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À la faveur du Programme de productivité agricole en Afrique de l’ouest (PPAAO), coordonné par le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles (CORAF), le Nigéria a renforcé ses capacités dans le secteur de l’aquaculture, insufflant une nouvelle dynamique à ce secteur à l’intérieur du pays et dans la sous-région.

La prouesse, opérée notamment par le Centre national de spécialisation en aquaculture (CNS aquaculture), en collaboration avec l’Institut nigérian d'océanographie et de recherche marine (Nigerian Institute for Oceanography and Marine Research - NIOMR), l’Institut nigérian de recherche sur les produits stockés (Nigerian Stored Products Research Institute – NISPRI) et l’Institut national de recherche sur les pêches en eau douce (National Institute for Freshwater Fisheries Research – NIFFR), a permis de développer des technologies permettant de maîtriser toute la chaîne de valeur de l’aquaculture.

« Les programmes de recherche se sont focalisés sur trois secteurs clés qui constituaient jusqu’alors, les défis majeurs de l’industrie aquacole », explique à SciDev.Net, Patricia Erig Anyanwu, directrice exécutive par intérim du NIOMR.


Ces secteurs concernent la production d’alevins de bonne qualité (jeunes poissons destinés à l’élevage, dont le poids est compris entre 5 et 20 grammes), les aliments des poissons, et la production proprement dite, ainsi que les pertes post-récolte.

Les recherches menées par les chercheurs du NIOMR ont permis de développer des technologies permettant d’améliorer et de rendre constante la production de poissons, notamment, celle du tilapia et surtout du poisson-chat, de son nom scientifique Clarias Gariepinus.

Au nombre des améliorations apportées aux techniques d'élevage, la mise en place d'un système de rétention des gonades des poissons, pour faciliter la production d'alevins en toute saison.

« Les poissons-chats femelles ont en effet pour habitude de réabsorber leurs gonades en saison pluvieuse ou pendant l’harmattan, ce qui ne rend pas possible la production de poisson à temps plein », explique Peace-Wilfred Ekprikpo, du département d’aquaculture du NIOMR.

La production d'alevins de bonne qualité constitue une part essentielle du PPAAO - Crédit Photo : SDN/Bilal Taïrou.






Cette technologie consiste à esquiver l’incidence de la météo, en fortifiant la nourriture des poissons avec des vitamines C et E, avec pour effet, la multiplication par deux, des œufs des poissons.

En ce qui concerne les intrants, des recherches ont également été menées au NIOMR pour mettre au point des aliments de qualité pour les poissons.

Grâce à des partenariats public-privé, ces aliments peuvent désormais être produits localement, à échelle industrielle.

Ibrahim, aquaculteur, nourrit ses poissons, sur la base des enseignements fournis par le projet - Crédit Photo : SDN/Bilal Taïrou.


C’est par exemple le cas de l’entreprise TRITON Aqua Africa Limited, installée dans la ferme piscicole de Badore, qui, utilisant son expertise et les infrastructures du NIOMR, produit environ 2.000 tonnes d’aliments pour poissons par an, selon les chiffres communiqués par la direction de la production de l’entreprise.

Pour Patricia Erig Anyanwu, « ceci constitue un modèle de PPP pouvant être répliqué ailleurs en Afrique de l’Ouest ».

Par ailleurs, au département de l'aquaculture et de la gestion des pêches de l’université d’Ibadan, des solutions innovantes ont également été mises au point concernant l'alimentation des poissons à l'aide d'asticots.

Elevage d'asticots à l’Université d’Ibadan - Crédit Photo : SDN/Bilal Taïrou.

Ils ont conclu que « les asticots constituent des aliments pouvant apporter tous les éléments nutritifs aux poissons, au même titre que les autres aliments produits à échelle industrielle. »

Cependant, le défi consiste à les produire à grande échelle, à les transformer et à les conditionner pour un usage plus pratique dans le temps.

Transformation – Conservation


Pour la transformation du poisson et pour répondre au double objectif de la gestion des pertes post-récoltes et de la qualité du poisson, un four climato-intelligent à fumer le poisson a également été mis au point, grâce aux recherches menées au NIOMR et financées par le PPAAO.

