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La science en guerre contre la tuberculose multirésistante
  • La science en guerre contre la tuberculose multirésistante

Crédit image: Flickr/Elizabete Band

Lecture rapide

  • Des chercheurs ont mis au point une molécule pour neutraliser les mutations du bacille

  • D’autres médicaments efficaces connaissent des tests concluants dans plusieurs pays

  • La TB est l’une des 10 premières causes de mortalité, avec 1,8 million de décès en 2015

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Ce vendredi, 24 mars est la journée mondiale de lutte contre la tuberculose (TB). Pour la deuxième année consécutive, le thème de la célébration est : "s’unir pour mettre fin à la tuberculose".
 
De fait, ce début d’année 2017 est marqué par des efforts déployés ici et là pour faire face à la résistance croissante de la maladie aux traitements existants.
 
A ce titre, des chercheurs français de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM) ont annoncé le 17 mars dernier qu’ils avaient inventé un médicament capable de supprimer la résistance à l’éthionamide, un des antibiotiques utilisés pour traiter la tuberculose.
 

“Nous avons réussi à inventer un prototype de molécule qui réveille une nouvelle voie de bioactivation de l’éthionamide, provoquant ainsi une resensibilisation complète des bactéries résistantes à cet antibiotique”

Alain Baulard et Nicolas Willand
Chercheurs à l'INSERM (France)

 
Dans un communiqué de presse consacré à ce médicament, l'INSERM précise que "la résistance signifie que l’effet antibactérien d’un antibiotique ne se manifeste plus".
 
Chez le Mycobacterium tuberculosis (le germe responsable de la tuberculose, NDLR), la résistance aux antibiotiques est provoquée par des mutations génétiques souvent considérées comme difficilement réversibles", ajoute le texte.
 
Les travaux des chercheurs français ont consisté à trouver la possibilité de "contraindre le bacille tuberculeux résistant à l’antibiotique éthionamide à revenir à un état de complète sensibilité".
 
"Au travers de la forte collaboration qui lie nos équipes de biologistes et de chimistes médicinaux, nous avons réussi à inventer un prototype de molécule qui réveille une nouvelle voie de bioactivation de l’éthionamide, provoquant ainsi une resensibilisation complète des bactéries résistantes à cet antibiotique." expliquent Alain Baulard et Nicolas Willand deux des auteurs des travaux, cités par le communiqué de l’INSERM.
 
La molécule en question est appelée Small molecule aborting resistance (SMARt 420). Associée à de l’éthionamide, elle a permis, selon ces chercheurs, de "traiter efficacement des souris infectées par des bacilles tuberculeux qui étaient devenus insensibles à l’antibiotique seul".
 
A en croire l’INSERM, ces travaux qui ont par ailleurs été publiés dans la revue Science, "ouvrent aujourd’hui la voie à un candidat-médicament, actuellement en développement en partenariat avec GlaxoSmithKline et la biotech Bioversys."
 
Résistance aux antibiotiques
 
Tout comme ils sont également censés permettre d’élargir ce concept à d’autres infections bactériennes dont les traitements sont mis en péril par la montée en puissance des cas de résistance aux antibiotiques.
 
De son côté, l'ONG Médecins sans frontières (MSF) et ses partenaires ont démarré dans la première semaine de ce mois de mars des essais clinique en Géorgie pour évaluer l’efficacité de nouveaux médicaments préparés pour lutter contre les formes les plus résistantes de la tuberculose.
 
Ces essais cliniques de phase III portent sur la bédaquiline et la délémanide que MSF présente comme les premiers médicaments anti-tuberculeux développés depuis 50 ans et qui consacrent un traitement plus court (9 mois), "sans injectables et moins toxiques".
 
"La bédaquiline et le délamanide représentent une opportunité unique de mettre au point de nouveaux traitements. Les deux médicaments ont montré des résultats très encourageants lorsqu’ils sont ajoutés aux traitements existants, mais il faut davantage de recherche pour exploiter tout leur potentiel", estime Francis Varaine, co-investigateur principal de l’essai clinique qui vient de démarrer en Géorgie.
 
Ces essais cliniques verront l’administration de ces nouveaux traitements à 750 patients dans six pays : Géorgie, Kazakhstan, Kirghizstan, Lesotho, Pérou et Afrique du Sud.
 
Cette opération s’inscrit dans le cadre du programme endTB (Expand new drug markets for TB) que MSF mène en partenariat avec Partners in Health, Interactive Research & Development et UNITAID, une organisation internationale d’achats de médicaments.
 
Accès au traitement
 
Au total, le projet endTB entend fournir un accès à un traitement incluant ces nouveaux médicaments anti-tuberculeux à environ 2 600 autres patients atteints de tuberculose multirésistante.
 
Disponibles depuis fin 2015 et soumis à d’autres test depuis lors dans de nombreux autres pays, la bédaquiline et le délamanide cristallisent les espoirs de la communauté scientifique face à cette maladie qui demeure un des principaux problèmes de santé publique à travers le monde.
 
Selon une note d’information de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) parue ce mois de mars, la tuberculose est l’une des dix premières causes de mortalité dans le monde et reste le premier facteur de mortalité chez les personnes séropositives avec 35% de décès dans leurs rangs dus à cette infection qui figure parmi les mladies opportunistes qui accompagnent le VIH.
 
En 2015, 10,4 millions de personnes ont contracté la tuberculose ; parmi lesquelles 480 000 individus qui souffrent de la forme multirésistante de la maladie. 1,8 million de ces patients en sont morts, avec plus de 95% des décès répertoriés dans les pays à revenus faibles ou intermédiaires.
 
L’inde, l’Indonésie, la Chine, le Nigeria, le Pakistan et l’Afrique du Sud sont les six pays les plus atteints, avec à eux seuls 60% des cas de maladie dans le monde.
 
Néanmoins, l’OMS estime que "le diagnostic et le traitement de la tuberculose ont permis de sauver 49 millions de vies entre 2000 et 2015".
 
Traitements longs
 
Mais, les traitements actuels sont longs, puisqu’ils durent six mois pour un traitement standard, selon l’OMS. Sauf que, pour ne rien arranger, des souches de bacilles de la tuberculose résistantes au traitement sont apparus, créant une tuberculose multirésistante et une tuberculose ultrarésistante.
 
Et d’après MSF, "les traitements actuels contre la tuberculose multirésistante sont longs (jusqu’à 24 mois), inefficaces (seulement 50% des patients guérissent) et entraînent de terribles effets secondaires, tels que des psychoses aiguës et la perte de l’ouïe."
 
L’organisation poursuit en disant que "les patients doivent subir des mois d’injections quotidiennes douloureuses et prendre jusqu’à 14 000 comprimés. De plus, le traitement est si cher, compliqué et long qu’il est difficile à mettre en œuvre dans de nombreux pays où la tuberculose résistante est la plus répandue."
 
Qu’à cela ne tienne, stopper l’épidémie de la tuberculose d’ici 2030 fait partie des cibles pour la santé indiquées dans les Objectifs du développement durable (ODD) adoptés en 2015.

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