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Le gouvernement congolais a, pour la première fois, autorisé les médecins à distribuer des médicaments expérimentaux pour tous les patients, dans le contexte d'une épidémie d'Ebola.

Le dernier rapport de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) sur l'épidémie en République démocratique du Congo (RDC) fait état de 28 décès sur les 55 cas enregistrés depuis le début de l'épidémie, au début du mois d'avril.

La RDC a approuvé en tout cinq traitements expérimentaux, dont deux médicaments utilisés pour traiter le seul bébé à avoir survécu au virus Ebola dans l'épidémie en Afrique de l'Ouest.

“Nous ne savons pas si l'épidémie est terminée - un cas peut déclencher une résurgence.”

Séverine Caluwaerts - Médecins Sans Frontières

Les médicaments sont qualifiés d'expérimentaux car ils n'ont pas encore été soumis aux essais à grande échelle normalement requis, mais les responsables de l'OMS estiment que l'approbation est justifiée en situation d'urgence, dès lors que les patients donnent leur consentement et qu'ils font l'objet d'une surveillance médicale.

Des négociations se poursuivent entre, d'une part, Médecins Sans Frontières et l'OMS et, de l'autre, les autorités congolaises, en vue de la finalisation d'un accord.

L'objectif est d'affiner les détails des conditions d'utilisation de ces médicaments comme première ligne de défense, selon Séverine Caluwaerts, gynécologue à MSF.

"MSF veut spécifiquement se concentrer sur Zmapp en première ligne, et [sur un médicament appelé] GS-5734", précise-t-elle, dans un entretien avec SciDev.Net.

Les deux médicaments faisaient partie des trois thérapies expérimentales utilisées avec succès par MSF pour sauver Nubia - le seul bébé connu ayant survécu à la maladie d'Ebola - en Guinée, vers la fin de l'épidémie, en Afrique de l'Ouest, en 2015.
 
Zmapp, un cocktail d'anticorps monoclonaux, a initialement amélioré l'état de Nubia. Mais le traitement n'était pas suffisant pour faire disparaître le virus jusqu'à ce qu'elle reçoive le GS-5734, également connu sous le nom de Remdesivir. "Dans la mesure où le Zmapp ne suffisait pas à éliminer le virus, nous plaçons nos espoirs dans le composé GS, mais cela relève davantage de la croyance que de la science, puisque la taille de l'échantillon est trop petite", explique encore Séverine Caluwaerts.

"Il y a un argument solide en faveur du Zmapp mais pas du Remdesivir jusqu'à ce que d'autres preuves soient rassemblées", explique pour sa part Daniel Kelly, de la School of Medicine de l'Université de Californie, à San Francisco, aux Etats-Unis, qui a participé aux efforts de riposte en Sierra Leone.

Le chercheur estime que les médicaments peuvent être utiles pour des cas particuliers, mais les conseils de l'OMS pour des "soins de soutien agressifs" - tels que solutions intraveineuses pour les personnes gravement déshydratées - devraient toujours être le premier choix des médecins.

Nubia est seulement la deuxième personne au monde à avoir reçu un traitement à base de Remdesivir. La première est l'infirmière écossaise Pauline Cafferkey qui a contracté le virus en Sierra Leone.

Nubia est née quelques jours après l'admission de sa mère dans un centre de traitement géré par MSF. Elle a quitté le centre 33 jours plus tard, seulement deux semaines après que les médecins lui eurent administré le médicament, avec un poids de 3,1 Kg et ne présentait aucun signe de maladie. Elle a maintenant deux ans et demie et se porte bien.

Le virus Ebola est particulièrement mortel pour les fœtus et les nouveau-nés, et avant Nubia, la plus longue durée de vie enregistrée chez un bébé ayant contracté le virus Ebola pendant l'épidémie en Afrique de l'Ouest était de deux jours.

Séverine Caluwaerts qualifie Nubia de "miracle" et son cas de "tournant" dans la lutte contre Ebola : elle est la première rescapée documentée d'Ebola, après avoir contracté le virus dans l'abdomen de sa mère.

Avant elle, tout le monde pensait qu'aucun bébé ne pourrait survivre s'il naissait d'une mère ayant contracté le virus pendant la grossesse, a-t-elle déclaré lors de la conférence des Journées scientifiques de MSF, le mois dernier (17-18 mai).

A l'occasion de cet événement, Séverine Caluwaerts a présenté les résultats de la plus vaste étude sur des femmes enceintes ayant contracté le virus Ebola, qui, selon elle, constitue une source d'enseignements pour les médecins qui travaillent actuellement en RDC.

Les preuves de cas antérieurs suggèrent que neuf femmes enceintes sur 10 mourraient du virus Ebola, mais il restait des questions à résoudre, explique-t-elle - par exemple si la grossesse aggrave le diagnostic d'une femme ou si le liquide amniotique est infectieux.

L'analyse des données de 77 femmes enceintes provenant de neuf centres de traitement de MSF en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, a montré qu'elles survivaient aussi bien que les femmes non infectées en âge de procréer - mais qu'elles avaient plus de chances de survivre dans les premiers stades de la grossesse.

Dans l'étude, qui doit être publiée dans une revue à comité de lecture, Séverine Caluwaerts et ses collègues rapportent également que les tests effectués sur le liquide amniotique sont "fortement" positifs pour le virus, jusqu'à 32 jours après qu'une femme enceinte a été guérie de la maladie.

Cela a des implications pour la sécurité des agents de santé qui traitent les femmes qui accouchent ou font une fausse couche. Elle recommande que le personnel travaillant en RDC s'assure que le test de grossesse est standard à l'admission pour toutes les femmes en âge de procréer et que toutes les femmes enceintes testées positives pour le virus Ebola accouchent dans un centre de traitement.

La mortalité dans les centres de traitement de MSF en RDC stagne à 20-30%, soit un taux inférieur à celui des épidémies précédentes, et il y a des signes que l'épidémie baisse en ampleur : selon l'OMS, aucun nouveau cas n'a été rapporté depuis le 17 mai. Mais l'organisation reste prudente. "Nous ne savons pas si l'épidémie est terminée - un cas peut déclencher une résurgence", explique Séverine Caluwaerts.

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