Republier

Nous vous encourageons à reproduire cet article en ligne ou sur support papier. La reproduction est libre de droit, suivant les termes de notre licence Creative Commons. Nous vous prions cependant de suivre ces directives simples :
  1. Vous devez créditer nos auteurs.
  2. Vous devez créditer SciDev.Net — dans la mesure du possible, veuillez insérer notre logo, avec un rétrolien vers l’article originel.
  3. Vous pourriez aussi simplement publier les premières lignes de l’article et ajouter ensuite la mention: "Veuillez lire l’intégralité de l’article sur SciDev.Net", avec un lien vers l’article originel.
  4. Si vous souhaitez aussi reprendre les images publiées avec cet article, veuillez vérifier avec les détenteurs de droits d’auteur que vous êtes autorisés à les utiliser.
  5. Le moyen le plus facile de reproduire l’article sur votre site est d’intégrer le code ci-dessous. 
Pour plus d’informations, veuillez consulter notre page media et nos conseils pour la reproduction.

The full article is available here as HTML.

Press Ctrl-C to copy

Des techniques culturales éprouvées, basées sur l’utilisation de semences améliorées, ont apporté des améliorations significatives aux conditions de vie de millions de personnes en Afrique.
 
Dans un récent rapport, l’organisation SSG, spécialisée dans les semences, estime que même dans un scénario où seul un tiers des agriculteurs des pays ciblés en bénéficieraient, ces techniques pourraient permettre la production de 25 millions de tonnes de produits alimentaires supplémentaires et générer des revenus d’une valeur de 4 milliards de dollars.
 
Un tel résultat donnerait, selon les experts, une impulsion majeure à la sécurité alimentaire et à la prospérité économique de certaines des populations les plus pauvres et de la planète.
 
SSG explique qu’au cours de la dernière décennie, les semences à haut rendement ont permis de transformer l’agriculture dans une quinzaine de pays africains.
 
L’organisation note toutefois que de nombreux pays de la région, qui connaissent une croissance démographique exponentielle et subissent de plein fouet l’impact du changement climatique et des taux de malnutrition infantile de l’ordre de 40%, sont toujours en marge de cette évolution.
 
Pour changer la donne, SSG vise la mise en place d’un système semencier opérationnel dans une quinzaine de pays d’Afrique de l’Ouest et du centre, en essayant d’aider à développer et à financer des petites et moyennes entreprises (PME) pour la multiplication et la distribution des semences, avec comme cibles prioritaires les zones reculées.
 
SciDev.Net s’entretient avec Ousmane Sy, agent de programme à Seed Systems Group, ingénieur agronome et chercheur impliqué dans la recherche agricole depuis une vingtaine d’années.
 

On entend parler de plus en plus des semences et de leur importance dans les systèmes agricoles modernes. Mais de quoi s’agit-il exactement et quels sont les enjeux liés à l’exploitation des semences ?

 
Ce qu'il faut savoir, c'est que quand on parle de semences, on se réfère in fine au premier intrant agricole, dans le sens où sans semences, aucune activité agricole n’est possible. En d'autres termes, c'est ce qui donne son identité à la culture.
 
Où on parle de semences de maïs, de tomates, de pommes, on se réfère à l’identité de la culture. Il y a d'autres intrants comme l'engrais et les produits phytosanitaires,  mais en termes d'importance, sans semences on ne peut pas pratiquer une agriculture viable, alors qu'on peut se passer des autres intrants.
 

Évidemment, l’apport de la recherche et de la science se situe à ce niveau où il est possible d’altérer des caractéristiques et des traits essentiels de la semence pour améliorer la culture…

 
Les semences améliorées, encore appelées semences certifiées, sont le produit de nombreuses années de recherche. Les chercheurs tiennent compte d’un certain nombre de facteurs, tels que les besoins des individus et, en la matière, il y a une certaine variété. On peut parler, par exemple, des besoins en éléments nutritifs, la richesse de l'aliment au niveau des minéraux et des vitamines. Autant d’éléments dont la recherche tient compte. Mais je dirais que l'aspect le plus important, c'est l'aspect économique, qui concerne la différence entre une variété de semences qui va faire 10 tonnes à l'hectare et une autre avec un rendement de 2 tonnes à l'hectare. On pourrait dire que le plus gros atout des semences améliorées réside dans ces avantages comparatifs et est par conséquent d’ordre économique.



