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L’Institut international de recherches sur les politiques alimentaires (IFPRI) procède ce mercredi, 27 mars, à Washington (Etats-Unis) au lancement de l’édition 2019 de son rapport sur la politique alimentaire mondiale.
 
Cette année, ledit rapport met l’accent sur le fait que les crises dans les zones rurales menace d’éclipser les progrès réalisés en matière de lutte contre la faim et pour la réduction de la pauvreté.
 
Aussi les auteurs du rapport appellent-ils les dirigeants du monde à procéder à une revitalisation des zones rurales en vue de stimuler la croissance économique et d’apporter une réponse plus efficace à la faim et à la malnutrition.
 
SciDev.Net s’entretient avec Shenggen Fan, le directeur général de l’IFPRI et un des auteurs du rapport, qui en analyse le message central et en précise les principales recommandations.
 

Entre 2018 et 2019, qu'est-ce qui a changé dans les politiques alimentaires dans le monde et en Afrique en particulier?

 
L'année dernière, d'importantes mesures ont été prises en Afrique pour transformer l'agriculture et le monde rural, telles que l’Africa Agriculture Transformation Scorecard (AATS), le premier examen biennal continental des progrès accomplis dans la réalisation des engagements en matière de développement agricole et la conclusion de l'accord de libre-échange continental. Les zones rurales africaines ont également un grand potentiel de revitalisation. La demande urbaine pour des aliments locaux transformés plus pratiques est en train de modifier les chaînes de valeur des aliments de base et crée des opportunités pour la revitalisation des zones rurales. En outre, les zones rurales bénéficieront des investissements du secteur privé dans le domaine émergent de l’agroalimentaire. Enfin, la croissance de l’agro-business est susceptible de stimuler la petite agriculture et de contribuer à la réduction de la pauvreté. Au niveau mondial, la sécurité alimentaire et nutritionnelle n'a été qu’une question périphérique dans de nombreux événements de haut niveau, y compris le Forum économique mondial, organisé sous le thème « Créer un avenir partagé dans un monde fracturé », qui ne se prêtait qu'à une discussion limitée sur la sécurité alimentaire et l'agriculture. Cependant, la communauté internationale du développement a également continué à mobiliser son appui en faveur de l'ODD2[2] sur la faim « zéro ». Ainsi, elle a continué de s'orienter vers la transformation de l'ensemble du système alimentaire. Par exemple, la Commission EAT-Lancet[3] s'est concentrée sur l'accélération de la transformation des systèmes alimentaires afin d'atteindre les objectifs climatiques de l'Accord de Paris et les objectifs de développement durable dans ses recommandations politiques publiées début 2019.
 

Dans le rapport de 2019, vous appeliez à une revitalisation du monde rural. Que signifie exactement ce concept ?

 
La revitalisation rurale représente une approche systémique de la lutte contre la pauvreté et l'insécurité alimentaire et nutritionnelle, car elle reconnaît les liens intrinsèques entre les secteurs qui composent le système alimentaire dans son ensemble. Grâce à la revitalisation, les zones rurales pourraient devenir le principal centre d’innovation, non seulement dans l’agriculture, mais aussi dans le secteur manufacturier et les services, offrant ainsi à de nombreux habitants des moyens de sortir de la pauvreté, de la malnutrition et d’une qualité de vie médiocre, voire d'endiguer le flux des migrations des campagnes vers les villes.

“Grâce à la revitalisation, les zones rurales pourraient devenir le principal centre d’innovation, non seulement dans l’agriculture, mais aussi dans le secteur manufacturier et les services.”

Shenggen Fan, le directeur général de l’IFPRI

Qu'attendez-vous vraiment des dirigeants africains dans le cadre de cette revitalisation du monde rural ?

 
Les principales recommandations à l’intention des dirigeants africains consisteraient notamment à intégrer dans des stratégies plus larges de transformation et de développement de l’agriculture, des stratégies d’emploi rural, telles que des politiques d’appui à la commercialisation des produits de l’agriculture et à l’emploi non agricole. Elle consisterait aussi à moderniser et diversifier l'agriculture afin de promouvoir l'emploi des jeunes, notamment par l'adoption de technologies modernes et le développement de cultures de grande valeur. Il s’agirait aussi de faire des investissements complémentaires dans les services de base (électricité, communications) et le capital humain (éducation, soins de santé) pour promouvoir des zones rurales dynamiques et soutenir de meilleures options en matière d'emploi.
 

Quels rôles les femmes peuvent-elles jouer dans cette revitalisation des zones rurales ?

