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  • "Techfugees" : La technologie au service des réfugiés

Crédit image: SciDev.Net/Sophie Douce

Lecture rapide

  • L'Afrique bat le record du monde du nombre de réfugiés

  • La révolution du mobile ouvre des opportunités pour leur porter secours

  • Mais la plupart des ménages de réfugiés ne possèdent pas de smartphones

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La première édition du "Sommet international" de Techfugees réunissait les 25 et 26 octobre dernier à Paris  entrepreneurs, ingénieurs et réfugiés, pour réfléchir aux solutions innovantes de demain.
 
Le smartphone, qui ne nécessite qu’un accès à l'Internet, permettrait d’améliorer le quotidien et l’action humanitaire dans les camps sur le continent africain, première terre d’asile du monde.

L’objectif est donc de trouver des solutions technologiques pour venir en aide aux réfugiés. 

“Les téléphones portables sont des outils incroyables, ils offrent des réponses à grande échelle pour aider les déplacés.”

Mike Butcher
Fondateur de Techfugees

 
L’Agence des Nations-Unies pour les réfugiés (HCR) estime le nombre de personnes déracinées dans le monde à près de 65 millions en 2017, dont près de 22 millions de réfugiés.
 
Un chiffre sans précédent, expliqué par la persistance des conflits et des persécutions.
 
Première terre d’asile, l’Afrique bat le record du nombre de réfugiés dans le monde, avec quatre millions de déplacés.
 
Les populations fuient notamment la guerre en Somalie, au Sud-Soudan et en Centrafrique, la dictature en Erythrée ou encore les groupes terroristes au Nigéria ou au Mali.
 
Face à l’afflux des réfugiés, les conditions de vie dans les camps humanitaires, souvent surpeuplés, se révèlent parfois précaires.
 
"Les technologies pour améliorer le quotidien des réfugiés existent"
 
Il y a deux ans, face à ces images de flots de migrants quittant le continent africain pour l’Europe, Mike Butcher et quelques volontaires ont décidé de se mobiliser.
 
Le fondateur britannique de "Techfugees", contraction de "technologie" et de "réfugiés" en anglais, est alors persuadé que les nouveaux moyens numériques peuvent bénéficier aux plus fragiles : "Les téléphones portables sont des outils incroyables, ils offrent des réponses à grande échelle pour aider les déplacés", confie-t-il à SciDev.Net.
 
Lancée en 2015 sur Facebook, cette start-up sociale met en lien les entreprises "tech" et les ONG.
 
La directrice de l’entreprise, Joséphine Goube, explique que "Techfugees" anime une communauté mondiale d’ingénieurs, de designers et d'experts de la gestion et de l'analyse des données, pour sélectionner et accélérer des projets innovants."
 
"Les technologies pour améliorer le quotidien des réfugiés existent, mais il faut savoir utiliser la bonne technologie pour le bon usage", ajoute Mike Butcher.

Mike Butcher
Copyright SDN/S. Douce
Mike Butcher, le fondateur de Techfugees.
 
Pour cela, l’entreprise, qui compte maintenant près de 15.000 membres, a déjà organisé plus de 150 conférences et 30 hackathons, événements durant lesquels des développeurs se réunissent pour faire de la programmation informatique collaborative.
 
Peu à peu "Techfugees" prend de l’ampleur.
 
"Le Techfugees Global Summit est l'aboutissement de deux ans de travail sur le terrain et le sommet réunit notre réseau international autour d’un programme de conférences et d’ateliers pour répondre à l'un des plus grands défis du 21ème siècle", s’enthousiasme la Française Joséphine Goube.
 
Pendant deux jours, réfugiés, entrepreneurs, ingénieurs, investisseurs, ONG et représentants de gouvernement se sont donc rassemblés autour de tables-rondes, pour des ateliers et présentations de concepts.
 
Au total, 500 personnes de 35 nationalités, dont une cinquantaine de réfugiés ingénieurs et entrepreneurs, ont répondu à l’appel pour parler de solutions technologiques pour les déplacés : depuis leur départ à leur arrivée dans le pays d’accueil.
 
Le smartphone, "bouée de sauvetage" du réfugié
 
Moyen de communication avec la famille et les amis, transferts d’argent, outil de traduction et d’information, géolocalisation, le smartphone est la "bouée de secours" du réfugié.
 
