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[ABIDJAN] « On néglige souvent le savoir des paysans. Pourtant, de bons exemples peuvent venir d’eux et faire cas d’école pour la recherche ». Martin Thibaud, entomologiste agro-écologue au Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD) ne cache pas son admiration face à ce champ de cacaoyers situé près de la localité d’Anyama, dans la banlieue nord d’Abidjan en Côte d’Ivoire.
 
La particularité de cette exploitation agricole familiale vielle de vingt ans et qualifiée de « succes story » agro-écologique tient au fait qu’elle fait exclusivement usage de matières organiques pour enrichir une terre gravillonnaire considérée comme inculte.
 
L’expérience de ce champ a été l’un des principaux centres d’attraction de la dernière édition du Salon international de l’agriculture et des ressources animales (SARA) qui s’est déroulé début décembre 2019 dans la capitale ivoirienne. 

“Cette cacaoyère est la preuve que des solutions peuvent aussi venir des paysans pour enrichir la recherche sur l’innovation agricole”

Martin Thibaud, chercheur, CIRAD

Son histoire remonte à l’année 1997 lorsqu’un paysan, après avoir échoué à maintes reprises à faire pousser des kolatiers, puis des cacaoyers, décide d’engraisser le sol avec de la matière organique à base d’ordures ménagères.
 
Profitant d’un projet de la Banque mondiale qui visait à dépolluer la décharge d’Akouédo dans le quartier voisin de Cocody, il affrète plusieurs dizaines de camions qui déversent des tonnes d’ordures sur une surface nue de terre rouge d’environ 5 hectares (ha).
 
« Les gens se moquaient de mon père. On se demandait s’il était devenu fou et comment il pouvait admettre sur son terrain des ordures dont les autres voulaient se débarrasser », se souvient encore Abou Ouattara, fils du paysan en question, aujourd’hui décédé.
 
Une fois toute la surface recouverte d’ordures, le vieux planteur, aidé de sa famille, laboura le sol, avant d’entreprendre la plantation de plants de cacaoyer.
 
« Non seulement les cacaoyers ont grandi plus vite, mais en plus, la matière organique produit encore à ce jour ses effets dans le sol », observe Martin Thibaud.
 

Innovation

Les héritiers du vieux Ouattara qui ont poursuivi l’action de leur père, entretiennent à ce jour une cacaoyère qui produit des cabosses beaucoup plus énormes que d’ordinaire.
 
« On a augmenté le champ à 7 ha. Nous faisons 10 récoltes par an, ce qui nous permet d’avoir une production annuelle totale de l’ordre de 15 tonnes », précise Abou Ouattara.
 
Pour Martin Thibaud, « cette cacaoyère est la preuve que des solutions peuvent aussi venir des paysans pour enrichir la recherche sur l’innovation agricole ».
 
Relevant que cette technique peut-être aussi une alternative à l’usage des engrais synthétiques, le chercheur pense qu’on pourrait se servir d’une telle cacaoyère comme champ-école, lieu de visite ou de formation pour techniciens en agriculture.
 
Un autre avantage de cette technique, poursuit le scientifique, c’est qu’elle permet de réduire significativement le taux de mortalité des cacaoyers. Car le grand problème du cacaoyer en Côte d’Ivoire, c’est son fort taux de mortalité au cours des première et deuxième années.
 

Fiente de poulets

A cela s’ajoute le rôle anti-mauvaises herbes de la canopée. En effet, plus la canopée est fournie, moins il y a de mauvaises herbes qui poussent dans le champ de cacao. En conséquence, l’on n’a pas besoin de recourir à des herbicides, ni à une main d’œuvre couteuse pour le désherbage.
 
Toutefois, les choses ne semblent pas aussi aisées qu’elles le paraissent. Le secteur des déchets se professionnalisant de plus en plus en Côte d’Ivoire, les planteurs doivent faire face à un problème d’accès à cette matière précieuse.
 
Aussi Abou Ouattara et ses frères font-ils régulièrement recours à la fiente de poulets qu’ils achètent auprès des éleveurs de la région. Ils ont même créé une ferme avicole dans l’exploitation pour produire une partie de cet intrant.
 
Pour autant, Anselme Kahon, agronome et spécialiste des cultures pérennes à l’Agence nationale d’appui au développement rural (ANADER) relève quelques problèmes liés à cette technique.
 
« Ces ordures comportent beaucoup de champignons qui peuvent infecter le sol, et donc les plantes. Cela fait qu’il est impossible pour ces planteurs de se passer des pesticides », souligne-t-il.
 

Pression immobilière

A cela s’ajoute « le fait que les matières organiques dégagent parfois des odeurs insupportables pour le voisinage, ajoute Anselme Kahon qui croit pouvoir proposer une alternative.
 
« Il existe des engrais organiques qui sont de plus en plus fabriqués en Côte d'Ivoire, les paysans peuvent les utiliser... Ils sont inodores, faciles à transporter car tenus dans des sacs de 25 kilogrammes, et peuvent être conservés longtemps », indique l’expert.
 
Il rappelle au passage que cela constitue une réponse à la problématique des mauvaises odeurs et des mouches soulevée par des paysans
 
En attendant, la plantation d’Abou Ouattara et ses frères doit faire face à la menace de la pression immobilière. La ville d’Anyama étant proche d’Abidjan qui fait face à une urbanisation galopante.
 
Il y a donc des craintes que cette « riche expérience » disparaisse, s’inquiète Martin Thibaud qui propose que l’Etat en fasse «  une cacaoyère classée », puisque déjà le pays envisage la création d’agro-forêts classées dans l’Ouest du pays.

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