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Ce mercredi, 8 avril, les autorités chinoises sifflent la fin de la quarantaine à Wuhan, la ville d’où est partie la pandémie de la COVID-19.
 
Depuis le 23 janvier 2020, cette mégapole de 11 millions d’habitants faisait l’objet de strictes restrictions des déplacements des populations afin de ralentir, puis stopper la propagation de la maladie.
 
76 jours plus tard, la situation est sous contrôle dans le pays, avec seulement quelques nouveaux cas enregistrés chaque jour, venant pour la plupart de l’étranger.
 
Pendant ce temps, la maladie est en train de s’enraciner en Afrique où pratiquement tous les pays comptent désormais des cas de contamination, voire des décès. 

“Dans les cas sévères, la chloroquine n’est pas utile. Donc, il faudrait dépister les gens tôt pour optimiser l’utilisation de la chloroquine. Aussi faut-il souligner que cette molécule a des effets secondaires comme l’insuffisance rénale et un trouble du rythme cardiaque”

Barnabo N. Kan-Paatib, Tongji Hospital, Wuhan, Chine

L’expérience de la Chine pouvant inspirer l’Afrique, SciDev.Net interroge Barnabo Nampoukime Kan-Paatib, médecin spécialiste en chirurgie cardiovasculaire au Tongji Hospital à Wuhan, l’hôpital qui a accueilli le plus grand nombre de patients souffrant de COVID-19 dans cette région qui a été l’épicentre de la maladie.
 
Ce praticien et chercheur originaire du Togo décrit l’organisation mise en place et les protocoles de traitement qui ont permis à la Chine de venir à bout de la pandémie ; non sans indiquer les voies et moyens pour l’Afrique d’en tirer avantage.
 

Quelle organisation stratégique a été mise en place par les médecins et les autorités en Chine pour vaincre la pandémie de la COVID-19 ?

Il faut reconnaitre que la Chine revient de loin. Le parcours a été parsemé d’embuches, d’échecs et de changement de stratégies tout au long de ces derniers mois depuis l’apparition de la COVID-19. La stratégie gagnante que la Chine a mise en place et qu’elle recommande à tous les pays contaminés par cette maladie se résume en ces mots : dépister tôt, isoler tôt, prendre en charge ou traiter tôt.
 
Au début de la crise, les hôpitaux ont été submergés et il a été demandé aux patients avec les symptômes légers de s’auto-isoler chez eux en espérant une amélioration grâce à leur système immunitaire. Mais, force avait été de constater qu’ils revenaient avec la maladie a un stade avancé ou alors que d’autres qui allaient mieux avaient vu des membres de leurs familles être infectés à leur tour.
 
Donc on rentrait dans un cycle infernal où la contamination continuait au sein de la population, des communautés et des familles. Alors est venue la stratégie de faire sortir tous les patients des maisons, des communautés afin de les mettre en isolement avec observation médicale dans les stades, les hôtels, les gymnases et autres. Le but était de couper la contamination au sein de la population, et commencer la prise en charge très tôt.
 
En résumé il faut trouver très tôt les malades, les cas suspects ou les cas qui ont été en contact avec les malades, les isoler sous la surveillance des médecins pour éviter que leur état de santé ne s’aggrave.
 

Quels sont les principaux médicaments et les principaux protocoles de soins qui ont été ensuite administrés aux patients pour obtenir les résultats que l’on a aujourd’hui ?

Le traitement en Chine a été varié. On a utilisé les antiviraux comme le Lopinavir/Ritonavir, le Darunavir/Cobicistat, le Favipiravir et le phosphate de chloroquine, l’Arbidol, l’Ambroxol. A tout cela, il est à ajouter la médecine traditionnelle chinoise et la sérothérapie.
 

Quelle aura justement été la place des produits issus de la médecine traditionnelle chinoise dans la riposte à la COVID-19 ?

La médicine traditionnelle chinoise a été utilisée comme adjuvant à la médicine moderne dans le traitement des patients de la COVID-19. C'est est tout un mélange de produits dont je ne maîtrise pas les noms. Les patients qui ont suivi le traitement par la médecine traditionnelle chinoise ont vu les symptômes disparaitre ou du moins s’améliorer au bout de quelques jours et les lésions pulmonaires sur les scanners du thorax aussi se résorbaient au fil du temps. 
 

Jusqu'à quel seuil la chloroquine a-t-elle été utilisée en Chine pour soigner les malades ?

Le Lopinavir/Ritonavir combiné à l’Arbidol est considéré comme le régime de base. Et si ce régime de base n’est pas efficace, la chloroquine est introduite pendant 5 jours. La chloroquine n’est pas utilisée pendant plus de 7 jours.
 
Il est a noter que dans les cas sévères, la chloroquine n’est pas utile. Donc, il faudrait dépister les gens tôt pour optimiser l’utilisation de la chloroquine. Aussi faudrait-il souligner que cette molécule a des effets secondaires comme l’insuffisance rénale et un trouble du rythme cardiaque pour ne citer que ceux-ci. Donc, la prescription de la chloroquine doit se faire avec précaution et le traitement doit être effectué sous surveillance médicale.
 

A quelles difficultés particulières les médecins en Chine ont été confrontés dans la lutte contre cette pandémie et comment les avez-vous surmontées ?

Au début, vu le nombre de patients qui affluaient vers les hôpitaux pour se faire dépister et le débordement du personnel médical, il a fallu revoir la communication autour de la COVID-19 pour redresser les choses. La Chine a souffert pendant un moment du manque de lits, de matériels pour le personnel pour faire face à l’épidémie. D’où la construction d’hôpitaux en un temps record, le soutien des médecins et des infirmiers des autres provinces, ainsi que l’appui des médecins militaires...
 
Bref, les difficultés étaient multiples et variées ; mais une bonne organisation, la discipline et le patriotisme ont permis de venir à bout de ces difficultés.
 

Comment l’Afrique peut-elle tirer profit du succès de la Chine dans la lutte contre cette pandémie ?

Le modèle chinois doit beaucoup servir à l’Afrique sur plusieurs plans. La discipline de la population a été l’un des atouts pour la réussite de la quarantaine à Wuhan. Vu la situation socio-économique du continent, nous ne disposons pas toujours de la technologie utilisée ici pour retrouver les cas contacts, ni les appareils utilisés, ni encore la main d’œuvre dans le milieu hospitalier comme à l’extérieur. Dès lors, nous devons miser plus sur une démarche active plutôt que passive de laisser venir les malades d’eux-mêmes à l’hôpital. Nous devons former des médecins d’autres spécialités à pouvoir aider dans la prise en charge des patients souffrant de la COVID-19.
 
Cependant contrairement à ce que d’autres médecins peuvent dire, et selon mon expérience ici, le port du masque reste de mise pour la population saine ou malade. En outre, il faut faire le test de dépistage en grand nombre très tôt pour éviter toute surprise. Le continent africain doit miser plus sur la prévention que sur la guérison.
 

Quelle est la situation actuellement en Chine ?

La vie reprend petit à petit en Chine. La quarantaine à Wuhan va être levée ce 8 avril. Mais, la prudence reste de mise. Avec de nouveaux cas de contamination découverts tout récemment, les mesures de prévention et de protection demeurent d'actualité. Des dispositifs sont aussi mis en place pour pouvoir avoir accès aux endroits et transports publics. Une deuxième vague d'épidémie est à craindre et à éviter.
 
Notre hôpital a accueilli la majeure partie des patients de la COVID-19 et il en reste encore en soins intensifs . En fait, la pression n’est pas totalement retombée dans les hôpitaux.

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