Cette technologie facilite le travail de transformation du poisson pour les femmes et les jeunes et permet d’obtenir des poissons à faible teneur en dioxyde de carbone, donc facilement exportables vers les pays développés.

De fait, « ce four à fumer qui peut fonctionner au charbon de bois ou au feu de bois, est conçu de façon à répartir uniformément la chaleur en son sein et à éliminer l’excès de fumée et l’humidité », explique Olaitan Olubunmi Olajuyigbe, chercheuse au département des technologies du poisson du NIOMAR.

Le four à fumer le poisson a été exporté du Nigéria vers plusieurs autres pays de la région tels que la Côte d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Sénégal et la Gambie.

« Il fallait y penser », estime Maxime Zagnan, agronome et éleveur de poissons au Bénin.

Selon l’expert, « étant donné que le poisson-chat est surtout consommé fumé dans la sous-région, ce four à fumer vient révolutionner son traitement. Car, les poissons fumés qu’il permet d’obtenir sont de meilleure qualité que ceux fumés traditionnellement et pour lesquels les consommateurs, sans même considérer les dangers pour la santé, n’ont plus d’appétence, du fait de la couleur trop noire et du goût altéré ».
 

Établissements scolaires et villages adoptés


Le concept d’établissements et de villages adoptés a en outre été développé pour disséminer les diverses technologies mises au point par les institutions hébergeant le CNS aquaculture. Pour Patricia Erig Anyanwu, l'objectif est d’avoir plus d’impact et un fort taux d’adoption de ces technologies. »

A titre d'exemple, il convient de citer le Federal Girls Government College (FGGC) à New Bussa, où les lycéennes ont un étang dans lequel elles mettent en application les bonnes pratiques de l’aquaculture, ainsi que le Kings College à Lagos, qui abrite un club d’aquaculture, présidé par le jeune Victor Abuka.

Les jeunes filles du FGGC autour de leur étang d’aquaculture. Crédit Photo : SDN/Bilal Taïrou.


Le club, constitué de jeunes élèves pour la plupart en classe de troisième et seconde (et ayant déjà fait des études en informatique), a pour mission d’équipier les jeunes en compétences agraires, surtout dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture, explique Victor Abuka.

Ce dernier ambitionne d’utiliser l’intelligence artificielle, pour mettre en place un dispositif permettant de suivre l’élevage de poissons, en les nourrissant et en assurant automatiquement la circulation de l’eau dans les tanks.

Vue aérienne d'étangs d'aquaculture, au Nigeria - Crédit Photo : SDN/Bilal Taïrou..

Aussi, dans plusieurs villages tels que New Bussa dans l’État du Niger, les communautés ont-elles été adoptées et bénéficié de formations adéquates, ce qui leur a permis de développer l’aquaculture et d’en faire la principale activité du village.

« J’ai produit 50 tonnes de poissons en 2018 avec mes 12 étangs », déclare Ibrahim, éleveur dans le village de New Bussa.

Impact socio-économique et développement

L’adoption de ces technologies a rendu presqu’autonomes les communautés à la base de plusieurs régions du Nigéria et d’autres pays de la sous-région, leur permettant d’avoir une activité lucrative durable et de pouvoir satisfaire à leurs besoins de base.

« Grâce aux formations reçues dans le cadre du PPAAO et à l’aquaculture que je pratique dans mes quatre étangs, je peux aujourd’hui scolariser mes enfants et mieux nourrir ma famille », a déclaré à SciDev.Net, Fousseni Bah Aïcha, éleveuse de poissons à New Bussa.

Néanmoins, « ces technologies sont très peu connues pour la plupart dans la sous-région », regrette Maxime Zagnan, qui appelle à les disséminer. Car, estime-t-il, « le poisson est une source de protéine très consommée dans le monde et de bonnes pratiques en aquaculture garantiront la sécurité alimentaire ».

Le PPAAO a été mis en place par la Communauté Economique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), avec l’appui de la Banque mondiale, et concerne 13 pays de la communauté. Le programme s’est déroulé de 2008 à 2018.

Références