Skip Navigation

Communication scientifique: Foresterie

Opinions

  • Imprimer
  • Commenter

L'Afrique a besoin de l'agroforesterie pour arrêter les émissions des forêts

F.K. Akinnifesi, B. Muys and O.C. Ajayi

8 juillet 2009 | EN | ES | FR

Plantation d'arbres au milieu des cultures au Cameroun — L'agroforesterie pourrait contribuer à rendre durables l'environnement et les moyens de subsistance en Afrique

Flickr/rbairdpccam

Selon F.K. Akinnifesi, B. Muys and O.C. Ajayi, la plantation d'arbres au milieu des cultures pourrait aider à préserver aussi bien l'environnement  que les moyens de subsistance en Afrique.

Le conflit entre la  préservation de l'environnement et l'amélioration des moyens de subsistance est en train de perturber les efforts de réduction des émissions  provoquées par la déforestation et la dégradation des forêts (REDD) en Afrique sub-saharienne. Mais l'agroforesterie – qui est la gestion de la culture arboricale avec la production agricole -- pourrait s'avérer utile.

Le Financial Times  considère le marché du carbone comme étant un marché de produits de base  au taux de croissance  le plus rapide de la planète – avec l'agriculture, la foresterie et d'autres utilisations du sol qui jouent un rôle de plus en plus important. L'idée qui sous-tend le programme REDD est simple – payer les pays pour qu'ils réduisent les émissions du carbone provoquées par  la déforestation et  la dégradation des terres.

Mais la conception de solutions pratiques qui  entreraient dans les Objectifs de développement du millénaire – à savoir, la fin de l'extrême pauvreté et de la famine, et  la préservation de l'environnement – reste difficile à réaliser.

Plus d'arbres, amélioration des moyens de subsistance

La recherche de la sécurité alimentaire par les pays en développement par le biais de l'expansion de l'agriculture conduit souvent à la déforestation et à la dégradation des forêts. Le principal défi pour la majorité des Etats sub-sahariens est de  parvenir à concevoir des  environnements agricoles  qui permettraient de résoudre le conflit entre la préservation de cet environnement et les moyens de subsistance- et parvenir à conserver les profits  issus des écosystèmes forestiers tels que le stockage de l'eau, la lutte contre l'érosion, la conservation de la biodiversité  et la réhabilitation  des sols.

Pour ce faire il suffirait  d'associer les thèmes suivants : climat et moyens de subsistance, adaptation et atténuation, REDD et agriculture. L'agroforesterie devrait constituer une composante essentielle de cette approche. L'intégration  de la culture arboricole à grande échelle dans les paysages agricoles créerait un puits de carbone efficace tout en assurant une production alimentaire durable, et contribuerait également, d'autres manières, à l'adaptation aux changements climatiques  

Les systèmes qui s'appuient sur la culture arboricole sont  sont plus efficaces  dans l'accumulation du carbone  terrestre et sous-terrainque l'agriculture traditionnelle. Un projet 'investissement vert' réalisé en Inde a montré comment on pouvait exploiter  une plantation d'arbres pour la compensation en fixation de carbone (voir Faire pousser de l'argent sur les arbres?). Les experts en arboriculture et en carbone du Centre international d'agroforesterie  affirment qu'un milliard d'hectares de terres arables (la majeure partie se trouvant dans des pays en développement) pourraient être transformés en paysages agricoles riches en carbone,  contenant potentiellement 50 milliard de tonnes de dioxyde de carbone – soit le tiers du défi que constitue la réduction du carbone.

Bien sûr, épargner du carbone n'est pas habituellement la première priorité des petits exploitants agricoles -- mais l'agroforesterie peut contribuer  à tirer d'autres profits, comme le souhaitent également les agriculteurs.  Ainsi, une méta-analyse de 94 publications scientifiques – effectuée par le Centre international d'agroforesterie et publiée dans Plant and Soil en 2008 – indique que l'utilisation d'arbres fertilisants'  capturant l'azote  dans l'air et le transfèrant dans le sol peut réduire de 75 pour cent le besoin d'engrais azoté commercial tout en doublant la production agricole. S'ils sont associés à d'autres méthodes de fertilisation du sol telles que l'agriculture de conservation, les arbres fertilisants peuvent stimuler de manière significative la  fertilité du sol et accroître la sécurité alimentaire. Une couverture végétale variée peut également accroître la résistance des agroécosystèmes à la sécheresse, aux insectes nuisibles et aux maladies ainsi qu'à d'autres menaces pesant sur la production agricole et provoquées par les changements climatiques.

Flux d'avantages

Pour que le REDD, ou  tout autre effort d'atténuation des changements climatiques – atteigne ses objectifs, il faut pouvoir déterminer les priorités des moyens d'existence en milieu rural et se concentrer sur la garantie d'un 'flux d'avantages'. L'introduction de la culture arboricole dans l'agroforesterie offre ce flux,  par l'intermédiaire de ses produits  tels que les fruits, les médicaments et le bois et gâce aux bienfaits des écosystèmes  comme la pollinisation, le stockage de l'eau et la lutte contre l'érosion.

La création d'opportunités pour les produits forestiers non ligneux est un instrument efficace  pour  réduire les risques et de  diversifier les options pour l'agroforesterie. Mais cela exigera la mise en place d'arbres, de marchés, de politiques et d'institutions qui conviennent.

