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Les revues des pays en développement sont confrontées à des obstacles sur la voie de la libre circulation des connaissances. Fatima Arkin décrit les efforts déployés pour en améliorer la qualité.

Vrushali Dandawate, bibliothécaire en chef de l'école d'ingénierie de Pune (All India Shri Shivaji Memorial Society's College), en Inde, soutient inlassablement les revues locales en libre accès.
 
Dès qu'elle en a l'occasion, elle présente à tous ceux avec qui elle travaille - bibliothécaires, chercheurs, enseignants - les nombreux avantages de ces revues par rapport aux publications traditionnelles, qui imposent des barrières financières à l'accès aux documents de recherche.
 
Elle leur dira comment elles publient plus souvent des articles dans une langue locale, rendant la recherche accessible à un groupe plus large de personnes ; et comment elles ont tendance à publier des recherches utiles au niveau local, par des scientifiques qui peuvent avoir du mal à faire accepter leurs articles par des revues internationales.

En juin 2016, Vrushali Dandawate est devenue l'un des trois ambassadeurs basés en Inde du Directory of Open Access Journals (DOAJ), une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni, qui répertorie plus de 12.000 revues scientifiques validées. Ce rôle lui a donné une plus grande plateforme pour diffuser son message.
 
Le libre accès fait référence à des publications disponibles gratuitement en ligne, avec des restrictions minimales en matière de réutilisation. C’est un mouvement en plein essor et une partie de son objectif est de démocratiser l’accès aux connaissances scientifiques.
 
Mais malgré les efforts des défenseurs du monde entier au cours des dernières décennies, le concept fait face à de nombreux obstacles dans les pays en développement.
 
Les plus importants d'entre eux sont la recherche d'un modèle de financement durable et d'une forte concurrence avec les éditeurs traditionnels à fort impact, qui restent attrayants pour de nombreux auteurs.
 
Bien que de nombreuses revues de grande qualité du Sud soient accessibles sur plusieurs plateformes, elles restent sous-évaluées, explique Leslie Chan, directeur de Bioline International, un agrégateur en ligne de revues en libre accès des pays en développement.
 
Selon Leslie Chan, le recours aux mesures d'impact des articles scientifiques (nombre de citations d'un article) comme critère universel pour évaluer la qualité de la recherche, revient de fait à utiliser des valeurs et des normes "du Nord", pour mesurer la recherche partout dans le monde. "Cela a pour effet de saper les besoins locaux en matière de recherche et de développement", explique-t-il.
 
Pourtant, les bailleurs de fonds continuent de s'opposer au modèle de publication traditionnel - ce mois-ci, 11 agences européennes ont annoncé un plan "radical" visant à rendre toute recherche accessible à la publication.
 
Selon les données du DOAJ, l’intérêt pour le libre accès se développe dans les pays en développement.
 
Les revues indiennes en libre accès ont soumis depuis 2014, 2578 requêtes d'inclusion dans le DOAJ ; le Brésil en a soumis 2.048, tandis que l’Indonésie se classe première, avec 3.662 demandes.
 
Tom Olijhoek, rédacteur en chef du DOAJ, a déclaré à SciDev.Net que près de la moitié des candidatures sont rejetées, généralement en raison de leur faible qualité. 

Label de qualité

Les éditeurs indiens en libre accès constituent un exemple typique : ils ont reçu plus de rejets du DOAJ que ceux d’autres pays au cours des quatre dernières années.
 
Les critères du DOAJ couvrent cinq catégories, allant de la qualité du processus éditorial aux questions de droit d’auteur. Une revue peut être authentique, mais mal informée sur les normes ou mal équipée pour y répondre.
 
Une autre explication, plus effrayante, tient au fait que l’Inde abrite un nombre croissant de revues prédatrices - des publications au comportement abusif, qui facturent des frais de traitement ou de publication aux auteurs, mais fournissent peu ou pas de rigueur éditoriale ou de services de production. "Elles publient simplement les articles qu'elles reçoivent, qu'ils soient de bonne qualité ou pas", explique Vrushali Dandawate.
 
En tant qu’ambassadrice du DOAJ, elle a formé les éditeurs en libre accès en Asie du Sud pour qu’ils s’attaquent à ces problèmes, grâce au financement du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) du Canada. Le programme a démarré avec 15 ambassadeurs dans 11 régions et se poursuit à ce jour.
 
Le DOAJ est devenu une référence pour d’autres initiatives visant à accroître l’accès à des documents de qualité en libre accès, tels que Research4Life, un partenariat public-privé entre les agences des Nations Unies, les universités et les éditeurs.
 
Depuis 2015, Research4Life indexe uniquement les revues en libre accès si elles répondent aux critères rigoureux de qualité de revue du DOAJ et sont incluses dans le dépôt. "Il est essentiel que Research4Life garantisse la fiabilité des revues auxquelles nous sommes liés pour fonctionner de manière honnête et responsable", déclare son directeur, Richard Gedye.
 
