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Si elle n'est pas maîtrisée, la résistance aux antimicrobiens pourrait faire plus de victimes que la tuberculose, le diabète et le VIH/sida confondus. 

A votre avis, quelle est la maladie la plus dangereuse qui sévit sur notre planète? Les troubles cardiaques, les problèmes respiratoires et la tuberculose sont la hantise des citoyens des pays en voie développement. Pourtant, il est de plus en plus facile d'accéder à des traitements pour ces maladies et, par conséquent, elles font moins de victimes. Tandis qu'une menace moins connue continue chaque année de prendre de l'ampleur.
 
Plus de 700 000 décès par an dans le monde sont déjà attribuables à des maladies qui présentent une résistance aux antimicrobiens (RAM). D'après l'Organisation mondiale de la santé, si la tendance actuelle se confirme, il pourrait y avoir plus de 10 millions de victimes par an d'ici 2050, rendant la résistance aux antimicrobiens plus dangereuse que la tuberculose, le diabète et la VIH/sida confondus.
 
Les pays en développement seront les premiers concernés. Les infections peuvent être contractées par tout le monde et en tous lieux, il suffit d'être exposé à une bactérie dangereuse. Mais le bilan sera plus lourd dans les régions du monde où l'assainissement n'est pas fiable, l'eau est particulièrement polluée et les interventions médicales les plus simples (telles que les lingettes antibactériennes) ne sont pas toujours disponibles.
 
Il ne s'agit pas simplement là de prévisions alarmistes. Chaque année, 200 000 nouveau-nés meurent des suites d'infections qu'on ne peut traiter avec des médicaments. Les données disponibles sont incomplètes, mais, selon l'OMS, environ 40% des infections contractées par les nouveau-nés sont résistantes aux traitements disponibles. La grande majorité des décès qui résultent de ce phénomène sont enregistrés dans les pays en développement.
 
L'impact économique de la RAM
 
Survivre à une infection résistante aux antibiotiques entraîne aussi des effets financiers. S'il n'y a pas de traitement immédiatement disponible, les patients devront peut-être essayer d'autres médicaments dans l'espoir que leur infection répondra au traitement. Plutôt qu'un traitement aux antibiotiques, ce sont parfois deux, trois ou quatre traitements qui sont nécessaires, occasionnant des coûts pour les patients, les familles et les systèmes de santé locaux. La Banque mondiale prévient que ces dépenses supplémentaires pourraient atteindre 1 trilliard $ US  d'ici 2050.
 
La Banque mondiale estime que les pays à faible revenus pourraient par conséquent perdre jusqu'à cinq points de PIB sur la même période. L'impact économique de la résistance aux antimicrobiens serait donc supérieur à celui de la crise financière de 2008. En 2016, dans un rapport qui a fait date, la banque a indiqué que plus de 25 millions d'individus vivant dans les pays les plus pauvres pourraient être plongés dans l'extrême pauvreté.
 
Au vu de ces coûts élevés, les sommes nécessaires pour combattre la résistance aux antibiotiques semblent modiques. Kevin Outterson, chercheur en droit à l'Université de Boston, estime qu'avec 10 milliards $ US, il serait possible d'éradiquer la résistance antimicrobienne. Une somme comparable à celle que les états membres de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques octroient chaque année au Fonds vert pour le climat.
 
Qu'est ce qui est à l'origine de la résistance?
 
Qu'est-ce qui nous empêche de faire plus pour combattre cette crise mondiale? D'abord, la résistance antimicrobienne est un phénomène complexe. Les bactéries évoluent constamment et il est difficile d'établir lesquelles sont devenues résistantes. Parmi les plus dangereuses, on compte le Staphylococcus aureus résistant à la méticilline (SARM), que l'on trouve souvent dans les hôpitaux, Neisseria gonorrhoeae, responsable de la gonorrhée, une maladie sexuellement transmissible, et l' E. coli, qui est à l'origine de maladies diarrhéiques.


 
Malheureusement, les pays en développement ne sont pas simplement les victimes de ce problème, ils en sont aussi la cause. Pour être efficaces, les antibiotiques doivent être pris régulièrement et pour toute la durée du traitement (généralement d'une à six semaines). Mais dans les endroits où ces médicaments sont chers ou difficiles à trouver, beaucoup de patients interrompent leur traitement dès qu'ils se sentent mieux et conservent les comprimés restants pour s'en servir à une date ultérieure.
 
La prescription excessive pose aussi problème. Dans les régions où les maladies bactériennes telles que la diarrhée et les infections de la gorge sont courantes, les médecins prescrivent souvent des antibiotiques sans avoir correctement diagnostiqué le mal et parfois à titre de précaution, ce qui donne lieu à une surconsommation.
 
De plus, l'emploi des antibiotiques à titre prophylactique est courant dans le secteur de l'élevage. L'Union Européenne a interdit l'usage de certains antibiotiques dans ce contexte en 1997 et en 1999, mais ils continuent de servir à maintenir le bétail en bonne santé dans les pays en développement.
 
Quelles mesures qui ont été prises?
 
Les coûts de développement élevés des nouveaux antibiotiques sont un facteur additionnel – il faut souvent compter 300 million $ US par médicament en R&D, auxquels les entreprises doivent ajouter 3-4 million $ US de frais administratifs pour obtenir l'autorisation de commercialiser le produit. Telles sont les conclusions, publiées en 2015, d'une analyse consacrée à la RAM commandée par le Royaume Uni. Par contre, du fait d'une règlementation internationale stricte, le coût des médicaments reste bas. Pour les entreprises, cela rend cette activité moins profitable et donc moins intéressante.
 
Heureusement, les gouvernements, les entreprises et les organisations internationales sont de plus en plus conscientes de la nécessité d' agir sur ce dossier. En 2016, plus de 100 entreprises ont uni leurs forces pour former l'AMR Industry Alliance. Elles ont soumis un rapport sur les problèmes relatifs aux coûts de la résistance antimicrobienne au Forum économique mondial de Davos. Dans leur déclaration, les sociétés ont fait valoir qu'elles dépensaient déjà près de 2 milliards  $ US pour développer des nouveaux antibiotiques. Elles ont aussi toutefois appelé les gouvernements à offrir un soutien financier aux formes de recherche qui impliquent une prise de risques économiques considérables et à faire plus pour gérer les problèmes tels que la prescription excessive et l'usage inapproprié à travers une meilleure règlementation.  
 
S'il est vital de mieux contrôler le recours aux antibiotiques pour combattre la résistance antimicrobienne, les experts soulignent qu'il faut améliorer l'accès à ces médicaments, non le réduire. Environ six millions de personnes meurent chaque année de septicémie dans les pays en développement faute d'antibiotiques  – un chiffre dix fois supérieur à celui du nombre de morts provoquées par les bactéries résistantes aux antibiotiques.
 
Le plus célèbre des antibiotiques, la pénicilline, reste le plus utilisé. Il a été découvert en 1928 par Alexander Fleming qui a mis la formule à la disposition du monde à titre gracieux, conscient que des millions de vies allaient être sauvées. Maintenant, presque 100 ans plus tard, il s'agit de trouver un moyen de faire vivre ce don, afin d' en sauver des millions d'autres.