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[NAIROBI] L’utilisation du biochar, une substance semblable au charbon de bois, fabriquée en brûlant des déchets végétaux comme engrais, pour la culture du niébé, pourrait stimuler la croissance et le rendement de cette culture, selon une étude menée au Ghana.
 
Le niébé a une importance économique et sanitaire substantielle en Afrique, où il fournit de la nourriture aux personnes et au bétail, ainsi que de nouvelles cultures.
 
Mais, selon les scientifiques, le plein potentiel du niébé n'a pas encore été exploité, en raison de l'utilisation de variétés à faible rendement, de précipitations insuffisantes, des ravageurs, des maladies et des mauvaises herbes parasites. 

“Nos résultats montrent que les petits agriculteurs peuvent maximiser les avantages de l’utilisation du biochar grâce à l’application ponctuelle”

Edward Yeboah, Council for Scientific and Industrial Research-Soil Research InstituteGhana

Les chercheurs ont appliqué du biochar sur un sol sableux modérément acide en utilisant des méthodes d'application ponctuelle et d'autres méthodes sur un site expérimental à Kwadaso au Ghana. La méthode ponctuelle oblige les agriculteurs à placer le biochar dans un petit trou et à le recouvrir de terre.
 
Selon l'étude, publiée en août dans le journal Open Agriculture, l'ajout de biochar au sol accroit les rendements des cultures en augmentant la capacité de rétention d'eau du sol, en réduisant l'acidité, en augmentant l'apport et la rétention des nutriments et en favorisant la croissance de microbes bénéfiques.
 
« Nos résultats montrent que les petits agriculteurs peuvent maximiser les avantages de l’utilisation du biochar grâce à l’application ponctuelle », déclare Edward Yeboah, auteur principal de l’étude et directeur adjoint du Council for Scientific and Industrial Research-Soil Research Institute au Ghana.
 
La méthode ponctuelle a entraîné une augmentation du poids des tiges, des feuilles et des bourgeons du niébé d'environ 45% par rapport à la méthode témoin.
 
Les engrais minéraux conventionnels restent chers pour les petits exploitants et peuvent entraîner une dégradation des sols, ajoute l'étude. Les petits exploitants, explique Edward Yeboah, pourraient éviter le gaspillage et maximiser les retours sur leurs investissements car de plus petites quantités de biochar sont nécessaires par hectare.
 
Mais, Edward Yeboah fait savoir à SciDev.Net que l’utilisation du biochar nécessite une formation.
 
« Les agriculteurs devront être formés à la production de biochar en utilisant les matières premières dont ils disposent », ajoute-t-il. « Le renforcement des capacités des parties prenantes concernées, en particulier les petits agriculteurs et les agents de vulgarisation, est absolument essentiel ».
 
Edward Yeboa explique que la motivation de l'étude est venue de la nécessité de répondre à la demande de production agricole tout en maintenant les services écosystémiques, en atténuant et en s'adaptant au changement climatique.
 
« Les sols remplissent des fonctions essentielles pour soutenir les écosystèmes et les sociétés. Il a été identifié comme un élément clé de la réalisation de nombreux objectifs de développement durable des Nations unies », déclare Edward Yeboah. « L'orientation politique vers l'intégration de la technologie du biochar dans le système de production agricole et le changement climatique est impérative.»
 
Chrysantus Mbi Tanga, chercheur au Centre international de physiologie et d’écologie des insectes, qui travaille sur le biochar, reconnaît qu’il améliore l’absorption des nutriments des cultures et la capacité des cultures à retenir l’eau du sol.
 
« Des études similaires menées au Kenya ont montré que l'application de biochar augmente les rendements de maïs et de soja », confie-t-il à SciDev.Net, ajoutant que les effets à long terme se font sentir pendant plus de dix ans.
 
Cependant, relève-t-il, certains des matériaux utilisés pour préparer le biochar peuvent contenir des substances chimiques qui peuvent être nocives pour les microbes du sol et qui pourraient entrer dans la chaîne alimentaire.
 
Chrysantus Mbi Tanga ajoute que les résultats de l'étude sont basés sur des données de récolte d'une seule culture et peuvent ne pas être suffisants pour soutenir une politique, même s'il existe des preuves provenant d'autres études.
 
« Davantage de recherches doivent être menées, en particulier sur l'effet de l'utilisation du biochar », dit-il.

 
Cet article a été produit par le desk anglophone de SciDev.Net pour l’Afrique subsaharienne.

Références

Edward Yeboah and others Method of biochar application affects growth, yield and nutrient uptake of cowpea (Open Agriculture , 12 August 2020)