 
Les politiques visant à autonomiser les femmes peuvent favoriser la revitalisation des zones rurales en soutenant la durabilité de l'environnement, la transformation de l'agriculture et le développement d'opportunités non agricoles pour les hommes et les femmes. L’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes constituent une valeur intrinsèque pour les femmes et les filles et une étape essentielle vers la réalisation de nombreux objectifs de développement durable et la revitalisation des zones rurales. Il sera donc important d’accroître la représentation effective des femmes par leur participation aux structures de gouvernance officielles, des autorités locales aux autorités nationales, et d’accroître la confiance des femmes dans la participation politique. Il serait aussi nécessaire d’améliorer les données et les preuves permettant d’accroître l’égalité, en particulier les données ventilées par sexe et l’évaluation de l’impact des programmes et des politiques en faveur de l’autonomisation des femmes. Il conviendrait également d'inclure les hommes et les garçons lors de la conception de projets et de politiques pour les femmes, afin de réduire les contrecoups et d'encourager les changements dans les normes de genre.
 

Comment l'utilisation croissante des TIC dans l'agriculture a-t-elle affecté la sécurité alimentaire ces dernières années dans le monde, et en particulier en Afrique ?

 
Les progrès des TIC ouvrent des possibilités d'accès à des services distants, contribuent à créer des emplois plus attractifs et ralentissent la vague de migration des jeunes vers les zones urbaines. Les TIC constituent un moyen prometteur pour remédier à l’inégalité d’accès aux informations sur les marchés et permettent aux marchés ruraux et urbains de fonctionner en synergie.

“En Afrique, les TIC et un ensemble plus large de technologies ont un rôle essentiel à jouer pour rendre l’agriculture plus productive et rendre la vie rurale suffisamment attrayante pour garder les jeunes à la campagne.”

Shenggen Fan, le directeur général de l’IFPRI

Cela comprend la transmission d'informations sur la vulgarisation agricole et les prix du marché via des téléphones portables et des services bancaires mobiles. En outre, les TIC permettent de suivre et d’évaluer les politiques et les investissements des gouvernements, mais aussi de faire en sorte que ces politiques et dépenses répondent véritablement aux besoins des pauvres. En Afrique, les TIC et un ensemble plus large de technologies ont un rôle essentiel à jouer pour rendre l’agriculture plus productive et rendre la vie rurale suffisamment attrayante pour garder les jeunes à la campagne. Cela améliore directement et indirectement les performances agricoles et est particulièrement important pour les produits périssables de grande valeur que les villes en croissance exigent de plus en plus.
 

Le rapport appelle également à améliorer les liens du marché avec les zones urbaines. En Afrique, par exemple, que faut-il faire dans ce cadre ?

 
Comme je l’ai souligné, il est important de procéder à des investissements complémentaires dans les services de base et dans le capital humain, afin de promouvoir des zones rurales dynamiques et de favoriser de meilleures options d'emploi. Il est également urgent d'améliorer les infrastructures pour permettre aux producteurs et aux entreprises des zones rurales de saisir les opportunités offertes par la demande urbaine accrue. Les mauvaises routes de rase campagne, par exemple, empêchent les entreprises de transformation d’obtenir les produits agricoles auprès des producteurs locaux de manière fiable et à temps. L’accès irrégulier à l’électricité augmente les coûts des entreprises. L'énergie renouvelable est de plus en plus abordable, mais il reste encore beaucoup à faire pour tirer parti des progrès récents, afin de fournir de l'électricité aux communautés rurales.
L’Afrique devrait également tirer parti de la connectivité mobile avancée de la région. Des progrès supplémentaires dans l'expansion de l'Internet mobile permettraient un accès plus large aux contenus, tels que l'enseignement technique et le développement des compétences.
 

Dans ce rapport 2019, quels sont les messages destinés aux producteurs agricoles eux-mêmes?

 
La revitalisation des zones rurales est rapide, réalisable et, plus important encore, essentielle pour mettre fin à la faim et à la malnutrition en un peu plus d’une décennie. La transformation des zones rurales offre le moyen le plus sûr d’améliorer les conditions d’existence et de garantir la sécurité alimentaire et nutritionnelle des populations rurales pauvres. Une bonne gouvernance rurale est essentielle pour garantir que le secteur public, du local au national, réponde aux besoins des ruraux et puisse être tenu pour responsable de la mise en œuvre des politiques, des investissements et des services qui favorisent une vie rurale meilleure. L'autonomisation des personnes au niveau local, grâce au renforcement des capacités et à la responsabilisation des gouvernements, peut être un mécanisme efficace pour assurer une gouvernance axée sur la population, qui conduira à la revitalisation des zones rurales.

Références

[1] International Food Policy Research Institute.
[2] Objectif du développement durable numéro 2.
[3] La Commission EAT-Lancet est une plate-forme scientifique mondiale pour la transformation du système alimentaire.