L'autre défi  qui se présente aux communautés  autochtones  du Sud est l'obtention d'un paiement pour le carbone qu'elles séquestrent. En effet, l'expérience montre que le fait d'être qualifié et de se faire enregistrer pour des initiatives telles que le Mécanisme pour un développement propre (MDP) – moins probable  pour le REDD – implique l'émergence  d'obstacles techniques qui limitent la participation massive des paysans en provenance du Sud. D'excellentes boîtes à outils, telles que ENCOFOR, le projet financé par l'UE pour la conception des projets forestiers du MDP, peuvent être utiles. Le Centre international d'agroforesterie contribue également au développement des capacités  d'utilisation  des données satellitaires et de nouvelles techniques de mesure de haute technologie pour calculer à distance les stocks de carbone sur des millions de kilomètres carrés de terres agricoles et de forêts. Néanmoins, le défi demeure.

Des programmes de compensation du carbone tels que le REDD pourraient à la fois améliorer l'environnement et générer des revenus. Nous croyons que  l'environnement futur de l' Afrique sub-saharienne devra s'appuyer sur la culture arboricole afin de garantir le double objectif que sont les moyens de subsistance et l'environnement durable. Mais nous devons conseiller aux décideurs de reconnaître que l'agroforesterie est une solution favorable aux parties en présence.

Les premières étapes consisteront à appliquer les pratiques actuelles, éprouvées et intégrées, fondées sur une culture alliant  l'agriculture de conservation  et l'agroforesterie sur les terres arables – ce que nous appelons actuellement "agriculture perpétuelle" – pour  obtenir des 'stocks élevés de carbone' et une sécurité alimentaire et des moyens de subsistance durables. Cela nécessitera la mise en place de mécanismes décisionnels appropriés  chez les chercheurs – qui devront être soutenus par les décideurs– qui se développent à partir des connaissances, des partenariats et des compétences à tous les niveaux. Cela implique également  de prévoir des  contributions de départ, des semences de qualité, des pépinières, des matériels de formation et de vulgarisation, des marchés de produits, des crédits de carbone, des paiements pour les services environnementaux et d'autres incitations financières pour les agriculteurs.  

F.K. Akinnifesi et O.C. Ajayi sont des chercheurs au Centre international d'agroforesterie. Ils sont basés au Southern Africa Programme, à la Station de recherche agricole de Chitedze, au Malawi.

B. Muys  enseigne au KLIMOS (Plateforme de recherche sur le climat et le développement), à l'Université catholique de Louvain, en Belgique.

Commentaires (2)

KITANE SOULEYE ( Sierra Leone )

10 juillet 2009

Nous avons lu avec intérêt l'article sur l'agroforesterie comme moyen possible d'épargner du carbone et à la fois une solution pour améliorer les revenus de petits producteurs en Afrique sub-saharienne. C'est vrai l'agroforetrie est le moyen le plus approprié aujourd'hui pour restaurer le couvert végétal et en même temps améliorer les rendements par conséquents les revenus. Il faut cependant noté que l'introduction de la techologie groforestière en afrique subsaharienne est maintenant vielle de plusieurs années et a rencontré plusieurs obstacles à son adoption. Il s'agit donc outre l'intérêt scientique et l'importance au plan économique de saisir les raisons qui prévalent à son adoption limitée. Il faut élargir la réflexion sur la disponibilité des terres si l'on sait que les petits exploitants agricoles disposent très souvent de petites superficies qui ne satisfont même pas leurs besoins élémentaires. D'autres aspects sont également à voir telle que l'incompatibilités de certaines cultures avec la présence d'arbres qui sont à tort ou à raison jugés suceptibles de produire des infestations de nématodes et autres prédateurs. Il vrai que la technologie agroforestière est très efficace cependant ces aspects mériteraient d'être cernés afin de tirer les enseignements des contraintes qui ont géné son adoption

Bury Robert ( Robert Bury et associés | Belgique )

14 juillet 2009

The bulletin of BEPA (Bureau of policy advisers of the EU Presidency presents a promising development project in the Democratic Republic of Congo which could serve as reference for a broader set of development initiatives. The project, an extensive reforestation scheme, successfully combines sustainable development goals with the prospect of providing interesting economic
prospects to rural and lagging areas. In addition, the project originates within the country and relies on private support
only.

En Français : Le PCI-B – le premier en activité en Afrique et qui sera présenté au Congrès Mondial des Forêts
de Buenos Aires en octobre prochain - convertit
une savane peu productive en un programme agro-forestier de stockage de CO2 et de valorisation des productions de manioc et d’autres produits forestiers non ligneux.
Ce puits de carbone de 4.500 hectares - environ
4.000.000 arbres - séquestrera 1.000.000 de tonnes de CO2. à l’échéance 2017. La moitié de ces
crédits forestiers a d’ores et déjà été revendue à
Orbeo, co-entreprise de la Société Générale et
de Rhodia. L’autre moitié est en passe de l’être au BioCarbon Fund de la Banque mondiale.
Le PCI-B est aussi le premier candidat africain à l’agréation du MDP (mécanisme de développement propre prévu par le protocole de Kyoto).
La procédure devrait se terminer d’ici fin 2009.

AJOUTEZ VOTRE COMMENTAIRE

Ce réseau est le vôtre : exprimez votre avis sur nos articles en ajoutant votre commentaire.

Vous devez être abonné pour commenter ou pour contacter un autre commentateur. connexion ou inscrivez-vous.

Tous les commentaires sont soumis à l’approbation de SciDev.Net et nous nous réservons le droit de modifier tout langage inapproprié ou malséant. SciDev.Net est propriétaire des droits d’auteur de toutes les ressources affichées sur son site Internet. Pour plus de détails, voir conditions d’utilisation.

Toutes les ressources de SciDev.Net peuvent être reproduites gratuitement, à condition que référence soit dûment faîte à la source et à l’auteur. Pour plus de détails, voir les licences Licences Creative Commons.

Retour à Opinions
Haut de page

Rejoignez-nous sur