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Selon le ministre ivoirien de l’Environnement et de la protection de la nature, environ 4 000 tonnes de pesticides frauduleux entrent chaque année sur le territoire ivoirien.
 
Joseph Séka Séka s’exprimait ainsi le 29 octobre à l’occasion de la cérémonie d’ouverture de la première édition des journées scientifiques sur les pesticides en Côte d'Ivoire ; un événement organisé par le Projet de gestion des pesticides en Côte d'Ivoire (Progep-CI).
 
Cette situation suscite l’inquiétude des experts au regard des menaces qu’elle fait peser sur la santé et sur l’environnement.
 
« Un pesticide est un produit chimique utilisé en agriculture pour combattre les ennemis des cultures. Il contribue de ce fait à améliorer le volume des productions agricoles. Mais lorsqu’il est frauduleux ou périmé, on parle alors de pesticide obsolète », définit Silué Gnénéyéri, directeur de la protection des végétaux et du contrôle de la qualité (DPVCQ) au ministère de l’Agriculture et du développement rural, le service en charge de l’homologation des pesticides dans le pays. 

“Si des terres deviennent infertiles du fait de l’utilisation abusive de ces produits, les populations touchées vont forcément migrer vers des terres fertiles, ce qui va créer des tensions sociales”

Mathieu N’Gessan, chimiste environnemental

Selon le toxicologue Sébastien Danon Djédjé, professeur à la faculté de pharmacie de l’université Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, les pesticides illégaux, contenant des substances actives dangereuses, peuvent rester dans les cellules végétales et se retrouver dans les assiettes.
 
« Ces produits agissent sur le sang et sur le cerveau, et peuvent se retrouver dans le sang, le lait maternel, ou encore le sperme. Chez les femmes, ça peut conduire à l’infertilité, de même chez l’homme en agissant sur les spermatozoïdes », affirme ce dernier.
 
Ces substances peuvent en outre causer l’anémie, des troubles rénaux, des maladies et malaises cardiovasculaires, le cancer du cerveau. « Quand le système hormonal est désagrégé, c’est tout le mécanisme qui marche mal, et les conséquences s’ensuivent », conclut Sébastien Danon Djédjé.
 
Joseph Ipou, malherbologue à l’université Félix Houphouët-Boigny (la malherbologie est la science des mauvaises herbes, des végétaux nuisibles et de leur destruction), renchérit en disant qu’il ne faut pas ignorer les conséquences de ces pesticides sur l’agriculture.

A l’en croire, ils conduisent à l’appauvrissement des sols par l’accumulation de leurs matières organiques dans les composantes de la terre. Interrogé par SciDev.Net, ce spécialiste indique que la biodiversité se trouve également menacée, notamment avec la pollution du sol, de l’air, de l’eau... 


Crises sociales

De son côté, le chimiste environnemental Mathieu N’Gessan attire l’attention sur de potentiels risques de crises sociales liées à ce problème. « Si des terres deviennent infertiles du fait de l’utilisation abusive de ces produits, les populations touchées vont forcément migrer vers des terres fertiles, ce qui va créer des tensions sociales », explique-t-il.
 
Même les emballages de ces produits restent dangereux pour la santé durant plusieurs années, préviennent ces spécialistes qui déconseillent la réutilisation de ces récipients pour une autre activité humaine.
 
C’est pourquoi ils insistent sur l’importance de pouvoir identifier ces produits sur le marché. Car, relève encore Joseph Ipou, leurs effets sont observés bien tard, d’où la nécessité de la sensibilisation sur la reconnaissance de ces produits dans le commerce.
 
En effet, disent ces experts, il existe trois familles de pesticides : les herbicides (contre les mauvaises herbes), les fongicides (contre les champignons) et les insecticides (contre les insectes).
 
Pour reconnaitre les pesticides obsolètes, il faut d’abord pouvoir identifier ceux qui sont autorisés ou homologués. Ceux-ci se caractérisant par les couleurs de leurs étiquettes en fonction de leur catégorie.
 

