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En marge du tout premier congrès international sur le blé, qui s’est tenu la semaine dernière (21-26 juillet) à Saskatoon au Canada, des chercheurs interrogés par SciDev.Net ont souligné la nécessité pour les pays d’Afrique subsaharienne de s’impliquer davantage dans la production de cette céréale.
 
« Il y a un intérêt croissant à cultiver du blé en Afrique subsaharienne, car la demande de blé dans cette région augmente chaque année », soutient par exemple Tadesse Degu Wuletaw, qui dirige le programme de sélection du blé tendre de printemps au Centre international de recherche agricole dans les zones arides (Icarda) [1]
 
Au soutien de cette affirmation, le chercheur éthiopien rappelle que pour la seule année 2016, « les pays d'Afrique subsaharienne ont importé 17 millions de tonnes de blé pour une valeur de 6 milliards de dollars. Cela représente un coût énorme et un fardeau supplémentaire pour les gouvernements, en raison de leurs réserves limitées en devises ». 

“Les pays d'Afrique subsaharienne ont importé 17 millions de tonnes de blé pour une valeur de 6 milliards de dollars. Cela représente un coût énorme et un fardeau supplémentaire pour les gouvernements, en raison de leurs réserves limitées en devises.”

Tadesse Degu Wuletaw, ICARDA

« Il est donc extrêmement important de réduire ces importations, en encourageant la production locale », conclut-il.
 
Bekele Abeyo, autre chercheur éthiopien en service au Centre international d’amélioration du maïs et du blé (Cimmyt [2]), renchérit en rappelant, pour le déplorer, qu’il n’y a presque pas de pays africain auto-suffisant en blé.
 
Pour ce dernier, l’augmentation de la population, associée à une urbanisation rapide et à la demande croissante en fast-food font partie des raisons pour lesquelles de nombreux pays africains devraient développer la culture du blé.
 

En somme, conclut Bekele Abeyo, « le défi mondial actuel est la sécurité alimentaire et nutritionnelle et le blé est l’une des cultures stratégiques de la sécurité alimentaire en Afrique ».
 
D’après les statistiques diffusées lors du congrès de Saskatoon et émanant de données de la FAO [3], l’Ethiopie est le premier producteur de blé en Afrique subsaharienne, avec 4,231 millions de tonnes en 2014, juste devant l’Afrique du Sud (1,759 million).
 
« Il existe une forte tradition de culture du blé dans ces deux pays. L’Éthiopie produit du blé sur environ 1,8 million d’hectares de terres par an et l'Afrique du Sud sur environ 0,5 million d’hectares », tente d’expliquer Tadesse Degu Wuletaw.
 
A cela, le chercheur ajoute les politiques publiques qui sont encourageantes pour la culture du blé dans ces deux pays, au même titre qu’un système de recherche solide.
 

Classement

 
A eux seuls, ces deux Etats représentent d’ailleurs environ 75% de la production de blé en Afrique subsaharienne. Car, les autres pays du classement arrivent très loin derrière. En l’occurrence, il s’agit du Soudan (473.000 tonnes), du Kenya (328.000), de la Zambie (201.504) et de la Tanzanie (167.000).
 
Ainsi la production du blé en Afrique subsaharienne est surtout concentrée dans l’est et dans le sud du continent, contrairement à l’Afrique centrale et à l’Afrique de l’ouest, où la production est encore résiduelle.
 
Avec à peine 90.000 tonnes au Nigeria, 45.000 au Mali, 21.000 au Tchad, 9.180 en République démocratique du Congo (RDC), 6.110 au Niger et… 900 au Cameroun.
 
Pour encourager les Etats à faire beaucoup mieux, le blé a été retenu parmi les cultures cibles du Projet d'appui à la recherche agricole pour le développement de cultures stratégiques en Afrique (SARD-SC [4]), financé par la Banque africaine de développement (BAD).
 
Selon un document de cette institution, ce programme a pour objectif spécifique d’améliorer durablement la productivité et les revenus de quatre cultures que sont le manioc, le maïs, le riz et le blé.
 
La composante blé, pilotée par l’Icarda, est implémentée dans douze pays : Erythrée, Ethiopie, Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Soudan, Tanzanie, Zambie, Zimbabwe, Kenya et Lesotho.
 

Pépinières

 
En outre, Matthew Reynolds, chercheur au Cimmyt et coordonnateur du Consortium pour l’amélioration du blé en zone de chaleur et de sécheresse (HeDWIC [5]), indique que neuf pays [6] d’Afrique subsaharienne (dont Madagascar et la RDC) ont déjà bénéficié ou bénéficient de pépinières développées dans le cadre de ce consortium.
 
« Je crois qu'il y a des opportunités. Il est important de développer plus largement ces pépinières pour observer quels types de génotypes sont les mieux adaptés », affirme cette source interrogée par SciDev.Net.
 
Abondant dans le même sens, Tadesse Degu Wuletaw affirme d’ores et déjà que « des génotypes de blé à haut rendement, résistant aux stress biotiques et abiotiques et possédant de bonnes qualités nutritionnelles, notamment une richesse en fer et en zinc, ont été développés et répertoriés par les programmes de sélection de l'Icarda et du Cimmyt ».
 
« Ces variétés devraient être testées dans les pays d'Afrique subsaharienne pour l'adaptation locale et libérées pour la production », poursuit l’intéressé.
 
Pour Bekele Abeyo, le congrès de Saskatoon a donc permis d’évaluer les progrès réalisés dans différentes disciplines, les technologies modernes et les outils disponibles pour augmenter le rendement en blé et améliorer les performances du blé dans différents environnements et créer un impact grâce au partenariat.
 
Matthew Reynolds pense d’ailleurs que c’était une opportunité pour construire et renforcer le réseau HeDWIC, en vue de la vulgarisation des variétés de sa pépinière en Afrique.

Références

[1] International Center for Agricultural Research in the Dry Areas
[2] International Maize and Wheat Improvement Center
[3] Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture
[4] Support to Agricultural Research for Development of Strategic Crops
[5] Heat and Drought Wheat Improvement Consortium
[6] Ethiopie, Kenya, Malawi, Nigeria, RDC, Madagascar, Afrique du Sud, Ouganda et Zimbabwe