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[YAOUNDE] Lorsque la terre aura atteint une augmentation des températures d'environ 1,5°C, on se situera à un réchauffement de l’ordre de 3°C en Afrique centrale.
 
Telle est la conclusion d’une étude réalisée par les chercheurs du laboratoire de modélisation environnementale et de physique de l’atmosphère de la faculté des Sciences de l’université de Yaoundé I au Cameroun.
 
Wilfried Pokam, l’un des auteurs de cette étude, rappelle d’abord que « quand l’Accord de Paris demande de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, ceci est la moyenne globale. Mais, au niveau régional, il y a des régions qui pourront connaître moins de 1,5°C et d’autres qui se situeront au-dessus de 1,5°c. Et l’Afrique centrale est dans ce dernier cas ».  

“Un tel réchauffement induit plus d’évapotranspiration. Les forêts vont transpirer plus et il y aura plus d’évaporation au niveau des fleuves”

Wilfried Pokam, enseignant-chercheur, université de Yaoundé I

Les résultats de ces travaux ont été rendus publics lors des journées scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) qui se sont déroulées les 9 et 10 décembre dernier dans la capitale camerounaise.
 
Interrogé par SciDev.Net au terme de son exposé, Wilfried Pokam a ajouté que dans l’hypothèse extrême indiquée dans l’Accord de Paris, « un réchauffement global de 2°C correspondrait à une augmentation de 3,6°C, voire 3,7°C des températures en Afrique centrale ».
 
Selon l’enseignant-chercheur, l’étude ne s’est pas étendue sur les causes et les conséquences possibles de ce niveau d’augmentation de la température dans cette sous-région.
 
Mais, dit-il, « un tel réchauffement induit de façon biophysique plus d’évapotranspiration. Les forêts vont transpirer plus et il y aura plus d’évaporation au niveau des fleuves », dit-il.
 
Toutefois, ce réchauffement particulièrement élevé du climat en Afrique centrale pourrait renforcer le résultat d’une autre étude publiée le 6 décembre en plein déroulement de la COP 25.
 
Une étude selon laquelle un changement climatique soutenu pourrait entraîner des pertes de recettes touristiques des récifs coralliens de plus de 90%, tandis que certains pays d'Afrique de l'ouest[1] devraient voir leurs stocks de poissons diminuer de 85%.
 
En particulier, l’étude estime que « les poissons migreront vers des eaux plus froides à mesure que l'océan se réchauffe et devient plus acide dans les scénarios climatiques futurs. Cela mettra en danger les communautés de pêcheurs dans certaines régions ».
 

Pollution

Raphaël Onguéné, enseignant-chercheur à l’Institut des sciences halieutiques de l’université de Douala (Cameroun), n’est pas surpris pas les conclusions de cette dernière étude.
 
Selon ses explications, toute la pollution liquide, et même solide, que nous produisons est évacuée progressivement vers les estuaires des rivières où elle se loge dans les mangroves qui sont aussi des frayères, ces lieux où les poissons viennent déposer leur œufs.
 
« Les jeunes poissons qui sont censés croître dans ce milieu sont donc menacés par cette pollution ; ce qui va forcément réduire la production halieutique de ces zones », indique Raphaël Onguéné.
 
A en croire ce dernier, l’économie des pays sera aussi impactée, par exemple à travers le secteur touristique.
 
« Lorsque on visite les chutes de la Lobé dans le sud du Cameroun, on remarque que ce site perd sa splendeur à cause de l’érosion. Il y a de nombreux exemples comme ça où les sites et plages sont menacés à cause de l’avancée de la mer qui résulte du réchauffement climatique », souligne-t-il.
 
Par ailleurs, ce niveau élevé de réchauffement climatique en Afrique centrale pourrait bien favoriser la survenue des conclusions d’une autre étude publiée le 20 novembre 2019 dans la revue Sciences Advances, et selon laquelle un tiers de la flore tropicale africaine est menacée d’extinction du fait des activités humaines.
 
« Ces effets négatifs persistants sur la biodiversité devraient être aggravés par le changement climatique d'ici la fin de ce siècle », peut-on en effet lire dans cette étude.
 

Renforcer la recherche

Face à ce constat, Bonaventure Sonké, l’un des auteurs de cette étude, estime que « quelque chose doit être fait ; et vite fait ».
 
Chef du laboratoire de botanique systématique et d’écologie de l’Ecole normale supérieure à l’université Yaoundé I, ce dernier pense qu’il faut commencer par donner plus de moyens aux chercheurs pour renforcer la recherche scientifique.
 
« Beaucoup des espèces qui sont menacées se trouvent dans des endroits qui n’ont pas de statut de conservation. Donc, pour ces endroits que nous avons identifiés, il faudra au moins que des mesures de statut de conservation soient prises, pour en faire par exemple des aires protégées », conclut-il.
 
Dans les zones côtières en particulier, Raphaël Onguéné trouve qu’il faut procéder à « une planification côtière et marine qui tienne compte de ces évolutions et qui crée des zones biologiques d’intérêt ».
 
Wielfried Pokam se montre en revanche beaucoup plus prudent. « Il est nécessaire de coupler notre étude à des études d’impact dans les domaines agricole, hydrologique, énergétique, etc. pour mieux mesurer les conséquences de ce niveau de réchauffement afin de fournir des informations plus précises aux décideurs politiques », dit-il.
 
En attendant, SciDev.Net a appris que la création d’un centre de recherche en biogéosciences de l’environnement est en gestation en Afrique centrale pour, entre autres, améliorer la collaboration entre chercheurs.
 

Références


[1] Au sens de cette étude, l’Afrique de l’ouest regroupe un ensemble de 18 pays situés au sud du Sénégal et au nord de l’Angola.