Si le DOAJ se démarque, par sa portée mondiale et l'élément renforcement des capacités, il n’est en aucun cas la seule plateforme en libre accès. Parmi les autres collections en ligne, citons African Journals Online, la plus grande collection en ligne de revues scientifiques à comité de lecture publiées en Afrique, dont plus de la moitié sont en libre accès, SciELO et RedALyC, les deux plus grandes initiatives dans le monde ibéro-américain et Bioline International, qui existe depuis 25 ans.
 
Mais différentes régions du monde ont des besoins différents - et des succès variables en matière de lancement et de gestion de revues en libre accès de qualité.

Pionniers latino-américains

Le Brésil, par exemple, a connu plus de succès avec ses revues locales en libre accès que l'Inde. Selon Torn Olijhoek, moins de 40% des revues brésiliennes en libre accès sont rejetées en moyenne, par rapport au taux de rejet global de 50% du DOAJ.
 
Les pays d'Amérique latine et des Caraïbes sont en effet considérés comme des pionniers de l'édition en libre accès. Les gouvernements de la région y ont fortement investi : selon l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO), les deux tiers du financement des initiatives en libre accès dans la région proviennent de fonds de coopération publics et internationaux. Et depuis la fin des années 1990, la région a ouvert l'accès aux résultats de la recherche par le biais de portails de revues et de dépôts numériques tels que le service de référence Latindex.
 
Mais la région a encore un long chemin à parcourir pour créer un modèle de libre accès durable et non commercial qui maintienne la connaissance en tant que bien commun, déclare Ivonne Lujano, ambassadrice de l’Université Autonome du Mexique.
 
Ivonne Lujano a examiné plus de 350 revues - principalement publiées en espagnol et en portugais - de dix pays différents de la région. Elle dit que nombre des problèmes auxquels les éditeurs sont confrontés sont fondamentalement liés aux inégalités inhérentes aux systèmes de recherche et d'éducation.
 
En particulier, les rédactions manquent souvent de connaissances numériques nécessaires pour utiliser et adapter les systèmes en ligne. En outre, elles sont confrontées à des barrières linguistiques pour accéder à des concepts et à des outils uniquement disponibles en anglais. Ivonne Lujano énumère plusieurs exemples, notamment les directives DOI et COPE (Committee on Publication Ethics). Et puis, il y a la question des pénuries de personnel et des contraintes budgétaires, symptômes d’un système qui n’incite pas de manière substantielle à la rédaction.
 
"Dans de nombreux cas, le personnel d’une revue est composé seulement d'une ou deux personnes affectées à de multiples tâches", explique Ivonne Lujano.

Bourgeons africains

Pendant ce temps, les pays d’Afrique ont réalisé des progrès, ces dernières années.
 
Le taux de rejet du DOAJ sur le continent est faible, en partie parce que de nombreuses revues africaines ne sont pas prêtes à demander une inscription. Et la plupart des 200 revues africaines actuellement incluses proviennent d'un seul pays : l'Afrique du Sud. Selon Ina Smith, responsable de la planification à l’Académie des sciences d’Afrique du Sud et l’une des cinq ambassadeurs du DOAJ sur le continent, d’autres ont du mal à faire la transition entre l’imprimé et le libre accès.
 
Ina Smith indique qu'en 2017, l'Académie africaine des sciences (AAS) a lancé une plateforme de publication en libre accès, baptisée AAS Open Research, destinée exclusivement aux scientifiques du continent.
 
Puis en mars 2018, l'Institut africain des sciences mathématiques, le Next Einstein Forum et le géant de l'édition, Elsevier - devenu une cible des critiques, en raison de sa préservation d'un modèle que ces derniers considèrent comme un modèle d'exploitation - ont lancé une méga-revue appelée Scientific African, pour élargir l'accès à la recherche africaine.
 
Ina Smith affirme que les défenseurs du libre accès sur le continent surveillent ces grandes initiatives et leur adoption. "Je suis un peu préoccupée par le fait que l’AAS et le Scientific African puissent faire fi du travail accompli par les revues individuelles."
 
Mais elle admet que travailler avec des revues de langue maternelle autochtones est parfois difficile. Parmi les obstacles, le libre accès ne figure pas parmi les priorités des chercheurs locaux - comme en Amérique latine, les rôles éditoriaux ne sont souvent pas récompensés et l’absence de modèles commerciaux durables implique que certaines revues cessent de publier après seulement quelques mois.
 
Mais, à l'instar de tous les ambassadeurs du DOAJ avec qui SciDev.Net s'est entretenu, Ina Smith reste résolue à continuer de promouvoir le libre accès dans la région. "En publiant ses propres revues, l’Afrique démontrera qu’elle est prête à prendre ses responsabilités et à rendre des comptes, et qu’elle joue un rôle important en contribuant à la base mondiale de connaissances.

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