaucoup de problèmes en Afrique.
 

Quels défis technologiques l’Afrique doit-elle relever en matière d’éducation ?

Il faut mener des réflexions sur plusieurs axes. Le premier serait de voir comment faire pour produire des contenus adaptés à nos programmes. Lorsque les élèves vont sur internet, ce sont des cours de l’Europe, de l’Amérique ou du Canada qu’ils apprennent. Mais ces contenus ne sont pas adaptés à nos programmes scolaires, que ce soit au primaire, au secondaire ou à l’université. Le deuxième axe, c’est la question des infrastructures. Il faut développer des infrastructures internes qui ne dépendent pas de l’utilisation d’internet, mais sur lesquels on peut s’appuyer pour mettre en œuvre des formations à distance. Troisièmement, il faut aller vers une bonne politique numérique des universités et de l’enseignement supérieur.

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