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L’évolution de la migration d’espèces sauvages pourrait modifier le risque de transmission des maladies

Christine Ottery

24 janvier 2011 | EN | FR | 中文

A fruit bat

Les épidémies du virus Nipah en Malaisie ont été associées aux changements des habitudes migratoires des roussettes

Flickr/smccann

Selon une étude publiée dans Science (21 janvier), le risque que les animaux transmettent des maladies aux être humains pourrait augmenter dans certains cas mais diminuer dans dʹautres cas, à mesure que les hommes empiètent et perturbent les routes migratoires des espèces sauvages.

Les changements climatiques affectent également les schémas migratoires et lʹétude indique quʹil est urgent de mener des recherches sur comment les changements des habitats et du climat affecteront les maladies chez les animaux migrateurs, afin de prévoir les risques encourus par les populations et par les espèces sauvages.

Dʹaprès cette étude, bien quʹon croit généralement que les mouvements de longue distance des animaux migrateurs peuvent accroître la diffusion des pathogènes, y compris des pathogènes zoonotiques que les animaux transmettent aux êtres humains, comme le virus Ebola chez les chauves-souris et les virus de grippe aviaire chez les oiseaux, peu de preuves en atteste.

Sonia Altizer, de lʹOdum School of Ecology, de lʹUniversité de Géorgie, aux États-Unis, a déclaré à SciDev.Net, "plusieurs exemples suggèrent quʹil est peu probable que les oiseaux les plus sauvages diffusent les souches les plus pathogènes de la grippe aviaire sur de longues distances, comme on a pu le penser".

Selon lʹétude, le risque de transmission semble même diminuer pour certaines maladies, mais il est nécessaire de mener des recherches supplémentaires pour faire des prévisions précises.

"Lʹune des principales surprises est le fait quʹaucun cas clair dʹespèces migratrices transportant des maladies infectieuses nʹa été publié. Cela peut, en partie, être dû aux difficultés rencontrées pour étudier les espèces à travers les frontières internationales", a déclaré S. Altizer.

On sait que certaines migrations de longue distance présentent des menaces de maladie pour les êtres humains et pour le bétail. Par exemple, lʹépidémie mortelle dʹEbola en République démocratique du Congo a été associée à un afflux de roussettes migratrices.

Toutefois, les changements des schémas de la migration naturelle peuvent modifier lʹendroit où se déclenche lʹépidémie de cette maladie ainsi que la manière dont elle va se manifester.

La destruction des habitats par lʹurbanisation ou lʹagriculture peut éliminer des zones dʹescale et attrouper plus dʹanimaux dans les lieux qui demeurent. Selon cette étude, cela pourrait en retour, créer des lieux de prédilection pour la transmission de la maladie. Lʹempiètement des activités humaines sur ces sites naturels pourrait également accroître les risques de contact avec les animaux porteurs de la maladie.

Les épidémies des virus Nipah et Hendra en Malaisie et en Australie, qui affectent respectivement les cochons et les chevaux, ont été imputées aux changements des habitudes des précédentes roussettes migratrices qui, au lieu de chercher des sources dʹalimentation éphémères, sʹinstallaient désormais autour des vergers fruitiers qui fournissent des fruits tout au long de lʹannée. La situation des vergers rapprochait les roussettes des cochons et des chevaux.

Selon cette étude, la migration pourrait réduire le nombre de maladies étant donné que les animaux infectés sont laissés en retrait pour mourir, mais les changements des migrations pourraient empêcher cette élimination naturelle des infections.

Les clôtures et les digues pourraient également contraindre certains animaux à ne plus migrer, ce qui augmenterait la prévalence de pathogènes au sein de la population.

Jeff Waage, expert en biosécurité et directeur du London International Development Centre, au Royaume-Uni, a déclaré à SciDev.Net : "Cʹest la première fois que des personnes ont examiné les espèces migratrices sous lʹangle des maladies, et notamment comment la migration pourrait affecter les êtres humains et le bétail. Cʹest intéressant car, il y a seulement dix ans, nous ne savions absolument pas que les chauves-souris pouvaient elles aussi être porteuses des maladies humaines les plus graves, comme lʹEbola".

Kate Jones, épidémiologiste des espèces sauvages à lʹInstitut britannique de zoologie situé à Londres, a déclaré à SciDev.Net que cette étude "a réuni toutes les questions difficiles concernant la migration et les maladies infectieuses, tout en posant les fondations et la direction des recherches futures".

Lien vers lʹarticle complet publié dans Science (en anglais)

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