Mais les semences peuvent également avoir comme finalité d’agir sur la qualité de la culture. En termes de recherche, quand on a des variétés qui donnent des produits de très haute qualité, elles donnent aussi un avantage compétitif important. Mais stricto sensu, la qualité, outre d’améliorer les aspects nutritifs ou gustatifs d’un produit, peut aussi aider à mieux l’écouler et à en faire un label, parce qu’en plus de l'aspect quantitatif du rendement, l'acheteur insiste beaucoup sur la qualité du produit. Donc si on vend une variété qui vous donne une meilleure qualité, le prix va augmenter et donc un nouveau lien est établi avec l’aspect économique de la semence. Il y a un troisième aspect qui concerne l’environnement. On sait qu'il y a beaucoup de problèmes avec l'environnement, la déforestation et c'est parfois parce que par exemple on n'aura pas eu assez de semences qui vous donnent de hauts rendements. Alors si on n’a pas des semences améliorées qui vous donnent ces rendements, on est obligé de défricher beaucoup plus de superficies, donc d'enlever des arbres, ce qui a un effet néfaste sur l'environnement.
 

Mais comment réussir à convaincre les fermiers africains, habitués à des techniques culturales ancestrales, de la pertinence de ces nouveaux modes de culture, mais aussi de tenir compte de tous ces aspects que vous avez mentionnés ?

 
C’est une question difficile. Mais je crois que le meilleur moyen d’obtenir des résultats, c’est à travers un dialogue et des compromis. Bien sûr, il y a des semences qui sont le produit de la recherche, qui peuvent donner des rendements beaucoup plus élevés, mais il faut initier un dialogue constructif avec les producteurs. Et la démarche ne devrait pas s’arrêter à la sensibilisation, elle doit se poursuivre sur le terrain de la démonstration. Il y a lieu, par exemple, de faire des essais comparatifs, de montrer qu’avec telle variété améliorée, il est possible d’avoir deux à cinq fois plus de rendements, et que le producteur qui n’avait jamais entendu parler de semences améliorées puisse se rendre compte par lui-même de l’intérêt des nouvelles pratiques culturales qui lui sont proposées. En plus de la sensibilisation et de la démonstration, il y a un troisième aspect qui concerne la facilitation de l’accès des producteurs aux semences. À ce niveau, il y a plusieurs autres aspects qui interviennent et qui concernent les financements et la disponibilité des semences.
 

 

Mais aujourd’hui, quel est l’état du marché africain des semences ? Déjà, est-ce qu’il existe ce marché et si oui, comment est-il structuré ?

 
Au niveau africain, il y a beaucoup d'intervenants. Mais on peut dire que l'acteur principal, c'est le gouvernement, aidé par un grand nombre d'ONG européennes et américaines qui interviennent pour appuyer les efforts des différents États. Il y a aussi l'aspect intégration sous-régionale. Par exemple les pays membres de la CEDEAO, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest, ont des cadres de concertation pour la gestion des semences. Il y a un certain effort qui est mis en place pour harmoniser les initiatives au niveau de la sous-région, il y a des centres de recherche renommés, comme le Coraf (le Conseil ouest et centre africain pour la recherche et le développement agricoles), qui assure la coordination et essaie d’harmoniser la règlementation. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’industrie de la semence peut paraître simple, mais elle est en fait très compliquée. La complication se situe notamment au niveau de tout ce qui intervient avant l'obtention de la semence, y compris la distribution et il s’agit de processus très compliqués. On peut même parler de chaîne de valeur, avec beaucoup de composantes. Et tout ceci va de la recherche jusqu'à la distribution.
 

Quels sont, aujourd'hui, les grands acteurs du marché des semences en Afrique ?


Deux acteurs clés : le gouvernement et le privé. Mais c'est généralement le gouvernement qui prédomine, en Afrique.

Et comment cela se passe-t-il sur les autres continents ?


Les modèles sont assez variés, mais chaque contrée a ses spécificités. On peut globalement noter néanmoins que les choses ne sont pas tellement homogènes en Afrique.

Quelle est la spécificité du marché africain ?

Ce qu'on a en commun en Afrique, surtout en Afrique subsaharienne, c'est ce constat de gros déficit en semences.

