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[YAOUNDE] Le ministère des Enseignements secondaires (Minesec) du Cameroun a entamé une profonde réforme de l’enseignement des mathématiques dans les séries scientifiques des lycées et collèges.
 
Cette réforme est dictée par les insuffisances observées dans l’enseignement et l’apprentissage de cette matière au fil des ans. A commencer par la façon d’enseigner qui a montré ses limites...
 
« Dans la plupart des établissements, c’est la méthode magistrale qui est la plus utilisée par les enseignants. Or, il est démontré aujourd’hui que cette méthode n’induit que 5% d’apprentissage. C’est-à-dire que si on vous enseigne cent mots suivant cette méthode, vous n’en retiendrez que cinq », déplore Jean-Pierre Adjaba Biwoli, inspecteur-coordonnateur général chargé des sciences au Minesec. 

“C’est la méthode magistrale qui est la plus utilisée par les enseignants. Or, il est démontré aujourd’hui que cette méthode n’induit que 5% d’apprentissage”

Jean-Pierre Adjaba Biwoli, inspecteur-coordonnateur général, Minesec

Mais, il y a aussi la question du contenu même des leçons ; car, relèvent les responsables du Minesec, il y a un certain nombre de notions essentielles au supérieur qui ne sont pas abordées au secondaire. Tandis que d’autres contenus sont bien abordés ; mais pas de façon à connecter le secondaire au supérieur.
 
« Par exemple, au secondaire, on étudie la notion de limites de façon intuitive. Quand on arrive à l’université, le premier cours en analyse, c’est sur les limites. On commence à vous parler des epsilons, des alphas… et l’enfant est un peu perdu », constate Jean-Pierre Adjaba Biwoli.
 
Donald Nkoungang, étudiant en première année de master de mathématiques, option algèbre, à l’université de Yaoundé I, se souvient justement de son expérience…
 
« Au lycée, dit-il, on avait par exemple une équation 1/N et on nous demandait de calculer la limite. Or à l’université, on demande de montrer que la limite, c’est 0. Donc on passe directement aux epsilons… Ce n’était vraiment pas évident de s’adapter ».
 
Cette situation trouve quelquefois son explication dans les déséquilibres qui persistent entre le sous-système éducatif francophone et le sous-système anglophone. Par exemple, la théorie des groupes est enseignée chez les anglophones, mais pas chez les francophones.
 
« C’est pourtant sur cela que portent les premiers cours d’algèbre dans l’enseignement supérieur. On a ainsi des enfants qui, arrivés à l’université, sont perdus dès le premier cours », déplore Jean-Pierre Adjaba Biwoli.
 

Insuffisances

Il en est de même pour la méthode d’étude des fonctions qu’on a dans le sous-système francophone et qu’il n’y avait pas dans le sous-système anglophone.
 
En conséquence, constate le Minesec, il y a très peu d’enfants sortis du secondaire qui optent pour les STEM (sciences, technologie, ingénierie et mathématique) à l’université. Or, ce sont elles qui fondent le développement.
 
« Et même le peu d’élèves qui optent pour ces filières éprouvent d’énormes difficultés à s’en sortir au niveau des différentes disciplines enseignées à cause d’un certain nombre d’insuffisances en mathématiques », regrette Jean-Pierre Adjaba Biwoli.
 
Il s’ensuit aussi un déficit d’enseignants de mathématiques. En effet, au Minesec, on estime les besoins à 1 500 enseignants de maths dans le sous-système anglophone et à 3 500 dans le sous-système francophone.
 
« Vous comprenez qu’aujourd’hui, il y a des établissements où il n’y a pas un enseignant de mathématiques », indique Jean-Pierre Adjaba Biwoli.
 
Les réformes engagées visent donc à corriger ces lacunes. Ainsi, un certain nombre de contenus des deux sous-systèmes qui n’étaient pas bien définis de façon à connecter le secondaire au supérieur ont fait l’objet d’une redéfinition.
 

Synchronisation

Toutefois, chaque sous-système va maintenir sa spécificité,  « mais chacun s’est enrichi de ce que l’autre avait de meilleur », précise le chargé des sciences au Minesec.
 
Jules Fouodji, enseignant de mathématiques au lycée de Biyem-Assi à Yaoundé, juge cette réforme « très intéressante » à condition qu’elle donne lieu à une synchronisation entre les enseignants du supérieur et ceux du secondaire.
 
« Parce que l’élève quitte la classe de terminale où on ne démontre pas. Il arrive à l’université où il est confronté à des démonstrations et il est perdu. Pour pallier cette situation, il faudrait qu’il y ait collaboration », explique-t-il.
 
« Que l’enseignant du supérieur sache ce qu’on enseigne au secondaire pour assurer la continuité », insiste Jules Fouodji avant d’ajouter qu’il faudrait également outiller les enseignants en mettant à leur disposition des manuels appropriés.
 
La réforme qui comprend aussi un renforcement des capacités des enseignants dans une démarche participative a commencé en 2018 à être expérimentée dans les classes de seconde. Après, les classes de première en 2019, elle devrait être essayée dans les classes de terminale en 2020.
 
« Cette réforme peut encourager davantage d’étudiants à choisir les mathématiques à l’université. Parce que jusqu’à présent, cette filière est très redoutée », soutient l’étudiant Donald Nkoungang.

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