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Partout dans le monde, les serpents sont à la fois redoutés et vénérés. Les anciens Nagas de l’Inde, des dieux en forme de serpents, conféraient autant la sagesse qu'ils n'empoisonnaient les fleuves.

Le serpent dans la Bible a réveillé la soif de connaissance de l’homme et, ce faisant, provoqua sa déchéance du paradis.

Dans les religions ouest-africaines, le dieu-serpent Dan-Gbé est un donneur de vie, mais sa colère impitoyable apporte aussi malheur et destruction.

La relation de l’homme avec les serpents, légendaires ou réels, a toujours été trouble. Avec près d'un demi-million de morsures de serpent chaque année, dont une proportion importante sont mortelles, le problème est maintenant considéré comme une maladie tropicale négligée.

Si les morsures de serpent sont le côté vengeur de la créature, le lien entre le serpent et la sagesse trouve son meilleur équivalent moderne dans les efforts de recherche en cours pour s’attaquer au problème.

Le dernier résultat de recherche réussi est la création d'un nouvel antivenin polyvalent pour des serpents de l'espèce Hypnale [Hypnale hypnale (Merrem, 1820), Hypnale nepa (Laurenti, 1768), Hypnale zara (Gray, 1849)], appartenant à la famille des Viperidae, qui hante les forêts du Sri Lanka.

Le sérum antivenimeux, adapté aux besoins spécifiques du Sri Lanka et bénéficiant du soutien de scientifiques du Costa Rica, illustre ce qui devient douloureusement évident : le fait que seule une matrice internationale dédiée puisse lutter contre les morsures de serpents, un fléau ancien qui continue de tuer un grand nombre de personnes dans les pays en développement.

Pendant longtemps, le Sri Lanka s'est appuyé sur des importations de sérum antivenimeux polyvalent en provenance d'Inde, mais cela s'est avéré inefficace contre les serpents de l'espèce Hypnale, à l'origine de la plupart des cas de morsures de serpents dans ce pays insulaire.
 
Le nouvel antivenin, créé à partir de venins de serpents du Sri Lanka, donne également de meilleurs résultats que les importations en cas d’envenimation par deux autres vipérides importants, la vipère de Russel et la vipère des pyramides.

La manifestation clinique de l'intoxication par une morsure de serpent varie en fonction de la région où la morsure s'est produite, de la saison, ainsi que de l'âge, du sexe et du régime alimentaire du serpent.

Cela signifie que seul le venin récolté localement peut produire un sérum antivenimeux efficace. Les scientifiques sri-lankais ont donc compris que le pays devait produire son propre sérum antivenimeux polyvalent, pour traiter les morsures de serpent locales.

Inévitablement, chaque pays où la morsure de serpent est endémique doit développer des capacités pour traire du venin et le transformer en sérum antivenimeux, plutôt que de dépendre des importations d'autres pays, même s'il est un voisin proche comme l'Inde, par rapport au Sri Lanka.

Les autorités indiennes, pays d'origine des Naga et grand exportateur d'antivenins, comprennent cette réalité et se sont lancées dans un plan visant à développer des antivenins spécifiques à chacune de ses nombreuses provinces.

L’Inde espère que le nouvel antivenin sri-lankais sera efficace contre ses propres cas d’envenimation dus aux serpents de l'espèce Hypnale, car cette espèce est abondante dans la région des Ghats occidentaux, qui jouit d’un climat et d’une flore similaires à ceux du Sri Lanka.

Toutefois, le Sri Lanka n’a pas encore commencé à fabriquer son antivenin polyvalent dans un but commercial. Quand cela se produira, il y a de fortes chances que le produit échoue, s'il est utilisé pour traiter des morsures dues à la variété indienne d'Hypnale.

Jusqu'à présent, l'Inde n'a pas mis au point son propre sérum antivenimeux pour cette espèce, en raison d'un manque d'investissements et de recherches, l'espèce étant confinée à une zone relativement petite de la péninsule indienne.

Les dilemmes de l’Asie du Sud se reflètent dans la situation d’autres régions, telles que l’Afrique subsaharienne, l’Amérique latine et le Pacifique, où les solutions contre les morsures de serpent reposent sur des initiatives locales appuyées par une collaboration mondiale et un transfert de technologie.

Pour s'attaquer à ce problème, le besoin d'une matrice mondiale de recherche sur le sérum antivenimeux est impératif. Des laboratoires dans des pays comme l'Inde, qui fabrique un sérum antivenimeux depuis plus d'un demi-siècle, peuvent être modernisés pour générer un sérum antivenimeux convenable pour les régions du monde où les ressources sont moins développées.
 
Les capacités pharmaceutiques et biotechnologiques et la main-d'œuvre scientifique disponible dans des pays comme l'Inde et le Sri Lanka peuvent être exploitées dans cette matrice mondiale.