À quoi est-ce dû ?


On peut situer la difficulté à plusieurs niveaux. Comme je le disais tout à l'heure, on peut analyser la filière semencière en termes de chaîne de valeurs, en commençant par la recherche jusqu'à la distribution. Il y a plusieurs étapes intermédiaires. En général dans chaque pays, il y a un Institut national qui fait de la recherche semencière. Ces instituts font un travail remarquable, en développant des variétés améliorées. C'est un acquis. Au niveau mondial, il y a ce qu'on appelle le CGIAR, qui est un consortium qui couvre presque tous les continents. Et ce consortium couvre presque toutes les spéculations qu'on puisse imaginer, en matière de cultures vivrières et céréalières, ou même en matière de cultures horticoles. En matière de recherche, il y a beaucoup d'avancées significatives, même si c'est un travail qui ne finit jamais. L'autre aspect, à part la recherche, une fois que les produits sont disponibles, c'est l'aspect multiplication. Une fois qu’on a une variété, il faut la multiplier à grande échelle et cela fait partie des problèmes majeurs qu'on a en Afrique. Ce sont des spécialistes de la multiplication qui se livrent à cette activité. Et ces spécialistes sont formés et financés. Mais on se rend compte qu’à ce niveau, on est très loin d'atteindre l’autosuffisance et un autre aspect se situe au niveau de la distribution, pour que les semences puissent être disponibles, même dans les zones les plus reculées.

Et donc votre travail est à cheval entre des actions visant le gouvernement et la communauté agricole...


Tout à fait.
 

Un document fait couler beaucoup d’encre en ce moment. Il s’agit du rapport de SSG, qui soutient qu’il est possible d’accroître la production agricole de 25 millions de tonnes, rien qu’avec l’utilisation des semences. Comment est-ce possible ?


Au cours des dix dernières années, des études ont été menées et ont conclu que dans les 15 pays dans lesquels nous intervenons, il y a près de 320 millions de personnes. Et on s'est rendu compte que même si l'on parvient à avoir un impact sur ne serait-ce que le tiers de ces 320 millions de personnes en termes de production agricole, on peut avoir 25 millions de tonnes d'aliments, ce qui correspond à peu près à 4 milliards de dollars. Et tout ceci est rendu possible grâce aux semences améliorées, parce que ce sont des produits qui multiplient par deux, trois, quatre, même plus, les rendements que ces agriculteurs avaient auparavant.

Les décideurs politiques africains des gouvernements africains que vous rencontrez sont-ils sensibles à ce type d'argument ?


Oui, pour la plupart ils sont convaincus, parce qu'ils savent que sans semences, l'agriculture n'est pas possible. Presque tous les pays et tous les dirigeants qu'on a rencontrés sont enthousiastes et contents de travailler avec nous.

Est-ce qu'ils sont disposés par exemple à apporter une contribution financière à la réussite du projet ?


Notre modèle n'est pas fait pour que les gouvernements interviennent parce qu'on sait que les gouvernements ont déjà d'autres interventions dans leur propre système semencier. Ceci est un nouveau modèle de partenariat public-privé dans lequel on essaie d’accompagner les pays. On essaie de collaborer avec le principal institut de recherche établi dans chaque pays. Donc c'est vraiment une collaboration. On essaie de voir la production de la recherche locale, en termes de variétés améliorées et on essaie de l’assister dans la multiplication et dans la distribution, mais au niveau du privé. Et Il y aura toujours ce partenariat public-privé, qui est un gage de réussite. Mais on n'attend pas de financement de la part de l'État, parce que qu'ils ont déjà beaucoup à faire. Nous avons d'autres structures de financement censées supplémenter et compléter ce que les pouvoirs publics font.

En matière de recherche, vous contribuez, j'imagine, au renforcement des capacités des instituts nationaux de recherche en agriculture...


Exactement. Et il s’agit d’un autre aspect, parce que dans le cadre du partenariat public-privé, il y a aussi l'aspect formation. Au niveau du public, on essaie de voir par exemple chez les chercheurs, s'il y en a des qui ont besoin de renforcement de capacités, que ce soit pour des études doctorales ou autres. On essaie de trouver des sources de financement pour que ces chercheurs puissent se hisser au niveau des meilleurs dans le monde.