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  • Analyse africaine : La science s'arrime aux réseaux sociaux

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Pour Linda Nordling, le boom de l'Internet mobile en Afrique pourrait révolutionner la façon dont les chercheurs, les scientifiques et le public interagissent.

Pour la majorité des africains, le mot 'twitter' n'évoque pas un moyen de communication. Mais à mesure qu'Internet devient plus accessible sur le continent, les médias sociaux, tels que le site de micro-blog Twitter et Facebook, gagnent en popularité.

Cette évolution ouvrira de nouvelles voies de communication entre chercheurs, décideurs et le public.

Mais on ne pourra en tirer un avantage que si toutes les parties acceptent de collaborer sur un même pied d'égalité -- et si les gouvernements africains saluent la liberté individuelle et l'ouverture qui sont le fondement de ces médias sociaux.

Une aubaine pour la science

L'utilisation d'Internet en Afrique est croissante. Près d'un africain sur dix a eu accès à la toile en 2010 -- contre un sur 200 il y a dix ans, selon l'Union internationale des Télécommunications (UIT) des Nations Unies.

La majorité des africains accèdent à Internet via leur téléphone portable. L'UIT signale que l'utilisation de l'Internet mobile a dépassé les connexions fixes en Afrique au cours du dernier trimestre de 2009.

Les opérateurs de téléphonie mobile se sont associés avec les sites de mise en réseau tels que Facebook pour offrir gratuitement l'accès aux données, qui d'ordinaire coûte cher. Ces stratégies de marketing se sont révélées payantes. L'an dernier, en effet, plus de 17 millions d'africains étaient sur Facebook, contre 10 millions en 2009.

Ce sont autant de bonnes nouvelles pour la science. Les médias sociaux constituent un excellent moyen de partage des opportunités de financement et des résultats de recherche. De nombreux scientifiques africains les utilisent pour rester en contact avec leurs amis et leurs collègues.

Facebook, Twitter et les blogs sont également d'excellents outils pour les relations publiques -- il n'est donc pas surprenant que bon nombre de pionniers de Twitter en Afrique soient des attachés de presse et des journalistes.

"J'utilise Twitter pour diffuser des informations, et la réaction est généralement assez bonne. Les gens commencent à retweetter, et chaque fois que je poste un article, nous faisons un grand nombre de nouveaux adeptes", explique Liz Ng'ang'a, consultante en communications auprès du Centre international sur la physiologie et l'écologie des insectes (ICIPE) à Nairobi, au Kenya.

L'ouverture de la politique scientifique

Par ailleurs, les médias sociaux représentent également une puissante arène pour débattre de la politique scientifique, particulièrement pour ceux qui autrement n'auraient pas leur mot à dire dans de tels débats.

La force des médias sociaux, en particulier Twitter, réside dans la création des règles de jeu équitables. Contrairement à l'e-mail, ce programme ouvre la possibilité de participer à des conversations à quiconque veut collaborer par leur canal, qu'il soit chercheur, décideur ou membre du public.

La capacité de Twitter de mettre en contact des personnes ayant des intérêts similaires a été démontrée lors de la période précédant les élections générales au Royaume-Uni l'an dernier. Les partisans des efforts du pays dans le domaine scientifique se sont rassemblés sous la bannière dénommée #scivote (le symbole # désignant un fil de conversation sur Twitter) pour faire pression pour que la science soit épargnée des coupes budgétaires.

"Cela prend un certain temps, mais une fois que l'attention des ministres et d'une communauté active a été éveillée, les médias sociaux peuvent être une formidable ressource pour les scientifiques et les journalistes scientifiques", explique Brian Owens, un journaliste spécialiste des politiques scientifiques, basé à Londres.

Un discours nouveau

Bien sûr, le succès de ces campagnes en Afrique dépend également de la participation au débat des personnes ayant le pouvoir de décision, tels que les hommes politiques et les fonctionnaires.

Cela nécessite un nouveau type d'interaction entre les décideurs et ceux pour qui travaillent – à savoir, le public. Les messages sur Twitter sont limités à 140 caractères, raison pour laquelle ils sont directs, brutaux et ne laissent aucun espace pour le protocole rigide qui tend à caractériser les réunions politiques africaines.

Cela pourrait être une pierre d'achoppement en Afrique. "J'ai des doutes en ce qui concerne les technocrates africains", dit Ng'ang'a. "Je ne sais pas s'ils pourront se détendre suffisamment alors qu'utiliser Twitter exige qu'ils abandonnent toute fonction qu'ils incarnent pour ne devenir qu'un 'tweep' [utilisateur de Twitter] parmi tant d'autres".

Pour Cecilia van der Merwe, une ingénieure qui travaille sur la candidature de l'Afrique du Sud d'accueillir le pôle où sera situé le radiotélescope le plus puissant au monde, "le réseautage social est encore un concept un peu étranger ici en Afrique et, à ma connaissance, les organismes politiques ont tendance à préférer des canaux de communication plus officiels".

Un 'twitterati' pour la politique scientifique africaine

Certains hommes politiques africains donnent pourtant l'exemple. Le président rwandais, Paul Kagame, communique avec son peuple sur Twitter. Le mois dernier, il a ainsi échangé avec un porte-parole de l'opposition sur les réductions des prêts aux étudiants universitaires.

Si davantage d'hommes politiques suivaient les traces de Paul Kagame, Twitter pourrait devenir le moyen de communication le plus direct entre les Africains et leurs dirigeants. Avec 45 pour cent de l'Afrique déjà couverts par des réseaux de téléphonie mobile GSM, les populations des zones rurales seraient en mesure d'y prendre part tout comme celles des villes.

Mais cela ne deviendra une réalité que si les gouvernements africains promeuvent cette technologie. D'aucuns craignent déjà que des restrictions puissent être imposée aux médias sociaux sur le continent en raison de leur rôle dans l'organisation des révolutions en Afrique du Nord.

Le mois dernier, le réseau de téléphonie mobile MTN au Cameroun a bloqué un service qui permet aux abonnés d'actualiser Twitter par SMS (service d'envoi de messages courts). Selon les fournisseurs du service, l'interdiction de dix jours a été décrétée sur instruction du gouvernement, prétextant des raisons de "sécurité nationale".

De tels rapports sont inquiétants, mais ne devraient pas décourager les journalistes, les décideurs, les chercheurs et le public d'explorer la façon dont les médias sociaux peuvent aider à rallier la population autour des sujets d'intérêt commun.

Ainsi, dans l'espoir de contribuer à l'emergence d'un 'twitterati' pour la politique scientifique en Afrique, cette rubrique sera tweetée avec l'étiquette #Afriscipolicy. Rejoignez-nous et participez à la discussion !

La journaliste Linda Nordling, spécialiste de la politique africaine pour la science, l'éducation et le développement travaille au Cap, en Afrique du Sud. Rédactrice en chef de Research Africa, elle collabore au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net) et collabore à des journaux comme The Guardian, Nature, etc.

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