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[NIAMEY] « Les chercheurs ont des résultats intéressants issus de leurs études, mais au niveau opérationnel, il faut que les politiques puissent prendre des décisions et des stratégies pour orienter ces résultats de manière concrète, afin de favoriser le développement ».
 
Telle est l’une des principales recommandations qui ont sanctionné le colloque scientifique organisé à Niamey (Niger) du 12 au 14 novembre à l’occasion des 30 ans de l’observatoire hydrométéorologique sur l’Afrique de l’Ouest (AMMA-CATCH1[1]).
 
Cet appel des chercheurs part d’un constat qui ressort aussi de ces mêmes recommandations, et qui est que « le plus souvent, la connexion n’est pas bien établie entre ces deux acteurs ». C’est la Raison pour laquelle les participants demandent que des institutions qui font la jonction entre la recherche pure et l’opérationnel soient renforcées. 

“Quand nous menons des recherches, les résultats permettent d’orienter les décideurs politiques afin qu’ils mettent en place des ouvrages dans l’optique de stabiliser la disponibilité de l’eau dans le temps”

Mamadou Ibrahim, université de Zinder (Niger)

Organisé par l’Institut de recherche pour le développement (IRD) avec les soutiens du centre régional Agrhymet (Agro-hydro-météo) et du ministère nigérien en charge de la recherche, ce colloque a rassemblé les acteurs de l’observation in situ et par télédétection et les opérateurs du développement.
 
« Cet évènement [était] l’occasion de faire le point sur les enjeux scientifiques et sociétaux autour du cycle de l’eau et de la "zone critique" en Afrique » après 30 années de l’observatoire hydrométéorologique, indique un communiqué de presse de l’IRD.
 
Les chercheurs essayant de trouver des méthodes pour une meilleure gestion de cette ressource afin de favoriser le développement et régler la question de la sécurité alimentaire.
 
Beaucoup de politiques de gestion intégrée à l’échelle des bassins versants ont ainsi vu le jour. D’après Abdou Ali, expert en hydro-climatologie et chef du Département information et recherche au centre régional Agrhymet de Niamey, il y a eu à cet effet la charte de la gestion de l’eau dans les bassins du Sénégal, du Niger et du Lac Tchad. Et au niveau du bassin de la Volta, une politique similaire va aussi voir le jour.
 
Pour ce qui est du Niger, « il y a surtout eu la mise en place du Pangire (Plan d’action national de gestion intégrée des ressources en eau). Mais, pour les barrages, une technique permettant d’atténuer l’évaporation est nécessaire tout comme une meilleure gestion des terres qui facilite l’infiltration de l’eau », indique Abdou Ali.
 
L’intéressé cite aussi l’initiative 3N (les Nigériens nourrissent les Nigériens) qui a permis l’élaboration de dispositifs appuyant la gestion des eaux, afin de favoriser la production agricole pour atteindre l’objectif « zéro faim » en 2030.
 

Orientation des politiques

Pour Mamadou Ibrahim, enseignant-chercheur à l’université de Zinder (Niger), en plus de l’orientation des politiques de gestion des ressources en eau des Etats du Sahel, ces trente années de recherche ont permis de marquer des points en matière de formation.
 
« Nous avons aujourd’hui des enseignants-chercheurs qui font la modélisation. Leurs modèles intégrés prennent en compte l’écologie, l’hydrologie, les sols et l’atmosphère. Pour nous qui sommes plus sur le terrain et qui utilisons les observations in situ, même si on produit les données, on n’arriverait pas à bien les exploiter s’il n’y avait pas de modélisateurs », dit-il.
 
Au-delà de ce bilan, Christophe Peugeot, chercheur en hydrologie à l’IRD, mesure pour sa part les défis qu’il reste à relever.
 
Interrogé par SciDev.Net, il affirme que « le plus grand défi aujourd’hui c’est d’essayer d’anticiper les grands changements en termes de ressources en eau, en termes de potentialités agricoles dans le cadre des changements climatiques, et surtout, des changements liés au sol ».
 
« Dans les années à venir, poursuit-il, on va faire des études pour tester des solutions en agroforesterie, agroécologie et en agriculture paysanne de petite échelle qui, selon certaines évaluations, sont capables de produire suffisamment de nourriture pour les besoins alimentaires »
 

Mousson

Selon le communiqué de presse de l’IRD sur le colloque de Niamey, la mousson rythme la vie des 300 millions de personnes au Sahel. « En moins de quatre mois, de juin à septembre, elle apporte l’essentiel des précipitations annuelles. De l’intensité et de la durée de ses pluies dépendent l’ensemble des récoltes et des ressources en eau, et donc la sécurité alimentaire. »
 
Or, apprend-on, dans les années 1980 et 1990, l’ensemble de cette zone et pratiquement toute l’Afrique de l’Ouest ont vu leurs précipitations diminuer de 20 à 40 %.
 
Mais, Abdou Ali du centre Agrhymet, nuance quelque peu : « Il y a de grandes quantités d’eau, mais, sur de courtes périodes. C’est-à-dire que nous avons une augmentation de ressources en termes de quantités absolues dans beaucoup de petits bassins, mais avec une diminution de leur disponibilité dans le temps. Ce qui s’explique par les changements climatiques et environnementaux ».
 
D’où l’insistance de l’universitaire Mamadou Ibrahim à l’attention des décideurs : « Quand nous menons des recherches, les résultats permettent d’orienter les décideurs politiques afin qu’ils mettent en place des ouvrages dans l’optique de stabiliser la disponibilité de l’eau dans le temps ».

Références

[1] AMMA-CATCH : Analyse Multidisciplinaire de la Mousson Africaine - Couplage de l’Atmosphère Tropicale et du Cycle Hydrologique