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Les scientifiques kenyans exhortés à ouvrir le débat sur les OGM

Maina Waruru

16 septembre 2011 | EN | FR

Sweet potatoes

L'autorisation d'importer du maïs génétiquement modifié pour améliorer la sécurité alimentaire a provoqué un débat animé

Flickr/CGIAR Climate

[NAIROBI] Le secrétaire d'État kenyan chargé de l'agriculture exhorte les chercheurs à rejoindre le débat sur les aliments génétiquement modifiés (GM) et de ne pas laisser les politiciens régler seuls ces questions.

Selon Wilson Songa, qui est également un scientifique actif, en restant silencieux, les scientifiques exposent la population au risque d'être induite en erreur par les politiciens.

L'autorisation d'importer du maïs GM pour améliorer la sécurité alimentaire a provoqué un débat animé à haut niveau, et certains politiciens ont avancé que les aliments GM seraient nuisibles.

Selon W. Songa, "il existe dans nos instituts de recherche des experts qui peuvent éduquer la population et la sauver d'une propagande dangereuse". Alors que la Corne de l'Afrique est confrontée à de fortes sécheresses et à de graves pénuries alimentaires, il a indiqué que les scientifiques devraient présenter des options alternatives à la population.

"Nous [les scientifiques] ne devons plus être réduits au silence alors que notre peuple risque chaque année d'être confronté à la famine et que les politiciens font des allégations extravagantes" a-t-il déclaré.

W. Songa s'est exprimé à l'occasion de la cérémonie de récompense des femmes africaines dans le domaine de la recherche et du développement agricole qui s'est tenue le mois dernier (18 août). Il a déclaré que les scientifiques craignent que l'on pense qu'ils contredisent les ministres et les législateurs.

Shaukat Abdulrazak, directeur du National Council for Science and Technology (NCST), a déclaré à SciDev.Net que les organismes scientifiques tels que le Kenya Agriculture Research Institute (KARI) et le National Biosafety Authority devaient éduquer le public ; il a cependant insisté sur le fait qu'ils devaient mettre en avant les inconvénients des récoltes GM mais également leurs avantages.

"Il est de la responsabilité des scientifiques d'établir un lien entre les sciences et la société. Ils doivent faire preuve d'initiative et informer le public sur les avantages et les inconvénients de la technologie GM. Ils doivent impliquer les politiciens et leur fournir des faits et des chiffres", a-t-il déclaré.

Selon S. Abdulrazak, les scientifiques ont certes commenté les organismes génétiquement modifiés (OGM), mais uniquement au sein de leur 'zone de confort', c'est-à-dire dans les salles de cours et pendant les conférences. "Lorsque les scientifiques prennent part au débat public, on les soupçonne de vouloir faire de la politique", a-t-il déclaré.

Il a ajouté que les kenyans doivent, toutefois, avoir confiance dans la capacité de leurs institutions scientifiques à gérer la pression qui vient de l'étranger pour introduire des aliments GM.

Shem Wandiga, fiduciaire principal au Centre for Science and Technology Innovations au Kenya, associé à l’UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture), a toutefois indiqué que les scientifiques ne craignaient pas d'entrer dans le débat sur la modification génétique, mais qu'ils évitaient une "polémique inutile".

Selon S. Wandiga, une approche civilisée serait que les gouvernements et les législateurs demandent l'avis des scientifiques, qui serait alors donné de "manière sobre".

"Mais lorsque les politiciens ripostent impulsivement comme ils le font dans le cas présent, nous ne voulons pas être aspirés dans cette pagaille".

"Le problème n'est pas que le Kenya manque de scientifiques capables de donner des conseils, mais lorsqu'il y a des intérêts particuliers, comme l'importation de maïs GM, nous n'avons pas à y prendre part", a-t-il déclaré.

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