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[NAIROBI] Alors que le coronavirus continue de se propager dans le monde, la population africaine âgée de plus de 60 ans peut être moins vulnérable en raison de la structure communautaire, selon un scientifique.
 
Pour Marianne Mureithi, chargée de cours au département de microbiologie médicale de l'université du Kenya à Nairobi, les personnes âgées jouent un rôle important en Afrique, notamment en tant qu'aînés et gardiens de la communauté ; et le continent ne les a pas négligées.
 
Elle attribue le taux élevé d'infections par le coronavirus chez les personnes âgées dans les pays occidentaux entre autres aux maisons de retraite surpeuplées ou aux établissements similaires destinés à l'hébergement des personnes âgées.
 
Dans un éditorial publié dans la revue BMJ le 13 mars, les scientifiques disent que parce que les pays africains ont une population relativement jeune, les besoins des personnes de plus de 60 ans sont souvent négligés. Ajoutant qu'une augmentation de l'âge entraîne une réduction de l'immunité et une augmentation des chances d’avoir des problèmes de santé, y compris le diabète et les maladies pulmonaires. 

Nos personnes âgées jouent un rôle essentiel dans la communauté. Elles jouissent d'un grand respect et ne sont pas entièrement négligées

Marianne Mureithi, Université de Nairobi

Mais dans la plupart des pays en développement, selon une étude, le soutien aux personnes âgées demeure principalement une responsabilité familiale : « Traditionnellement, en Afrique subsaharienne, la principale source de soutien a été le ménage et la famille, complétés dans de nombreux cas par d'autres mécanismes informels, tels que les réseaux de parenté et les sociétés d'entraide ».
 
En Afrique, la protection sociale des personnes vulnérables est le résultat naturel de principes communs de solidarité, de réciprocité et de redistribution, partagés dans une famille élargie.
 
« En réalité, nous n'envoyons pas nos personnes âgées dans des maisons de retraite », explique Marianne Mureithi. « Ce n'est pas une norme comme on le voit dans les pays occidentaux et nos personnes âgées jouent un rôle tellement essentiel dans la communauté que nous les considérons comme des anciens et des gardiens de la structure communautaire générale, et par conséquent, elles jouissent d'un grand respect et ne sont pas entièrement négligées ».
 
Prenant l’exemple du Kenya, elle confie à SciDev.Net qu'il existe une directive du gouvernement pour protéger en particulier les personnes âgées en s’abstenant d’emmener les enfants de la ville pour aller rester avec elles dans les villages pendant cette pandémie.
 
Dans l'éditorial paru dans BMJ, les scientifiques affirment que dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, les personnes âgées seront touchées de manière disproportionnée par le coronavirus, ce qui rend urgente la nécessité de politiques axées sur elles.
 
« Compte tenu des contraintes budgétaires dans les pays à revenu faible ou intermédiaire et de la charge élevée de la maladie, les besoins des populations plus jeunes telles que les mères et les enfants… sont prioritaires », explique Peter Lloyd-Sherlock, co-auteur de l'éditorial et professeur de politique sociale et de développement international à l'université d'East Anglia au Royaume-Uni.
 

Besoins sanitaires et sociaux complexes

Interrogé par SciDev.Net, il soutient que les personnes âgées dans les pays à revenu faible ou intermédiaire ont des besoins sanitaires et sociaux complexes. Les services de santé sont mal équipés pour répondre à leurs besoins de santé. Il y a en outre un manque d'expertise en gériatrie et un temps insuffisant pour leur accorder l'attention dont elles ont besoin.
 
Mais Christian Happi, directeur de l’African Center of Excellence for Genomics of Infectious Diseases1, dit qu'il n'est pas sûr que beaucoup de personnes âgées en Afrique soient ignorées.
 
« Bien que l'Afrique ne dispose pas de l'infrastructure physique pour faire face à l'épidémie de COVID-19, les pays africains ont plus d'expérience dans la lutte contre les épidémies », dit-il.
 
Par ailleurs professeur de biologie moléculaire à l’université de Redeemer au Nigeria, Christian Happi ajoute que « la plupart des pays africains sont souvent en mode de riposte aux épidémies. Il y a juste un besoin d'une meilleure coordination et d’une mobilisation des ressources sur le continent ».
 
Kevin Marsh, conseiller principal à l'Académie africaine des sciences, estime pour sa part que la situation dans son ensemble est sans précédent à tel point que de nombreux pays, et pas seulement les pays à revenu faible ou intermédiaire, ont du mal à élaborer des politiques pour lutter contre la pandémie.
 
« Chaque milieu devra développer des approches contextuelles de la distanciation sociale pour les plus vulnérables », explique Kevin Marsh. Ajoutant que « ce sera très difficile ».

Références

1Centre africain d'excellence pour la génomique des maladies infectieuses