"Quand nous étions sur le bateau en train de couler en Méditerranée, j’ai envoyé un message à un ami aux Etats-Unis sur WhatsApp. J’ai partagé ma localisation via l’appli. Grâce à cela, il a pu appeler les garde-côtes qui sont venus nous porter secours. 66 personnes ont pu être sauvées", témoigne devant l’audience de "Techfugees" le réfugié syrien Hassan Akkad, réalisateur du documentaire "Exodus" dans lequel il raconte son périple pour l’Europe.
 
"La connectivité mobile est aussi importante qu’un abri pour ces personnes. Elle permet de les connecter à leur famille, aux services et aux secours", explique Jenny Casswell, en charge du programme de gestion de crises et des catastrophes à l’association GSMA - GSM Association -, regroupant 800 opérateurs mobiles dans le monde.
 
Elle rapporte les résultats de l’étude, publiée en mars 2017, menée par GSMA dans plusieurs camps de déplacés en Afrique de l’Est.
 
Et notamment dans celui de Nyarugusu, dans le nord de la Tanzanie, qui accueille près de 130.000 ressortissants de République démocratique du Congo et du Burundi.
 
La jeune chercheuse rapporte plusieurs témoignages de réfugiés sur l’usage de leur mobile.
 
Dans le rapport de GSMA, une jeune femme congolaise raconte : "J’aime passer des appels vidéo. Je n’ai pas vu ma famille depuis deux ans ; quand on utilise la vidéo, je me sens plus proche d’eux."
 
Pour une étudiante burundaise de 21 ans, son smartphone lui permet d’étudier : "J’aimerais devenir médecin en chirurgie. J’utilise mon téléphone pour rechercher des informations sur le sujet et pour mes devoirs."
 
Pour cet autre habitant du camp, un entrepreneur congolais, son téléphone lui permet de gérer son commerce à distance : "Les gens me paient via leur mobile. Je peux aussi passer des appels et faire des transferts d’argent pour acheter des produits pour mon magasin, cela coûte moins cher et c’est plus rapide."
 
Dans un rapport publié en septembre 2016, intitulé "Réfugiés connectés : Comment l’Internet et la connectivité mobile peuvent améliorer le bien-être des réfugiés et transformer l’action humanitaire", le HCR démontrait déjà l’importance de ces nouveaux outils, comme moyen de contact et d'accès à l’information.
 
Pourtant, selon l’organisation onusienne, 29 % des ménages de réfugiés ne possèdent toujours pas de téléphone.
 
Chatbots, e-learning, apps : des outils innovants pour l’intégration
 
Tout au long de ces deux jours, en marge des différentes conférences, 42 start-ups, sélectionnées par Techfugees, ont "pitché" leur projet face à un public d’entrepreneurs et d’investisseurs.
 
"Au moment de la crise des réfugiés, il y a deux ans, j’ai réalisé que beaucoup de ces déplacés ne pouvaient pas communiquer avec les autorités, à cause de la langue, et que souvent les agences d’interprètes n’étaient pas assez efficaces et transparentes. Alors avec des amis, nous avons eu l’idée de créer une plateforme qui connecte directement les interprètes avec les réfugiés et les ONG", raconte Rodney Boot, fondateur de la start-up Tikktalk, basée en Norvège.

Conscients que la langue peut être une barrière de taille à l’intégration des déplacés, plusieurs entrepreneurs ont choisi de développer des solutions pour faciliter l’accès à l’éducation.
 
La start-up italienne "All Industries", par exemple, a créé un chatbot, un robot de conversation, permettant d’apprendre la culture et la langue du pays d'accueil.
 
Au Royaume-Uni, "Paper Airplanes" fournit des cours personnalisés et gratuits par Skype.
 
Pour favoriser l’insertion professionnelle des réfugiés, la plateforme d’e-learning "Konexio" dispense des cours d’informatique et de code en ligne, à Paris.
 
Pour Mirko Plitt, le directeur de la technologie de "Traducteurs sans frontières", une association fournissant un service bénévole de traduction et d’interprétariat aux organisations humanitaires, ces nouvelles technologies sont inspirantes : "Les humanitaires et les ONG ont beaucoup à apprendre de la communauté tech. Nous pouvons tirer profit de leurs idées innovantes et de leurs connaissances techniques", reconnaît-il. 
 
Au HCR, par exemple, les nouvelles technologies constituent des pistes de recherche et d’expérimentation privilégiées pour répondre aux besoins des réfugiés dans plusieurs camps en Afrique.
 
Au Kenya, à Kakuma, les équipes viennent de développer "iMonitor", une nouvelle application permettant aux résidents du camp de rapporter un problème ou une panne, grâce à leur smartphone et à leurs données GPS aux humanitaires, qui peuvent ainsi intervenir plus rapidement.


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