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Pour la première fois dans l'histoire, un vaccin expérimental sera administré à partir d'aujourd'hui, dans un contexte d'épidémie d'Ebola, en République démocratique du Congo (RDC).
 
Aucun vaccin n'a été homologué à ce jour pour lutter contre le virus d'Ebola. Toutefois, dans le but de circonscrire l'épidémie qui sévit depuis près de deux semaines dans le nord-ouest de la RDC, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), à titre compassionnel et après approbation des autorités congolaises, a décidé de vacciner environ 600 personnes.
 
"Il s'agit en tout premier lieu du personnel médical et des personnes qui ont été en contact avec des cas d’Ebola confirmés en laboratoire", indique Jean-Jacques Muyembe, virologue, expert de la maladie à virus Ebola et directeur de l’Institut national pour la recherche biomédicale (INRB), à Kinshasa.

“C’est un vaccin qui a démontré toute son efficacité en Afrique de l’Ouest. Toutes les personnes qui ont été vaccinées pendant la période d’incubation n’ont pas développé la maladie.”

Oly Ilunga, ministre de la Santé - RDC

Sont également concernés, les contacts de ces premiers contacts. "C’est ce qu’on appelle vaccination par ceinture", précise le chercheur congolais.
 
Le vaccin, rVSV-ZEBOV (Recombinant vesicular stomatitis virus-Zaire Ebola virus), mis au point par le Laboratoire national de microbiologie du Canada, s'est avéré efficace lors d'essais limités en Afrique de l'Ouest, où la plus grande épidémie d'Ebola a tué 11.300 personnes en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone, de 2014 à 2016.
Ebola Chart1
 
Oly Ilunga, le ministre congolais de la Santé, se veut rassurant : "C’est un vaccin qui a démontré toute son efficacité en Afrique de l’Ouest. Toutes les personnes qui ont été vaccinées pendant la période d’incubation n’ont pas développé la maladie."
 
Des cinq espèces d'Ebola, le rVSV-ZEBOV protège contre une souche connue sous le nom de Zaïre (de l'ancien nom de la RDC), celle qui infecte le plus souvent les humains. Le vaccin agit en faisant croire au corps qu'il a été infecté par le virus Ebola et en lançant une réponse immunitaire.
 
Lorsqu'il a été mis au point en 2003, le rVSV-ZEBOV s'est montré efficace à 100% chez les singes.
 
Mais l'industrie pharmaceutique avait montré peu d'intérêt jusqu'à l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest, entre 2014 et 2016.
 
La société pharmaceutique Merck a par la suite acheté les droits sur le vaccin en 2014.
 
D’après le gouvernement congolais, les "partenaires ont promis 30.000 doses de vaccin". Mais jusque-là, seules 5.400 doses ont été livrées.
 
Un défi majeur sera de garder les vaccins au froid. Pour protéger l'efficacité du produit, il doit en effet être conservé entre -76 et -112 degrés Fahrenheit (entre -60 et -80 degrés C). Mais le dispositif logistique n'est pas évident, dans une localité comme Bikoro, qui manque cruellement d'électricité…
 
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les responsables des structures de santé surveilleront les patients pendant 84 jours après la vaccination.

Suivi d'une campagne de vaccination en Guinée
Souare Sekouba et Condé Doussou, de l'équipe de l'OMS chargée des essais cliniques en Guinée, effectuent un suivi auprès d'un participant. Ces séances de suivi ont lieu 3, 9, 21, 42, 63 et 84 jours après la vaccination

Les experts estiment que si le rVSV-ZEBOV s'avère sûr et efficace, cela pourrait changer la façon dont les responsables de la santé réagissent au virus Ebola et faire en sorte que la maladie n'atteigne plus jamais des proportions épidémiques.
 
Depuis le 8 mai, la RDC a annoncé une nouvelle épidémie d’Ebola. Le virus est apparu à Bikoro, une zone rurale enclavée de la province de l’Equateur.
 
Un cas a également été confirmé positif à Mbandaka, une ville d’environ un million d’habitants, la plus grande agglomération du nord-ouest de la RDC.
 
Le bilan provisoire au 18 mai fait état de 26 morts, selon un communiqué du ministère congolais de la Santé.
 
D’après l’OMS, le risque de propagation du virus est "élevé" ; pour autant, l’organisation considère qu’à ce stade, l’épidémie ne constitue pas une "urgence sanitaire de portée mondiale" et il n’est donc pas question, pour le moment, de limiter la mobilité des personnes.
 
En dehors de la vaccination, une batterie de mesures ont par ailleurs été mises en place.
 
Le virus d’Ebola se transmet suite à un contact avec des fluides corporels infectés. Les autorités et les ONG sensibilisent donc la population sur les mesures d’hygiène : lavage des mains au savon, évitement de contacts corporels non indispensables, interdiction de ramasser du gibier mort dans la brousse, interdiction des rites funéraires traditionnels et le recours aux enterrements dits "sécurisés", réalisés par des professionnels.
 
"Les funérailles favorisent effectivement la propagation de la maladie. Il y a des traditions chez nous qui exigent qu’on lave le corps du défunt, qu’on le touche. C’est désormais interdit pendant cette période", insiste Oly Ilunga.
 
Enfin, les contrôles aux aéroports, aux ports et aux frontières ont été accentués pour détecter les cas suspects d’Ebola.
 
Cette épidémie d’Ebola est la neuvième à laquelle la RDC est confrontée.
 
Depuis sa découverte en 1976, le virus réapparait de manière endémique dans le pays. "Il y a résurgence de la maladie car jusque là, nous ne savons pas quel animal constitue le réservoir naturel du virus, quel insecte transmet le virus", explique Jean-Jacques Muyembe. Les chercheurs pensaient que la chauve-souris était le vecteur initial de la maladie. Mais "après analyse de plus de 10.000 échantillons", cette hypothèse n’a pas pu être confirmée, poursuit le chercheur.
 
Au niveau national, les chercheurs congolais essaient de mettre sur pied un traitement contre la maladie à virus Ebola, indique Oly Ilunga : "Il y a un anticorps monoclonal qui avait été isolé sur un des survivants de l’épidémie de Kikwit. Et cet anticorps est en fait la nouvelle génération de molécules thérapeutiques contre Ebola. Nous allons bientôt commencer des essais cliniques."