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L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a profité de la Journée internationale de la tolérance zéro pour les mutilations génitales féminines (MGF) célébrée le 6 février dernier pour renouveler son appel à l’éradication de ce phénomène.
 
A cause notamment de ses conséquences qui n’épargnent finalement aucun pan de la vie des victimes, au même titre que l’économie des Etats où cette pratique a cours.
 
Pierre-Marie Tebeu, enseignant-chercheur à la faculté de médecine et des sciences biomédicales de l’université de Yaoundé I (Cameroun) classe les effets néfastes de cette pratique selon le moment de leur survenue. 

“Le succès dans la lutte contre ce phénomène passe par la prise en compte de sa double dimension culturelle et économique”

Pierre-Marie Tebeu, faculté de médecine et des sciences biomédicales, université de Yaoundé I

Interrogé par SciDev.Net, il évoque ainsi des conséquences immédiates qu’il qualifie de primaires, les conséquences différées ou secondaires et les conséquences lointaines qu’il appelle encore conséquences tertiaires.
 
« Les conséquences primaires sont essentiellement en rapport avec la blessure instantanée qui risque de se compliquer du fait d’une hémorragie pouvant entrainer la mort », introduit-il.
 
Il poursuit en disant que les conséquences secondaires se situent dans la période allant du deuxième jour au sixième mois après la survenue de la mutilation. « A ce stade, dit-il, il y a des risques d’infections qui peuvent comprendre une fistule urinaire du fait de l’ablation de l’urètre ».
 
Quant aux conséquences tertiaires, Pierre-Marie Tebeu indique qu’elles surviennent souvent lorsque les femmes sont devenues adultes et se caractérisent par des difficultés au moment d’avoir des rapports sexuels ou des complications lors de l’accouchement.
 
« Notamment parce que la coupure a par exemple entraîné une fibrose et l’ouverture du vagin se fait très péniblement. Ce qui va nécessiter un geste chirurgical avant la suite de l’accouchement », explique l’universitaire qui est aussi le chef du service de gynécologie-obstétrique au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Yaoundé.

Les mutilations génitales féminines en Afrique
(Défiler pour changer de tableau)
 
Mais, les dommages ne sont pas que physiques, relève Eliane-Paule Meubeukui, coordonnatrice de l’Action pour l'épanouissement des femmes, des démunis et des jeunes détenus (AFJD), une association qui lutte, entre autres, contre les violences faites aux femmes.
 
« Ces mutilations laissent aussi les victimes avec des séquelles psychologiques et sexuelles. Psychologique parce qu’elles entraînent une perte de confiance en soi chez ces femmes ; et sexuelle: parce que celles-ci peuvent ensuite souffrir de frigidité, voire d'infertilité », explique l’intéressée.
 
Christina Pallitto, chercheur à l’OMS, souligne pour sa part que les MGF sont presque toujours pratiquées sur des mineurs âgée de 0 à 15 ans et constituent dès lors une violation des droits des enfants.
 
« Ce phénomène est le reflet d’une inégalité profondément enracinée entre les sexes et constitue une forme extrême de discrimination à l'égard des femmes », dit-elle.
 

Violation des droits humains

Dans un entretien avec SciDev.Net, elle ajoute que cette pratique viole un ensemble de droits humains. En l’occurrence le droit d'une personne à la santé, à la sécurité et à l'intégrité physique, le droit d'être à l'abri de la torture et des traitements cruels, inhumains ou dégradants et le droit à la vie, en particulier lorsque la procédure entraîne la mort.
 
Christina Pallitto martèle surtout que « les mutilations génitales féminines n'ont aucun avantage pour la santé. Au contraire, elles nuisent aux filles et aux femmes de nombreuses manières et interfère avec les fonctions naturelles du corps ».
 
Au-delà de ces conséquences sur les victimes, une étude réalisée par l’OMS et publiée au début de ce mois de février montre que la société paie également un lourd tribut à la pratique des MGF.
 
En effet, indique l’Organisation, le traitement des complications des MGF dans les 27 pays dont les informations étaient disponibles, aura coûté 1,4 milliard de dollars en 2018. Un montant qui devrait atteindre 2,3 milliards de dollars dans 30 ans si la prévalence du phénomène venait à rester intacte.
 
D’où la nécessité de multiplier les stratégie pour le combattre. Au Cameroun par exemple, le code pénal prévoit jusqu’à un emprisonnement à vie pour des personnes qui se livrent à des mutilations sexuelles qui ne sont pas « justifiées par la nécessité de sauver la victime ».
 
En conséquence, « sur le plan national, le phénomène tend à disparaitre. L'existence et l'application de la loi qui punit cette pratique dissuade beaucoup de celles qui s’y adonnent », constate Eliane-Paule Meubeukui.
 
Mais, cette dernière nuance rapidement en affirmant que pour contourner la loi, certaines personnes n’hésitent pas à traverser les frontières pour agir dans les pays voisins, profitant de l’insécurité qui prévaut dans le nord et l’ouest du pays où ces pratiques ont cours.
 

Interdire les mariages

Pour Pierre-Marie Tebeu, le succès dans la lutte contre ce phénomène passe par la prise en compte de sa double dimension culturelle et économique.
 
« Sur le plan culturel, il faut faire une éducation sur ses méfaits pour amener les familles à l’abandonner. Au plan économique, il ne faut pas oublier que ceux qui font ces mutilations gagnent de l’argent. Donc, il faut voir comment les convertir et leur offrir d’autres opportunités de générer des revenus », explique l’enseignant.
 
De son côté, Paule Eliane Meubeukui estime qu’il faut renforcer la sensibilisation auprès des chefs traditionnels et inviter les leaders politiques à introduire cette préoccupation dans leurs campagnes.
 
« Enfin, si possible, on pourrait interdire le mariage des filles victimes de MGF. Ce qui dissuaderait ces femmes qui seraient alors forcées d'arrêter ces pratiques pour ne pas compromettre le mariage de leurs filles », ajoute cette dernière.
 
Selon l’OMS, quelque 200 millions de filles et de femmes dans le monde ont été victimes des MGF. Elles se trouvent dans les 30 pays où le phénomène est concentré.
 
L’Organisation classe les MGF en quatre catégories : l'ablation partielle ou totale du gland clitoridien, l'ablation partielle ou totale du gland clitoridien et des petites lèvres, le rétrécissement de l'ouverture vaginale, et toutes les autres procédures nocives pour les organes génitaux féminins à des fins non médicales (piquer, percer, inciser, gratter...)
 
Plus grave, selon une analyse de l'Unicef parue le 5 février, environ une fille ou femme sur quatre ayant subi une MGF, (soit 52 millions de survivantes aux MGF dans le monde) a été excisée par un membre du personnel de santé.