Republier

Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.

The full article is available here as HTML.

Press Ctrl-C to copy

Esther Ngumbi écrit que les chercheurs pourraient tirer parti de la diffusion de leurs résultats à des publics cibles autres que ceux des revues.

En collaboration avec Elsevier, l'un des plus grands éditeurs mondiaux de littérature scientifique, le Next Einstein Forum a publié sa première édition de la revue Scientific African, en novembre 2018.

Dans un contexte africain, il se joindra à de nombreuses autres revues en accès libre sur le continent, notamment des revues telles que The African Journal of Food, Agriculture, Nutrition and Development et The African Crop Science Journal.

Grâce à cette revue en accès libre et à d’autres publications sur le continent, les scientifiques et les innovateurs africains disposeront d’une plateforme pour publier des recherches évaluées par des pairs, y compris celles qui traitent de préoccupations liées aux objectifs de développement durable des Nations Unies.

Il s'agit d'un grand pas dans la bonne direction. La science et les découvertes qui en résultent peuvent alimenter les progrès et faciliter la mise au point de solutions innovantes à de nombreux problèmes auxquels le continent africain est confronté, notamment le changement climatique, l'insécurité alimentaire, la pauvreté, la faim et les pénuries d'eau.
 
Publier des recherches dans des revues à comité de lecture est important pour les scientifiques et présente de nombreux avantages, notamment celui de valider et d'accroître la crédibilité de la recherche provenant du continent africain, des scientifiques effectuant la recherche et de l'institution où les chercheurs effectuent le travail.

Tous ces facteurs ont un impact positif et significatif sur l’avancement de la science et la carrière scientifique des chercheurs.
 

Impact

Cependant, si donner aux scientifiques africains une nouvelle plateforme sur laquelle ils peuvent publier leurs résultats est un grand pas en avant, c'est l'impact final des découvertes publiées qui importera le plus.

Cette recherche a-t-elle été traduite en produits tels que des biofertilisants et d'autres produits d'amendement du sol, et des technologies d'irrigation pouvant être utilisées par les petits exploitants africains ? À quelle échelle le public a-t-il été atteint ? Quel impact les conclusions ont-elles eu sur les solutions apportées aux problèmes auxquels l'Afrique est actuellement confrontée ? Les résultats de la recherche se sont-ils traduits par des partenariats significatifs ?

Des organisations philanthropiques telles que la Fondation Bill et Melinda Gates ont-elles été impressionnées par les résultats de la recherche, les incitant à investir dans le financement de plus de recherches ?

“Bien que donner aux scientifiques africains une nouvelle plate-forme… soit un grand pas en avant, c’est l’impact final des découvertes publiées qui importera le plus. ”

Esther Ngumbi

A l'opposé, ces articles de recherche rejoindraient-ils de nombreux autres articles examinés par des pairs qui finissent par être stockés dans des revues scientifiques ? À l'échelle mondiale, environ 2,5 millions d'articles évalués par les pairs sont publiés chaque année.

Malheureusement, le public ne lit jamais beaucoup de ces articles. Pour avoir un impact important et contribuer à accélérer les progrès en vue de la réalisation des objectifs de développement durable, les scientifiques et les revues africaines devront faire plus que publier des articles revus par des pairs.

La recherche ne peut pas simplement finir sa course au stade de la publication.

Au-delà de la publication

Ainsi, une fois que les chercheurs africains ont publié leurs articles dans les revues spécialisées, que peuvent-ils faire pour encourager et faciliter l’utilisation de leurs nouvelles découvertes scientifiques ?

Ils peuvent écrire à leur sujet pour d’autres publications, tout en créant un lien vers les articles de revues.

Cela pourrait inclure la rédaction d’articles dans les journaux locaux, d’articles d’opinion et de notes de politique générale, ainsi que la réalisation d’interviews avec les réseaux de radio et de télévision locaux.

The Conversation Africa est un exemple de débouché axé sur les nouvelles recherches. (En outre, le cours de formation Script de SciDev.Net, qui enseigne aux chercheurs comment communiquer plus efficacement leurs travaux, peut améliorer leurs compétences en matière de diffusion auprès du grand public.)

Quelle que soit la plateforme, les chercheurs doivent montrer en quoi leur recherche profitera au public et pourquoi elle compte. De plus, les chercheurs peuvent tirer le meilleur parti de la technologie et des médias sociaux.

Ils peuvent résumer les principales conclusions de la recherche et leurs applications possibles et les partager largement aussi, en utilisant des médias sociaux, notamment Facebook et Twitter.

En fait, le partage sur les médias sociaux peut être bénéfique, car des études montrent que la diffusion des résultats scientifiques de cette manière peut augmenter le nombre de citations et l'utilisation des résultats.

Je suis une scientifique africaine, en particulier du Kenya. Je peux attester de ce qui peut arriver lorsque des scientifiques rendent leurs résultats de recherche largement accessibles.

