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Au Burkina Faso, un expert en sciences appliquées a mis au point un procédé de traitement des mangues, en vue de leur transformation en énergie.

Dans ce pays, 300.000 tonnes de mangues sont produites chaque année, et une partie importante est absorbée par les industries agroalimentaires.

Mais les déchets issus de la transformation sont abandonnés dans la nature et contribuent à une forte pollution des dépotoirs.

“Le gaz butane est beaucoup utilisé dans les unités de transformation de mangues séchées.”

Dieudonné Ouédraogo - Université Joseph Ki-Zerbo

Dieudonné Ouédraogo, doctorant en sciences exactes et appliquées à l’université Joseph Ki-Zerbo, spécialiste en énergies renouvelables, est à l'origine de cette technologie qui consiste à transformer les déchets de mangues en biogaz.
 
« Le gaz butane est beaucoup utilisé dans les unités de transformation de mangues séchées », explique le chercheur.

« Alors qu’elles produisent beaucoup de déchets humides que sont les mangues mûres, pourries, les peaux qui peuvent leur permettre de produire de l’énergie en quantité et sans coût », poursuit-il.
 
Avec une production estimée à 300.000 tonnes par an, la mangue est utilisée par les industries de transformation agroalimentaire.
 
Leurs déchets sont la plupart du temps laissés dans des décharges. Pourtant, ils présentent un potentiel énergétique qui peut être exploité à grande échelle pour la production de biogaz.
 
Grâce à la technique de la méthanisation, explique le chercheur, les déchets de mangues sont placés dans un milieu anaérobie (sans oxygène), notamment dans des digesteurs.
 
Ce qui favorise la naissance des micro-organismes qui vont transformer ces déchets en biogaz au bout de 3 à 5 jours dans les digesteurs jusqu’au 20e jour.


 
Pour 1kg de déchets de mangues, la quantité quotidienne de biogaz produite est de 0,061 m3, explique l’inventeur.
 
Pendant six mois, les essais, qui se sont avérés positifs, ont été effectués à l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT), en milieu contrôlé avec des digesteurs expérimentaux pour connaître la productivité du biogaz, mesurer les pressions et les quantités de gaz.
 
Sa technologie se veut une alternative au gaz butane qui s’avère coûteuse pour les unités de séchage de mangues.
 
« Les unités de transformation des mangues n’auront plus à acheter le gaz butane puisqu’elles ont les déchets de mangues gratuitement à leur portée et qui leur permettront de fabriquer du biogaz en quantité voulue pour le fonctionnement de leur unité industrielle. Si le digesteur est bien entretenu, elle peut produire du biogaz pendant vingt ans », révèle Dieudonné Ouédraogo.
 
Cela va aider à leur rentabilité économique et à résoudre les problèmes d’assainissement, de pollution, à lutter contre les gaz à effet de serre et le réchauffement climatique.
 
Le président de l’Association professionnelle des exportateurs et commerçants de mangues du Burkina Faso (APROMAB), Issiaka Bougoum, soutient que la filière génère plus de 14 milliards de F CFA par an. La production de mangues séchées est de 2.774.257 tonnes en 2018, selon les données de l’APROMAB.
 

Le casse-tête de la gestion des déchets




Malheureusement, la gestion des déchets des mangues demeure un casse-tête pour les unités de séchage, reconnaît Issaka Bougoum.
 
C’est le cas de l’entreprise Tansyla, dirigée par Christiane Coulibaly. Agée d’une cinquantaine d’années, la jeune femme dirige une entreprise de séchage de mangues située à Toussiana, dans l’Ouest du Burkina, à 420 km de Ouagadougou.
 
En 2017, l’entreprise a produit et vendu 250 tonnes de mangues séchées, à l’aide de deux séchoirs tunnels acquis en 2011 et 2014. L’introduction du séchoir tunnel, une technologie venue d’Afrique du Sud, a apporté une véritable révolution au sein de l’entreprise.
 
Ce séchoir a notamment permis de réduire la pénibilité du travail, d’améliorer la qualité du produit fini et d’augmenter de façon significative les quantités produites.
 
L’Attesta, un autre type de séchoir, produit 20kg/24h de mangues séchées tandis que le tunnel en produit 250 kg/24h. Au vu des performances du tunnel, Christiane Coulibaly a acquis en 2015 et 2016 quatre autres séchoirs tunnel.

