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[SANTIAGO] La conclusion selon laquelle les épidémies de choléra sont liées au réchauffement de la planète vient dʹêtre remise en question par une étude affirmant que ces épidémies ne sont pas causées par le réchauffement des océans, malgré leurs possibles coïncidences.

Selon les auteurs de cette étude, publiée la semaine dernière (3 août) dans lʹAmerican Journal of Tropical Medicine and Hygiene, les épidémies sont le résultat de lʹéclosion de phytoplancton entraînée par le réchauffement des océans dans le Golfe du Bengale ; mais ces éclosions découlent davantage des débits fluviaux que du réchauffement des océans.

De précédentes études ont suggéré que les périodes pendant lesquelles la température de lʹeau des océans est plus élevée pourraient créer les conditions favorisant cette maladie, comme cela a été récemment le cas à Haïti, mais également que de telles connaissances pourraient faciliter la mise en place dʹun système dʹalerte précoce.

Ce qui se produisait réellement nʹétait toutefois pas clair étant donné que le phytoplancton, à savoir des plantes microscopiques qui se nourrissent de petits crustacées auxquels sʹaccroche la bactérie Vibrio cholerae, fleurit dans lʹeau froide et non chaude.

Aujourdʹhui, en examinant 12 années de données concernant les principaux bassins fluviaux dans le monde, notamment dans lʹAmazone, le Congo, le Gange et lʹOrénoque, les chercheurs ont constaté que les débits fluviaux riches en nutriments, qui coïncident avec les périodes où les océans sont plus chauds, peuvent alimenter lʹéclosion du phytoplancton dont découlent les épidémies de choléra.

Shafiqul Islam, premier auteur de lʹétude et Professeur dʹingénierie à la Tufts University, aux États-Unis, a déclaré à SciDev.Net : "Nos résultats suggèrent quʹil nʹy a aucun lien causal entre la température à la surface de lʹeau et les épidémies de choléra. Par conséquent, il est impossible dʹutiliser ce lien pour concevoir des systèmes dʹalerte au choléra".

Il a cependant ajouté que le réchauffement de la planète pourrait engendrer des effets climatiques plus extrêmes, comme des sécheresses ou des inondations, qui aggraveraient les épidémies de choléra.

Il apparaît également, dans de précédents travaux réalisés par un groupe auquel appartenait S. Islam, que le débit fluvial est à lʹorigine des épidémies de choléra au Bangladesh. Les faibles niveaux dʹeau permettent à lʹeau des océans, riche en nutriments, de sʹinfiltrer dans le bassin fluvial et de diffuser lʹinfection, alors que les niveaux élevés entraînent la contamination de lʹeau par des matières fécales.

"Cʹest en comprenant mieux les variables macro-environnementales, telles que le débit fluvial ou lʹéclosion du plancton sur les côtes, et les progrès récents réalisés dans la télédétection par satellite ainsi que dans lʹintervention sur le choléra et son atténuation, que nous pourrons développer ce système [dʹalerte précoce]", a-t-il déclaré à SciDev.Net.

Selon Rita Colwell, microbiologiste de lʹenvironnement à lʹUniversité du Maryland, aux États-Unis, et lʹun des auteurs de la dernière étude, ces résultats pourraient sʹappliquer à dʹautres pays où le choléra est endémique et dans lesquels les débits dʹeau douce représentent un mécanisme prédominant de production dʹalgues dans les zones côtières.

Elle espère travailler bientôt à Haïti pour réaliser des tests sur lʹArtibonite, au bord duquel lʹépidémie de choléra a commencé en octobre dernier. Elle pourra ainsi vérifier sʹil a des débits fluviaux élevés créant les conditions de richesse en nutriments dans lesquelles se développe la bactérie du choléra.

Peter Hotez, président de lʹAmerican Society of Tropical Medicine and Hygiene, a déclaré à SciDev.Net que les résultats obtenus "pourraient aider à affiner les modèles de prédiction de la maladie. Cʹest plus important que jamais en raison des épidémies, vastes et prolongées, qui touchent lʹAfrique sub-saharienne et Haïti".

Lien vers un résumé de lʹarticle dans lʹAmerican Journal of Tropical Medicine and Hygiene (en anglais)