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Une conférence internationale sur l'économétrie, recommande une utilisation accrue et rationnelle des données mathématiques et statistiques avec force de preuve, pour les décisions en matière de développement.
 
La Conférence africaine de la société d’économétrie, organisée à Cotonou la semaine dernière (du 12 au 14 juillet) par l’Econometric Society et l’African School of Economics (ASE), a rassemblé plusieurs experts de la recherche économique autour d'un double objectif : expliquer l’importance de l’économétrie pour le développement et promouvoir l’utilisation des mathématiques et des statistiques.
 
Selon Léonard Wantchékon, fondateur de l’ASE et enseignant à l'université de Princeton, aux Etats-Unis, il y a deux manières de faire de l’économie. La première, c’est le bavardage, à partir de quelques intuitions, quelques idées reçues, des expériences d’autres cieux qu’on répète. Mais avec la seconde, poursuit-il, il y a une discipline émergente qui est la science économique moderne où on ne conçoit pas sans avoir décrit avec les statistiques et les mathématiques la réalité qu’on vit.

“L’ère de l’économie vague, descriptive, qui se contente simplement d’écrire les concepts, est révolue.”

Léonard Wantchékon



"C’est ce genre de statistiques que la Société d’économétrie veut développer", a précisé l'orateur.
 
Au nombre des participants à la rencontre se trouvaient d'éminents économistes tels que Roger Myerson, de l'université de Chicago, Prix Nobel 2007 pour ses recherches novatrices en théorie des jeux et en théorie des mécanismes d’incitation, ainsi que Tim Besley, de la London School of Economics et président de l’Econometric Society.
 
S'exprimant lors de la cérémonie d'ouverture, ce dernier a indiqué que "la réunion vise à faire en sorte que les gens ayant des objectifs et des intérêts communs se parlent, échangent des idées de recherche, commentent et discutent."
 
De fait, les participants ont abordé divers sujets directement liés au développement, tels que l’inclusion financière, les femmes et le développement, l’analyse de la dynamique en économie, le financement des infrastructures, le tourisme et l'utilisation des mathématiques pour faciliter le développement économique et social.
 
Selon plusieurs experts présents à l'African Forum of Econometric Society (AFES 2018), une meilleure compréhension et utilisation de l'économétrie et de la théorie économique est essentielle pour résoudre de nombreux problèmes de développement.
 
D'après Léonard Wantchékon, les réalités économiques en Afrique sont assez complexes et "il s’agit de développer des outils, pour mieux les mesurer, mieux prédire et trouver des solutions aux problèmes qui se posent."
 
Le président de l'ASE précise par ailleurs que "l’économétrie moderne, ce n’est pas seulement les outils pour quantifier et avoir une vision plus claire des choses, mais c’est une façon d’imaginer de manière plus rigoureuse les schémas dont on a besoin pour résoudre les problèmes d’emploi, d’éducation, de la sécurité alimentaire etc."
 
Léonard Wantchékon estime par ailleurs que "l’ère de l’économie vague, descriptive, qui se contente simplement d’écrire les concepts, est révolue", ajoutant que "l’économie est un outil d’analyse dans tous les domaines de la société."
 

Sécurité alimentaire

 "On a toujours pensé que la sécurité alimentaire est un problème de production agricole et pour cela, on a beaucoup investi dans le domaine de l’utilisation des engrais chimiques pour augmenter la production", a-t-il poursuivi.
 
Mais les analyses économétriques ont montré de plus en plus que c’est un problème d’accès au marché.
 
Aussi, explique Léonard Wantchékon, on réalise aujourd'hui que la solution à l’insécurité alimentaire se trouve dans la construction de routes, l’utilisation de la téléphonie mobile pour communiquer avec les paysans et développer l’accès au marché.
 
Il en est de même des crises alimentaires qui auraient pu être réglées plus facilement, si l’on avait su qu’il s’agissait en fait d’un problème d’accès au marché, explique-t-il encore.
 

Données et démocratie en vedette

Pour sa part, Tim Besley, président de l’Econometric Society, a évoqué "l'ensemble des facteurs qui créent des États efficaces", sur la base d'un vaste projet de recherche sur lequel il travaille depuis un certain temps.
 
Ce projet tente de comprendre pourquoi, à une extrémité du spectre, il y a des gouvernements extrêmement efficaces qui peuvent augmenter les impôts, fournir des services publics décents et avoir de faibles niveaux de corruption, ce qui en fait des modèles de démocratie.
 
Tim Besley précise que "ce projet de recherche examine pourquoi une bonne gouvernance se développe dans certaines parties du monde, et pas dans d'autres" ; pour lui, il s'agit de l'une des applications tangibles de l'économie, susceptibles de générer d'énormes quantités de données "parlantes".
 
"Je regarde les données attitudinales sur l'interaction entre les citoyens et les États. Un sentiment d'obligation citoyenne peut émerger, mais il y a des conditions préalables à cela. Je montre en utilisant une approche théorique que ces liens sont plus susceptibles de se former lorsque les gouvernements sont relativement limités", a-t-il dit.
 
Enfin, selon Léonard Wantchékon, l'un des aspects les plus difficiles de la réussite de la démocratie est le bon fonctionnement des institutions démocratiques.
 
Cependant, a-t-il noté, la poussée pour la démocratie et les élections n'est qu'un premier pas. "Nous devons concevoir des institutions qui rendront la démocratie efficace, ce qui nécessite une réflexion analytique et une analyse des données."
 
Le ministre béninois des affaires étrangères, Aurélien Agbénonci, a, pour sa part, estimé que la rencontre de Cotonou était une opportunité pour les gouvernements africains de faire des données statistiques fiables l'axe des processus décisionnels pour le développement.
 
"Le savoir doit être au cœur du développement", a-t-il conclu.