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  • Analyse : le laboratoire de recherche d'IBM au Kenya n'est qu'un début

Pour Linda Nordling, le choix dIBM douvrir un laboratoire de recherche au Kenya nimplique pas que dautres pays puissent profiter de futurs investissements technologiques du secteur priv.

Les ambitions du Kenya de devenir le leader en Afrique en matire de technologies de linformation et de la communication (TIC) a reu un coup de pouce le mois dernier, avec lannonce par IBM du choix de Nairobi, la capitale du pays, pour son premier laboratoire de recherche sur le sol africain.

Ce choix, rendu public le 13 aot dernier, a t trs bien accueillie dans la capitale kenyane. Comme dautres pays africains, le Kenya compte sur le secteur priv pour gonfler ses dpenses nationales en matire de recherche et dveloppement (RD) et stimuler linnovation.

En accueillant le laboratoire, le Kenya rejoint des pays comme lAustralie, le Brsil, la Chine, lInde, lIrlande, Isral, le Japon, la Suisse ou les Etats-Unis, qui accueillent dautres units de recherche du gant de linformatique.

IBM Research Africa effectuera des recherches fondamentales et appliques dans des domaines comme le recours aux technologies modernes pour amliorer lefficacit du gouvernement, lutter contre la corruption ou grer les services urbains tels que leau et la gestion de la circulation automobile.

Le laboratoire servira lAfrique dans son ensemble, et hbergera des chercheurs dIBM aux cts dautres talents kenyans et africains, slectionns et soigneusement forms par le biais dun Programme scientifique rsident.

Pour Bitange Ndemo, secrtaire permanent auprs du ministre kenyan des TIC, sexprimant dans un communiqu, le laboratoire de recherche dIBM vient confirmer la prtention du Kenya dtre le leader africain en matire des TIC, et aidera le pays se transformer en une conomie axe sur le savoir.

Au-del du Kenya, la dcision signifie que dautres pays africains aux ambitions de leadership en matire de TIC devront rflchir la meilleure manire de raliser leurs aspirations technologiques.

Des avantages vidents

Pourquoi IBM a-t-elle donc choisi le Kenya ? Et bien, pour commencer, la socit est prsente dans le pays depuis plus de 50 ans. Nairobi est galement la capitale financire de lAfrique de lEst et les ports du Kenya en font une porte dentre pour le continent.

Le Kenya est galement en train de se forger une solide rputation en matire dinnovation dans les TIC. Le M-PESA, le systme bancaire en ligne du pays, est un exemple de russite souvent rpt.

Une porte-parole dIBM ma affirm que la facilit avec laquelle il est possible de faire des affaires au Kenya, associe lappui solide que le pays consacre linnovation, a t un facteur important dans la dcision.

Certains des autres aspirants au leadership en TIC en Afrique sont au contraire dus du choix fait par IBM.

Cela peut paratre trs sentimental, mais je pense que le choix aurait d se porter sur le Nigeria, regrette Omar Bindir, directeur gnral de lOffice national dacquisition et de promotion de la technologie du Nigeria.

Bindir nest pas le seul dplorer cette dcision. Business Day, un quotidien nigrian, a publi le 20 aot dernier un article salarmant du risque que le Nigeria soit laiss la trane dans les TIC, suite la dcision dIBM. [1]

Les partisans du Nigeria soutiennent quIBM aurait d choisir leur pays en raison de son march intrieur et de son systme universitaire, qui sont plus grands. Lensemble de lconomie du Kenya est de la mme taille que celle de Lagos, la capitale du Nigeria, expliquent-ils. Et la population du Nigeria - et donc son march intrieur est sept fois plus importante que celle du Kenya.

Mais le Nigeria compte aussi des aspects qui constituent un handicap. La scurit en est un, la corruption, un deuxime. Certes, ces phnomnes impactent aussi au Kenya, mais le Nigeria est plus frapp, selon les classements internationaux.

Sagissant des classements, un autre candidatse prsentait IBM : le Rwanda, pays aux dimensions bien plus modestes, ravag par la guerre, mais qui a travaill dur au cours de la dernire dcennie pour simposer comme un ple des TIC, en investissant massivement dans les infrastructures des TIC.

En dbut danne, lUniversit amricaine Carnegie Mellon a ainsi annonc quelle allait ouvrir dans la capitale Kigali un campus dlocalis, mettant laccent sur la formation en TIC.

Les travaux de construction dun parc technologique dans la capitale ont galement commenc au dbut 2012. Le dveloppement du Technople, financ par le gouvernement du Rwanda et la Banque africaine de dveloppement, est dailleurs conu prcisement pour attirer les investisseurs internationaux, comme IBM.

Et le Rwanda obtient de meilleurs rsultats que le Kenya et le Nigeria dans le Rapport sur la comptitivit mondiale, produit par le Forum conomique mondial. Le pays est mieux plac que le Kenya et le Nigeria selon lindice international de prparation aux rseaux, qui value le dveloppement numrique. Il tire galement profit du faible niveau de corruption.

Dans ce cas, pourquoi le choix dIBM ne sest-il pas port sur le Rwanda ? Si la taille imposante du march nigrian na pas suffi pour attirer les investissements de la socit dans la RD, la modestie du march du Rwanda a t un obstacle.

Si le Rwanda a beaucoup progress en matire de formation des personnes et de construction de rseaux de TIC, le pays part de trs loin, et na pas encore atteint un niveau o il peut concurrencer le Kenya sur ce type dinvestissements.

Toutefois, le prsident Paul Kagame se montre optimiste quant la capacit de son pays dattirer ce type dinvestissements lavenir. Je pense que nous allons bientt y arriver, a-t-il dit dans un tweet.

Avec la croissance des conomies africaines, les occasions futures pour le Rwanda et dautres pays de faire leurs preuves comme des acteurs cls de la technologie ne manqueront pas.

Les TIC ne sont quune industrie dans laquelle les entreprises internationales pourraient vouloir investir dans la capacit de recherche sur le sol africain. Lagriculture est un autre secteur en croissance, tout comme celui de la production nergtique. LAfrique a besoin de beaucoup dinvestissements technologiques, en plus des TIC.

Ainsi, si la gloire revient aujourdhui au Kenya, les dcideurs politiques au Nigeria, au Rwanda et dans dautres pays africains aux ambitions technologiques peuvent se rjouir du fait quen Afrique, la course aux investissements du secteur priv dans la RD nest pas termine. En ralit, elle ne fait que commencer.

Journalist Linda Nordling, based in Cape Town, South Africa, specialises in African science policy, education and development. She was the founding editor of Research Africa and writes for SciDev.Net, Nature and others.

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