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La biochimiste burkinabè, Aminata Kaboré, chargée de recherche à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA), a développé une association de technologies à l’aide des graines de moringa, pour purifier l’eau des barrages, des marigots et des puits.

D’après le rapport 2019 de l’UNICEF et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) sur les inégalités en matière d’accès à l’eau, à l’assainissement et à l’hygiène, quelque 2,2 milliards de personnes ne disposent pas de services d’alimentation en eau potable gérés en toute sécurité, 4,2 milliards sont privées de services d’assainissement gérés en toute sécurité et 3 milliards ne possèdent même pas d’installations de base pour se laver les mains. 
 
Selon l’UNICEF, au Burkina Faso, 8,3 millions de personnes n’ont pas accès à un point d’eau amélioré, 50% des écoles primaires n’ont pas de points d’eau potable, tandis qu’en milieu rural, un ménage sur trois (30 % de la population) utilise de l’eau non potable par manque de point d’eau amélioré.

Grâce à une nouvelle technologie, les ménages en milieu rural peuvent désormais consommer de l’eau potable et éviter des maladies liées à l’eau contaminée.

Dans le cadre de sa thèse doctorale, la biochimiste Aminata Kaboré a démontré que les graines de moringa oleifera peuvent éliminer les impuretés et les microbes contenus dans les eaux de surface.

“Lorsqu’on fait la filtration, les résultats de laboratoire montrent qu’on est à 100% d’élimination de microbes. Sans filtration, cela varie entre 90 à 95 %.”

Aminata Kaboré - Chargée de recherche à l’Institut de l’environnement et de recherches agricoles (INERA-Burkina Faso)

Ses travaux de laboratoire ont prouvé que quelle que soit la qualité de l’eau, 600 mg à 2 g de poudre de graines de moringa suffisent pour la purifier, sans produits chimiques.

Originaire du nord de l'Inde (contreforts sud de l'Himalaya) et du Sri Lanka, le moringa est maintenant acclimaté dans presque toutes les régions tropicales.

La poudre de graines de moringa, explique la chercheure, contient des protéines qui, à travers leur charge positive, attirent les particules en suspension.

Elle permet de clarifier l’eau trouble et de réduire les microbes.

« La poudre est introduite dans un petit bidon de 0,5 litre contenant de l’eau propre que l’on agite pendant 1 à 2 minutes, pour avoir une solution laiteuse. Cette solution obtenue est mise dans l’eau à purifier et à l’aide d’une spatule, on remue très rapidement et ensuite lentement. Lorsqu’on brasse tout doucement, les protéines vont fixer les impuretés. On cesse de brasser pour attendre 15 à 20 mn afin que l’eau se décante », explique la chercheure.

Cette eau aura subi un premier traitement aux graines de moringa, elle est clarifiée, mais n’est pas à 100% potable. Pour pallier ses insuffisances, Aminata Kaboré, dans le cadre d’un projet de développement, associe diverses technologies.

Elles consistent à mettre en place un dispositif simple : deux seaux d’eau en plastique. Le premier, de 40 litres, est percé pour servir de filtre de l’eau traitée au moringa ; le second, de 15 litres, sert à recueillir l’eau filtrée.

Dans le premier, on met du charbon et du sable fin bien lavés et séchés. Cette association de technologies permet d’avoir de l’eau propre.

« Lorsqu’on fait la filtration, les résultats de laboratoire montrent qu’on est à 100% d’élimination de microbes. Sans filtration, cela varie entre 90 à 95 % », précise-t-elle. Il est recommandé que l’eau soit traitée chaque matin pour la consommation journalière et 20 litres d’eau suffisent.

La technologie de purification de l’eau avec la poudre des graines de moringa n’est pas récente, précise Aminata Kaboré, mais c’est la première fois qu’elle est mise au jour au Burkina Faso.

Elle a été expérimentée avec 80 ménages en milieu rural dans la province du Sourou, dans la région du Centre-Ouest du pays.

Ce test a été conduit grâce à l’aide d’une association qui produit les tourteaux et les fournit aux ménages gratuitement.

L’idée de ce projet en milieu rural, dit Aminata Kaboré, est non seulement de fournir de l’eau potable à la population, mais aussi de créer des activités génératrices de revenus autour du moringa.

En effet, l’association, à travers ses relais communautaires, reçoit les graines de moringa collectées par les populations.

Elle presse l’huile de moringa et remet gratuitement les tourteaux aux populations.

L’huile produite est vendue par l’association. « Nous avons testé cette façon de faire pendant un an, avec 80 ménages et on a eu de bons résultats », explique encore Aminata Kaboré.

Selon le nutritionniste-biologiste Boubacar Savadogo, chargé de recherche à l’Institut de recherche en science de la santé (IRSS), les analyses de laboratoire ont permis de conclure que l’eau purifiée avec la poudre de moringa et filtrée est potable, sans pathogènes et peut être consommée.

« Nous avons prélevé l’eau trouble qu’on a analysée au laboratoire. Nous avons identifié des microbes pathogènes (coliforme, streptocoques) responsables des coliques (douleurs spasmodiques violentes du côlon et plus généralement de la cavité abdominale) et des diarrhées. Après le traitement au moringa, la même eau analysée était exempte de tout microbe. Nous pouvons affirmer et confirmer que cette eau est potable et sa qualité avoisine celle de l’eau minérale », soutient le nutritionniste.

En milieu rural, où la technique a été testée, les populations ne sont plus atteintes de maladies liées à l’eau. « Les populations pensent même que c’est de l’eau purifiée par le moringa qui les soigne. Or, c’est parce que l’eau est devenue saine et ne contient plus de microbes qu’elles ne tombent plus malades », nuance-t-il.

Les chercheurs plaident pour la mise à l’échelle de la technique, car peu coûteuse, elle permet d’offrir de l’eau potable - surtout en milieu rural, où il n’y a pas de forage - et de réduire les maladies liées à l’eau contaminée.

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