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Mona Azazy, à l’image d’un grand nombre d’enfants de son village, a grandi en regardant sa mère tenir des tiges de papyrus, les découpant en tranches et les préparant à une série de phases industrielles qui aboutissent finalement à du papier imprimé.
 
Bien qu’Azazy ait terminé ses études secondaires professionnelles, elle a quand même choisi la profession de sa mère, comme la plupart des jeunes hommes et femmes du village d’El-Karamous, dans le gouvernorat de Sharqiya, dans le delta du Nil en Égypte. 

“C'est le seul métier que nous connaissons. Nous allons à l’école et même à l’université, mais nous sommes toujours convaincus que nos moyens de subsistance tournent autour du papyrus.”

Mona Azazy, résidente d'El-Karamous

« C'est le seul métier que nous connaissons », explique-t-elle. "Nous allons à l'école et même à l'université, mais nous sommes toujours convaincus que nos moyens de subsistance tournent autour du papyrus."
 
Le papyrus est une plante herbacée africaine appartenant à la famille des Cypéracées. Il prend sa forme finale quand il se développe en longues tiges, semblables à la canne à sucre ou aux roseaux immergés dans l'eau. Papyrus est à l’origine un mot grec dérivé du mot égyptien « Papuro », qui signifie « royal », ou « appartenant au Pharaon », pour marquer l’appartenance des terres au gouvernement et rappeler que ce dernier contrôlait la production de papyrus.
 
Cultivé sur le Nil, il était utilisé par les anciens Égyptiens pour écrire et documenter des incidents, ainsi que les sciences et les arts.
 
Dans l'Antiquité, la culture de papyrus s'est étendue de l'Égypte à la Palestine et à la Sicile, avant d'être adoptée dans toute la Méditerranée, dans certaines parties de l'Europe et en Asie du sud-ouest.
 
Ce qui reste de cette histoire, c’est la science du papyrus - l’étude de l’art, la correspondance, les archives légales et d’autres documents anciens écrits sur papyrus, ainsi que la traduction et la conservation des manuscrits originaux anciens.
 
Le retour du papyrus
 
Le village d’El-Karamous a pu raviver la culture du papyrus et utiliser les plantes pour fabriquer du papier pour l’impression, ramenant ainsi l’industrie au cœur de son économie.
 
La majorité des résidents sont maintenant employés dans certains aspects du processus.
 
Le processus de production commence par le découpage de la plante, sa collecte, puis le tranchage des tiges.
 
Le découpage repose sur une main-d’œuvre féminine équipée d’un solide morceau de ficelle, une extrémité fixée au mur, l’autre servant à couper les tiges.
 
Cela peut sembler simple, mais le découpage en tranches peut causer de fortes douleurs aux mains et aux muscles des épaules, chez ceux qui n'y sont pas habitués.
 
Sanaa Metwally, une femme au foyer revenue à la profession après cinq ans d'absence, en a fait l’amère expérience.
 
Elle dit que l’un des problèmes auxquels l’industrie est confrontée est sa dépendance vis-à-vis du tourisme, qui l'expose à des fluctuations.
 
Après le soulèvement du 25 janvier 2011, la plupart des ateliers ont été fermés et les agriculteurs ont cessé de planter du papyrus, en raison du ralentissement de l'activité touristique.
 
Mais avec le retour en force du tourisme récemment, les ateliers de papyrus et les agriculteurs ont repris leur travail.
 
Sanaa Metwally ajoute, montrant sa paume : "C'est vraiment bizarre d'avoir besoin de repos maintenant, je travaillais huit heures sans pause."
 
Elle et ses collègues n’obtiennent aucun revenu fixe pour leur travail. Les revenus sont plutôt basés sur la production : 20 livres égyptiennes (près 700 Francs CFA) pour un conteneur de barres de tranchage, où les travailleurs en moyenne ne remplissent que trois conteneurs par jour.
 