Les fabricants de sérum antivenimeux et les capacités biopharmaceutiques qui existent dans de nombreux autres pays en développement à taille moyenne - comme le Brésil, l’Égypte, le Mexique, l’Afrique du Sud, la Thaïlande et le Vietnam - peuvent constituer la plaque tournante de la matrice.

Les pays à forte incidence de morsures de serpents, mais disposant de ressources insuffisantes, peuvent également jouer un rôle actif en chassant et en élevant des serpents venimeux et en extrayant le venin de manière hygiénique, pour les transmettre ensuite à des installations de recherche et de fabrication.

L'OMS ayant décidé l'année dernière de reclasser les morsures de serpent comme maladies tropicales négligées, il existe une opportunité de renforcer la collaboration internationale avec tous les composants nécessaires à la matrice.

Mais quels sont ces composants ?

Ils commencent par le maintien dans tous les pays vulnérables des élevages de serpents d'espèces d'importance médicale pour la production, le contrôle et la réglementation du sérum antivenimeux.

Deuxièmement, avec la mise en place de protocoles stricts de contrôle de la qualité, la menace de sérums antivenimeux faux, inefficaces ou inappropriés, que l’on trouverait sur les marchés, disparaîtrait.

Les progrès de la biotechnologie génétique permettent déjà aux laboratoires de déterminer la provenance de tous les sérums antivenimeux, mais l’autorité de réglementation fait défaut.

Enfin, tous les pays, grands ou petits, doivent disposer de laboratoires capables de tester l'efficacité de l'antivenin et de contrôler de manière indépendante les résultats, quelles que soient les revendications des fabricants dans la notice d'utilisation ou au moment de l'enregistrement, au niveau national.

Le résultat de cette matrice pourrait être un meilleur accès à un sérum antivenimeux de qualité. Mais de nombreux pays ont besoin de plus que cela, y compris une formation spécialisée pour le personnel médical et les infrastructures de base.

Des efforts supplémentaires doivent également être faits pour sensibiliser les communautés aux premiers secours pour les morsures de serpents et à ce qu’il faut attendre du traitement avancé, une fois à la clinique ou à l’hôpital.

Mais il y a des signes de succès.

Le Pakistan, qui était autrefois un important importateur de sérum antivenimeux polyvalent indien, fabrique maintenant le sien, grâce aux initiatives de l’Institut national de la santé, basé à Islamabad, et offre un traitement gratuit aux victimes de morsures de serpent qui se rendent à temps dans un centre médical gouvernemental.
 
Au niveau du district, ces installations sont équipées de ventilateurs et de machines de dialyse pour faire face aux urgences résultant d'un venin ou d'un traitement antivenimeux.

Le département indien de la biotechnologie a pour part commencé les travaux de normalisation des sérums antivenimeux produits par les fabricants locaux, ce qui aura une incidence sur les importateurs comme le Kenya et d’autres pays africains.

Le département soutient également la production de gros volumes d'un antivenin panasiatique monodose à prix abordable, utilisant la technologie de recombinaison.

En outre, il a publié un kit de diagnostic permettant d'identifier rapidement et de manière fiable les espèces de serpents lorsqu'une victime de morsure est incapable de le faire.

Ces initiatives sont importantes, car l'Inde non seulement enregistre la moitié de la mortalité totale liée aux morsures de serpents dans le monde, mais elle dispose également de laboratoires publics capables de mener des recherches internationales et d'une capacité de production pharmaceutique massive.

En bref, le pays a à la fois la maladie et le traitement.

En développant des partenariats viables, le succès de l’Alliance mondiale pour les vaccins et la vaccination peut permettre de réduire considérablement l’accès des personnes les plus démunies aux vaccins et aux médicaments.

Étant donné que la liste des médicaments essentiels de l’OMS comprend des sérums antivenimeux, leur production devrait être suffisamment rentable pour les fabricants locaux, en particulier si l’on leur accorde des incitations et un soutien gouvernementaux.

Parmi les nombreuses manifestations légendaires de l’impact réel du serpent, se trouve la canne d’Asclépios. Cet ancien symbole grec - un bâton embrassé par un serpent - reste à ce jour le badge des apothicaires du monde entier.

Les historiens pensent que le serpent représente le succès du dieu Asclépios dans la guérison des morsures de serpents, un problème aussi répandu dans l’histoire ancienne qu’aujourd’hui.

C'est dire si les efforts visant à trouver des traitements pour les morsures de serpent sont aussi anciens que l’humanité elle-même.
Mais avec la médecine moderne, une nouvelle ère commence.

À mesure que les pays mettent en commun leurs ressources, échangent des connaissances et sensibilisent l'opinion publique, les mutilations et les décès causés par les serpents venimeux pourraient bientôt relever de la légende.