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Dans une étude intitulée Épidémies dans une Afrique centrale en rapide mutation - Leçons tirées d'Ébola, un groupe de chercheurs estiment que deux facteurs déterminants dans les récentes épidémies en Afrique de l'Ouest et en Afrique Centrale sont liés à la croissance : une population urbaine qui exerce une pression soutenue sur les infrastructures de santé publique et une connectivité spatiale et technologique étendue.
 
Les chercheurs estiment que ces facteurs laissent présager un risque accru de maladies infectieuses émergentes causées par des agents pathogènes connus et inconnus.

Selon eux, les effets secondaires indésirables de la croissance rapide ne peuvent être atténués qu’en renforçant l’infrastructure des soins de santé, y compris les capacités en matière de diagnostic et de suivi clinique, pour répondre aux besoins de la population en matière de soins de santé ; les investissements dans la formation des personnels de santé et des scientifiques africains ; l'expansion de la capacité de recherche, l'élaboration de programmes de surveillance des maladies axés sur l'homme, le bétail et la faune et le déploiement rapide de mesures de contrôle en cas d'épidémie.

“Le coût de la réponse internationale aux grandes épidémies sera toujours bien plus élevé que celui du renforcement des infrastructures de santé pour les prévenir au départ.”

Daniel Bausch, chercheur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine

A l'appui de cette analyse, Daniel Bausch, chercheur à la London School of Hygiene and Tropical Medicine et co-auteur de l'étude, précise dans une interview à SciDev.Net que « la récente épidémie de virus Ébola en Afrique de l'Ouest a montré la vulnérabilité des infrastructures de soins de santé locales face aux maladies infectieuses émergentes. »

Nouveaux écosystèmes

Jean-Vivien Mombouli, directeur général du Laboratoire national du Congo-Brazzaville voisin, également co-auteur de l'étude, explique pour sa part que du fait de l'expansion des activités humaines et de la colonisation par l'homme de nouveaux espaces jusque-là abandonnés à la nature, « nous nous introduisons dans de nouveaux écosystèmes où il y aurait des virus, des bactéries, des parasites qui étaient peut être connus sous une certaine forme, mais susceptibles d'avoir une forme plus agressive, en termes de symptômes, de maladies, voire de mort. »
 
Le chercheur congolais souligne que la lutte contre les épidémies émergentes requiert la participation de tous et une contribution communautaire à la reconnaissance de nouvelles maladies à forme grave.
 
« Parmi ces maladies, poursuit-il, il y a certes la maladie à virus Ébola, mais il y en a probablement d’autres que nous ne connaissons pas encore ».
 
Jean-Vivien Mombouli cite l'exemple des taux de mortalité anormalement élevés récemment enregistrés dans les localités de Mbondzelé, Liranga et Bouaniela, au Congo-Brazzaville, attribués au paludisme, affirmant que les chercheurs sont « convaincus qu'il s'agit d'autre chose ».
 
Il a souligné le besoin d'une recherche axée sur les maladies émergentes, évoquant notamment le programme « Predict », lancé au Congo-Brazzaville sur financement américain.
 
Ce programme a pour but de recenser des microbes inconnus se promenant dans la nature.

Renforcer la recherche

« Si le programme "Predict" avait été lancé dans les années 1950-60, peut-être que la pandémie du VIH n’aurait jamais pris l'ampleur qu'elle a aujourd'hui », affirme-t-il.
 
Un autre sujet a attiré l'attention des auteurs de l'étude : la fréquence des épidémies d'Ébola en Afrique centrale.
 
Si les chercheurs ne se sont pas encore accordés sur l'origine et le facteur déclencheur de l'apparition du virus, ils rappellent que la théorie dominante reste que certains facteurs écologiques non encore élucidés pourraient être en jeu.
 
Il s'agit, par exemple, estime Daniel Bausch, des facteurs qui déterminent la croissance de la population de chauves-souris, le réservoir naturel putatif du virus, et/ou l’infection des chauves-souris, augmentant ainsi le risque d’infection humaine.
 
Jean-Vivien Mombouli renchérit, expliquant qu'il existe encore beaucoup de questions sans réponses, au sujet de l'origine du virus et des facteurs qui concourent à son émergence chez les êtres humains.
 