Indications

Ainsi, les étiquettes ayant un fond violet clair indiquent des insecticides et/ou acaricides, le jaune clair, c’est pour les fongicides, le vert clair pour les herbicides, le bleu clair pour les régulateurs de croissance et autres…
 
« Quand vous voyez par exemple un insecticide sur le marché avec une étiquette qui n’est pas de fond violet clair, il faut se dire que c’est un pesticide obsolète », fait savoir Silué Gnénéyéri, qui est par ailleurs président du Comité pesticide du pays.
 
Quant aux emballages (boîtes, bouteilles, sachets…) contenant les pesticides, ils peuvent être de n’importe quelle couleur, signale la même source.
 
L’autre signe distinctif pour ce qui est de la Côte d’Ivoire peut être l’absence de la langue française sur les indications présentes sur l’étiquette. « L’étiquette doit être en français, de sorte qu’en cas d’intoxication, la partie antidote puisse être lue par le médecin pour pouvoir intervenir sur la victime », note Silué Gnénéyéri.
 
Selon ses explications, l’étiquette ne doit pas être uniquement en anglais, ni uniquement dans une langue autre que le français. A défaut du français seul, il faut qu’au moins il y ait le français à côté de l’anglais et, le cas échéant, d’autres langues.
 
Par ailleurs, ces experts font remarquer que les prix pratiqués sur ces produits frauduleux sont généralement attractifs. 

“Quand vous voyez par exemple un insecticide sur le marché avec une étiquette qui n’est pas de fond violet clair, il faut se dire que c’est un pesticide obsolète”

Silué Gnénéyéri, ministère de l’Agriculture et du développement rural

Face à la gravité du problème, la Côte d’Ivoire, pays ayant une économie dominée par l’agriculture, a dû intensifier la lutte contre les pesticides frauduleux.
 
Ainsi, depuis 2015, avec l’appui financier de la Banque mondiale, le gouvernement a mis en place le Projet de gestion des pesticides obsolètes en Côte d’Ivoire (Progep-CI). Sa mission est d’améliorer la gestion des pesticides par l’inventaire, la collecte et l’élimination de manière écologique, des pesticides obsolètes dangereux pour l’Homme et l’environnement dans une période de 5 ans.
 
A mi-parcours, ce programme, indique son coordonnateur, Georges Kouadio, a répertorié environ 6 000 dépôts de pesticides à travers le pays, dont 57% ont été visités dans le cadre de l’inventaire. Il s’agira, à terme, de dresser une base de données nationale des pesticides.
 
Cette lutte a permis, selon les autorités, de réduire, à ce jour, à 20% le taux de la commercialisation et d’utilisation des pesticides obsolètes sur le territoire national, contre 40% en 2012.
 

Pesticides biologiques

Un résultat obtenu, relèvent-elles, grâce à une campagne de sensibilisation tous azimuts avec le concours des forces de défense et de sécurité, des utilisateurs, des administrations impliquées, des comités locaux de lutte contre les pesticides obsolètes.
 
« Notre objectif est d’atteindre 10% d’ici à 2020 », projette Silué Gnénéyéri qui en profite aussi pour souligner la précision et la délicatesse que requiert l’utilisation même des pesticides, y compris ceux qui sont homologués.
 
« Un pesticide qui doit être utilisé contre les chenilles du cotonnier, s'il est utilisé sur des choux, c'est la catastrophe. De même s'il est utilisé pour traiter des cacaoyers », dit-il.
 
De leur côté, les chercheurs qui se disent plus favorables aux pesticides biologiques, signalent avoir mis au point des produits obtenus à partir d’extraits végétaux.
 
Joseph Ipou appelle l’Etat et les industries à les « appuyer franchement » pour une vulgarisation à grande échelle de ces pesticides, afin de réduire "significativement" l’utilisation des pesticides obsolètes.
 
Une suggestion modérément accueillie par Silué Gnénéyéri du ministère de l’Agriculture. Ce dernier invite les chercheurs à s’assurer au préalable de la disponibilité pérenne des matières premières servant à fabriquer ces pesticides bio.