Malgré cela, Sanaa Metwally exprime sa gratitude envers la profession et déclare : « C’est le meilleur travail que les femmes puissent faire pour augmenter le revenu familial, en dehors des emplois publics ».
 
Mohammed El-Sayed, propriétaire de l'un des ateliers qui ont repris le travail après une période de fermeture, apprécie également le travail dans l'industrie.
 
Il est responsable de toutes les étapes de fabrication autres que le découpage en tranches, avec l'aide de ses enfants.
 
Sayed - à l'origine un agriculteur - est propriétaire de l'atelier où travaille Sanaa Metwally, ainsi que d'une parcelle de terre où il cultive des plantes et fabrique le papyrus.
 
Une fois que les tiges de papyrus ont été coupées, elles sont immergées dans du carbonate de potassium mélangé à de l'eau pour gagner en flexibilité, explique-t-il, puis dans un mélange de chlore et d'eau pour les blanchir.
 
« Après cela, les tranches sont placées côte à côte, comprimées plusieurs fois à l'aide de différents compresseurs… jusqu'à ce qu'elles soient complètement sèches », explique-t-il.
 
« Le papier est ensuite transféré aux imprimeries du village spécialisées dans la conception de dessins pharaoniques et leur mise en papyrus. »
 
El-Sayed faisait partie des pionniers de la culture et de la fabrication du papyrus, une activité qui a débuté dans le village dans les années 1970, grâce aux efforts de l'un des résidents, un expert en beaux-arts.
 
Semer la graine
 
Al-Shabrawy Ismail, un habitant de la région, a déclaré : «Tout a commencé lorsque Anas Mostafa, professeur d'arts plastiques, était en mission scientifique avec le Dr Hassan Ragab, fondateur du « Village pharaonique » [un parc touristique], et personnage clé dans la préservation du papyrus.
 
Il a eu l’idée de produire du papier comportant des illustrations artistiques.
 
Il a acheté un semis au Soudan, qu'il a ensuite cultivé sur une terre qu'il possédait dans le village.
 
"La culture des plantes n’était pas un problème, mais le défi était de savoir comment fabriquer le papier. Bien que les anciens Égyptiens aient documenté de nombreux détails sur de nombreux sujets, ils n’ont pas expliqué comment ils fabriquaient le matériau ancien. Selon Al-Shabrawy Ismail, Hassan Ragab a commencé ses recherches sur le sujet au début des années 1960 et a réussi, en 1966, à fabriquer un papier pouvant être utilisé pour l'écriture - après 1 000 ans d'oubli.
 
En 1977, Hassan Ragab a obtenu un brevet pour sa méthode et a commencé à la présenter aux visiteurs de son parc. Anas Mostafa a ensuite mis en œuvre la même méthode dans un atelier qu'il a installé dans le village, où il a formé la population locale, et l'industrie s'est répandue dans tout le village et s’est transmise de génération en génération.
 
La culture et la fabrication du papyrus requièrent une expertise que bon nombre de résidents du village possèdent, après avoir été formés par des experts. Al-Shabrawy Ismail explique : « Nous avons appris à reconnaître le moment où une plante a besoin de plus d’eau et à appliquer l’espacement idoine qu’il faudrait laisser entre les plants pour permettre une bonne ventilation. »  
 
Il ajoute : "La méthode d’Hassan Ragab repose sur l'utilisation de compresseurs qu'il a conçus et de produits chimiques qui ont conféré au papyrus des caractéristiques différentes de celles de l'Égypte ancienne, dont la plus importante est le potentiel en matière de réalisation d'illustrations".
 
Selon Al-Shabrawy Ismail, les compresseurs sont fabriqués dans des ateliers appartenant à des personnes qui ont appris les "secrets de l'industrie" de leurs prédécesseurs.
 
Le papyrus est présent dans tous les coins du village, les déchets du tranchage étant utilisés comme combustible pour les poêles traditionnels et une partie de la plante utilisée comme fourrage.
Comme le dit Ismail: "Nous sommes à un endroit qui est tombé amoureux du papyrus".
 

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