« Nous savons que les grandes chauves-souris qui sont frugivores font partie de la chaîne de maintenance de transmission du virus Ébola dans la nature. »
 
Mais, insiste-t-il, la question fondamentale est de savoir s'il y a des « partenaires » ou d’autres animaux, des insectes, des plantes, qui contribuent à ce cycle naturel du virus Ébola dans la nature.
 
Quoi qu'il en soit, note-t-il, l'urgence reste de combattre l'épidémie et toutes les conditions ne sont pas réunies.
 
Pour qu'elles le soient, estime-t-il, il y a lieu de s'appesantir sur les investissements dans les ressources humaines.
 
« Au Congo, affirme-t-il, plus de 40% des personnels de santé seront admis à la retraite en 2019. Parmi ces retraités, il y a des vétérans de la lutte contre Ébola dans les épidémies survenues entre 2000 et 2005. »
 
Mais au-delà des hôpitaux, des médicaments et d'autres moyens prévus, il y a nécessité de développer la recherche sur les maladies émergentes, martèle le chercheur.
 
S'ils s'accordent tous à souligner l'urgence d'agir et de construire des infrastructures, les auteurs se gardent toutefois de donner une estimation chiffrée des besoins, notamment à l'échelle d'un pays comme la République Démocratique du Congo, en proie à sa dixième épidémie.

Ratio coût-prévention

Mais pour Daniel Bausch, il est clair que « le coût de la réponse internationale aux grandes épidémies sera toujours bien plus élevé que celui du renforcement des infrastructures de santé pour les prévenir au départ, sans compter les infections évitées et les vies sauvées. »
 
Cependant, le chercheur fait état de réelles avancées.
 
Ainsi, fait-il remarquer, les outils de lutte contre Ébola se développent et deviennent des options concrètes.
 
Malgré des conditions de terrain très difficiles, note-t-il, « nous avons pu mettre en œuvre des campagnes de vaccination en anneau relativement importantes lors des deux dernières épidémies. »
 
Et de noter également l'utilisation des traitements expérimentaux, tout en précisant que l’élaboration d’un protocole formel pour les essais cliniques de traitements, constitue une autre étape importante.
 
Enfin, les chercheurs relèvent que ces investissements sont « nécessaires de toute urgence avant que les changements démographiques et économiques en cours ne provoquent des épidémies majeures d'importance nationale et internationale ».
 
« Je connais beaucoup d'experts sur Ébola et aucun d'entre nous n'aurait prédit une épidémie d'environ 30.000 cas en Afrique de l'Ouest il y a quelques années. Personne ne dit que cela se reproduira demain, mais voulons-nous courir le risque ? », s'interroge Daniel Bausch, soulignant que ces investissements ne sont pas destinés à contrer la seule épidémie d'Ébola.

Gouvernance

« Nous avons besoin de systèmes de surveillance et d’intervention solides pour détecter un large éventail de maladies avant qu’elles ne deviennent de grandes épidémies », poursuit-il.
 
Si le chercheur britannique reconnaît qu'il ne s'agit pas d'une œuvre facile, il note toutefois qu'il n'y a pas d'alternative.
 
Steve Ahuka, de l'Institut de Recherches biomédicales de Kinshasa, indique pour sa part que la grande particularité des épidémies de 2018 est qu'elles interviennent dans un contexte d'insécurité marquée, ce qui induit une notion de gouvernance.
 
Le chercheur estime par ailleurs que les investissements en infrastructures devraient aller de pair avec le respect de normes minimales en matière d'hygiène, d'où l'importance de l'éducation.
 
« D'un côté, il y a peu de doutes aujourd'hui sur l'origine zoonotique de la maladie à virus Ébola ; de l'autre, sa propagation dépend d'autres facteurs, notamment le niveau d'hygiène, aussi bien au sein de la population que dans les centres d'accueil des malades, mais aussi des déplacements de population », d'où un besoin de renforcement des structures sanitaires, qui peuvent être source d'amplification de l'épidémie, résume Steve Ahuka.
 
Pendant ce temps, sur le terrain, le nombre de victimes continue de croître. Selon un bilan du ministère de la Santé de la RDC publié le 4 novembre, au total, 300 cas de fièvre hémorragique ont été signalés dans les régions affectées, dont 265 confirmés et 35 probables.

Sur les 265 cas confirmés, 151 sont décédés et 88 sont guéris. Les autres sont hospitalisés dans les différents Centres de Traitement d’Ébola (CTE).
 
Ont contribué à cet article, Christian Wilfrid Diankabakana, à Brazzaville et Patrick Abéga, à Kinshasa.

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