Mes recherches sur les microbes bénéfiques du sol, qui ont montré que les microbes du sol pouvaient aider les plantes à tolérer le stress de la sécheresse, ont abouti à la création de trois brevets américains et nous ont permis de collaborer avec des partenaires de l'industrie, dont Bayer Crop Science.
 
Mes recherches sur les microbes bénéfiques du sol, qui ont montré que les microbes du sol pouvaient aider les plantes à tolérer le stress de la sécheresse, ont abouti à la création de trois brevets américains et nous ont permis de collaborer avec des partenaires industriels, dont Bayer Crop Science, afin de traduire nos découvertes en produits agricoles significatifs.

J'ai tweeté à ce sujet et écrit un article d'opinion sur l'ensemble des recherches menées par notre laboratoire. Ce qui m'enthousiasme vraiment dans la revue Scientific African, c’est qu’elle sera en accès libre, c’est-à-dire que les résultats de toute recherche originale seront disponibles et gratuits pour le public et pour d’autres acteurs clés, y compris l’industrie, qui peuvent s'appuyer sur les nouvelles découvertes scientifiques publiées pour renforcer l'impact et encourager l'innovation.
 
La revue facturera 200 $ - environ 115.000 Francs CFA) en frais d'édition en accès libre, ce qui représente un prix raisonnable. Le prix moyen d'une publication peut varier en fonction de la région et de la revue.
 
Par exemple, une étude a révélé que la publication de revues en accès libre dans des pays occidentaux tels que le Canada et les États-Unis coûtait en moyenne un peu moins de 2.000 dollars américains – 1.150.000 Francs CFA. Des coûts de publication élevés peuvent interdire la publication dans des revues en accès libre.

Ce prix raisonnable devrait donc permettre à de nombreux chercheurs du continent de publier leurs résultats.

“Les revues et les scientifiques doivent activement diffuser les résultats.”

Esther Ngumbi

En effet, des recherches en accès libre examinées par des pairs et provenant du continent africain pourraient permettre la création de nouveaux partenariats, en particulier avec l'industrie et d'autres institutions privées, susceptibles de contribuer à la traduction de ces résultats en produits tels que les produits antiparasitaires et les capteurs de sol permettant aux agriculteurs de déterminer l'état de santé de leurs sols.

Transformer les résultats en produits

Pour véritablement relever les défis de l’Afrique, les décideurs et les innovateurs doivent s’appuyer fortement sur la science et sur les découvertes découlant de la recherche scientifique.

Mais ils auront plus de succès si les résultats sont traduits en produits tels que des applications météo, des pompes à eau portables, des équipements portables de test du VIH et d'autres maladies, ainsi que des produits pour améliorer les cultures, tels que les biofertilisants et autres amendements de sol destinés à stimuler la productivité agricole.

C'est le seul moyen de s'assurer que la recherche scientifique ne finisse pas son cycle de vie dans les revues. Les revues et les scientifiques doivent activement diffuser les résultats de leurs recherches. Cela pourrait faciliter l'utilisation des résultats de la recherche par les industries tout en alimentant de nouvelles réflexions sur la manière dont d'autres scientifiques pourraient s'appuyer sur des recherches déjà publiées.
Tout le monde y gagne.

Esther Ngumbi est une chercheuse postdoctorale distinguée du département d'entomologie de l'Université de l'Illinois à Urbana Champaign, aux États-Unis, boursière du World Policy Institute, du programme Aspen Institute New Voices, et mentore et ambassadrice de la Clinton Global University Initiative. Elle peut être contactée à l'adresse [email protected]

Références

[1] Scientific African First journal edition (Scientific African, Novembre 2018).
[2] The AIMS Team Why is it important for scientists to publish their work, and tips for submitting to F1000 Research (The AIMS team, 26 April 2016).
[3] David Nicholas and others Peer review: still king in the digital age (Learned Publishing, vol 28, January 2015).
[4] Mark Ware and others The STM Report: An overview of scientific and scholarly journal publishing (University of Nebraska – Lincoln, 2015).
[5] The Conversation Africa (The Conversation Africa, 2019).
[6] Gunther Eysenbach Can tweets predict citations? Metrics of social impact based on twitter and correlation with traditional metrics of scientific impact (Journal of  Medicine Internet Research,  October-December 2011).
[7] Clayton T. Lamb and others Tweet success? Scientific communication correlates with increased citations in Ecology and Conservation (PeerJ, 12 April 2018).
[8] Esther Ngumbi Mechanisms of olfaction in parasitic wasps: Analytical and behavioural studies of response of a specialist (Microplitis croceipes) and a generalist (Cotesia marginiventris) parasitoid to host-related odor (Auburn University, 6 August 2011)
[9] Open Access (Open Access, 2019).

Thèmes apparentés