Mais depuis l’acquisition du tunnel, celle qui produisait à peine 50 tonnes de mangues séchées, a produit 65 tonnes en 2012 et 250 tonnes en 2016. Elle a renforcé son parc de séchoirs portant leur nombre à 12 avec des séchoirs tunnel de nouvelle génération.

Ce nouveau type de séchoir a un temps de séchage de 16h contre 24 pour l’ancienne génération et utilise une chaudière avec comme combustible des coques d’anacardes et des noyaux de mangue, réduisant ainsi de façon significative la facture énergétique de l’entreprise.
 

Réduire les factures énergétiques

 
Aujourd’hui l’entreprise Tensya comprend trois unités de séchage, 60 séchoirs Attesta et douze séchoirs tunnels.

Mais la majorité fonctionne au gaz butane. Outre la problématique de la gestion des déchets (84 tonnes par campagne), cette source d’énergie grève les ressources de l’entreprise.
 
Elle ignore qu’elle peut passer à 0 FCFA de consommation en termes d’énergie, grâce à la nouvelle technologie de transformation des déchets en biogaz.
 
Située à Gargin, un quartier à la périphérie sud de Ouagadougou, l’entreprise Roseeclat a reçu 360.644 tonnes pour la campagne 2017 pour 24.746 tonnes de mangues séchées produites et 515.866 tonnes en 2018 pour 43.584 tonnes de mangues séchées essentiellement à l’aide d’électricité et de gaz butane.

« La gestion des déchets et leur évacuation demandent beaucoup de moyens. Les mouches dérangeaient le voisinage. Au départ, les déchets de mangues étaient enfouis dans des fosses creusées au sein de l’usine. Avec la chaleur, ils sèchent dans la fosse et on les vide pour les jeter ou les brûler à 7 km de l’usine », précise le chef de la production de Roseeclat, Roland Nikiéma.

Avec 17 séchoirs Attesta et 12 tunnels, à Roseeclat, les déchets représentent deux-tiers de la production des mangues séchées.
 
Outre l’électricité, les séchoirs fonctionnent avec 29 bouteilles de gaz par jour pendant les trois mois que dure la campagne.
Ce qui correspond à 10.440.000 F CFA en termes de consommation en gaz butane seulement.

« L’électricité, nous coûte très cher. Sans gaz butane, l’usine ne peut pas fonctionner. L’utilisation du biogaz pourrait être une aubaine pour la gestion de nos déchets et nous permettre d’avoir de l’énergie sans coût et de réduire notre facture énergétique », détaille le chef de production Roland Nikiéma.
 
Issaka Ouédraogo, chef du département énergie à l’Institut de recherche en sciences appliquées et technologies (IRSAT), est convaincu que cette technologie va permettre aux unités implantées sur le territoire national de se procurer une source d’énergie à moindre coût. « C’est une bonne technologie qui peut être utilisée au-delà des unités de séchage de mangues », a précisé le chef du département énergie de l’IRSAT. Produit en milieu confiné, dit-il, il n’aura pas de conséquences sur ses utilisateurs.
 

Une solution endogène

 
Le traitement des déchets contribue à assainir le cadre de vie et à offrir de multiples avantages tels que l’accès à une énergie propre pour la cuisson et l’éclairage, l’accès à de l’engrais organique pour renforcer la sécurité alimentaire, indique Gwladys Sandwidi du Programme national de biodigesteur au Burkina Faso (PNB-BF). Pour elle, le développement d’un secteur du biodigesteur permettra au Burkina Faso de relever la part contributive des énergies renouvelables dans le bilan énergétique du pays. La promotion de cette technologie portée par le PNB-BF permet d’apporter une réponse endogène au problème de disponibilité de sources d’énergie propre en milieu rural.
 
Donc, à l’en croire, l’initiative du chercheur Dieudonné Ouédraogo peut être adaptée aux besoins des usines de transformation de fruits ou des grands producteurs de fruits.
 
Au niveau des unités de séchage de mangues, dit-elle, son invention permettra de valoriser les fruits impropres, les épluchures et autres résidus en biogaz et en engrais organique.