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  • Les premiers résultats de la surveillance du Soudan par satellites

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Les premières images satellitaires du Soudan visant à prévenir et à surveiller les violations des droits de lʹhomme lors du récent référendum viennent dʹêtre publiées.

Le Projet Satellite Sentinel a été lancé juste avant que le Sud Soudan vote sur sa séparation du Nord (9–15 janvier). En louant la capacité dʹun satellite, lʹassociation pour les droits de lʹhomme Not On Our Watch a pu photographier le sol en espérant dissuader et surveiller tout conflit armé.

En sʹexprimant à la suite de la publication des données, Steve Wood, vice-président de DigitalGlobe, une entreprise dʹimagerie satellitaire basée aux États-Unis qui a fourni les images, a déclaré à SciDev.Net que lʹéchelle géographique et la quantité dʹimages ayant été collectées et rendues publiques étaient sans précédent.

"Environ 750 000 kilomètres carrés ont été photographiés pendant 30 jours", a-t-il déclaré.

Les images et les analyses, publiées le mois dernier (27 janvier), ont révélé que des unités de la taille dʹune compagnie des forces armées du Soudan, équipées de blindés et dʹartillerie légère, avaient été déployées dans le Sud Kordofan, autour de la région contestée dʹAbiyé, produisant du pétrole, ainsi que dans dʹautres zones stratégiques le long de la frontière volatile entre le Nord et le sud.

Toutefois, aucune preuve dʹune avancée de lʹarmée nʹa été trouvée.

"Aucun acteur de ce conflit ne se prépare pour une avancée imminente des troupes", a déclaré Jonathan Hutson, Directeur de la communication pour le Projet Enough, qui collabore avec le présent projet.

S. Wood a reconnu quʹil était impossible de dire si le Satellite Sentinel avait contribué à lʹabsence de conflit jusque-là mais il a, selon lui, aidé à stabiliser la situation et à réduire les tensions.

Le projet nʹa saisi aucun des conflits à petite échelle ni des violences ayant été rapportés par les médias au cours du mois qui vient de sʹécouler. J. Hutson a cependant déclaré à SciDev.Net que le projet se focalisait sur la détection de mouvements à grande échelle de lʹarmée et sur les atrocités telles que la destruction de villages par des incendies.

Nathaniel Raymond, Directrice des opérations pour la documentation sur les droits de lʹhomme à lʹUniversité Harvard, a indiqué que les zones dʹaffrontements à petite échelle pouvaient désormais être examinées avec plus dʹattention. Elle a cependant signalé que lʹimagerie satellitaire avait une résolution limitée.

Selon Susan Wolfinbarger, une des principales associées du programme à lʹAmerican Association for the Advancement of Science travaillant sur Eyes On Darfur, une initiative pour les droits de lʹhomme qui utilise lʹimagerie satellitaire pour surveiller les atrocités au Darfour, des projets à grande échelle de ce type, sont susceptibles de convenir pour surveiller de grands évènements prévisibles, tels que le référendum au Soudan.

Dʹaprès elle, la principale limite à laquelle les projets de ce genre, grands ou petits, se heurtent, est le manque de compréhension une fois quʹon dispose des données. Sans rapports indiquant les zones sur lesquelles concentrer les efforts, le coût dʹachat de lʹimagerie, à savoir entre 10 et 25 dollars américains (entre 7 et 19 euros) par kilomètre carré, peut "rapidement devenir incontrôlable", a-t-elle déclaré.

Toutefois, les entreprises commerciales dʹimagerie digitale prennent actuellement la bonne direction, a déclaré S. Wolfinbarger, en citant DigitalGlobe ainsi que la GeoEye Foundation, une autre entreprise états-unienne qui permet aux organisations non gouvernementales dʹaccéder gratuitement aux images pour des motifs tels quʹune réaction à une catastrophe.

Le Projet Satellite Sentinel a été créé par le célèbre acteur George Clooney et financé à lʹaide de 750 000 dollars américains (569 000 euros) apportés par Not On Our Watch, une association qui a rassemblé les entreprises privées, les universités et le secteur caritatif en un temps record pour accroître la mobilisation et mettre en place la surveillance satellitaire presque en temps réel.

S. Wood a déclaré que lʹimagerie commerciale nʹavait encore jamais été mise à disposition gratuitement aussi rapidement, en ajoutant que le fait dʹavoir une célébrité internationale avait contribué à la vitesse à laquelle le projet a été mis sur pied.

"Ce quʹil y a de révolutionnaire dans notre appli [application] nʹest pas la nouvelle technologie, cʹest le fait que nous développons un nouveau model de collaboration", a-t-il déclaré.

Dʹaprès S. Wood, il nʹest pas prévu que ce projet soit étendu, pourtant les troubles récents en Égypte et en Tunisie auraient été de bons candidats pour des projets similaires.

J. Hutson a déclaré que ce projet avait montré quʹil était possible de réagir de manière plus efficace aux catastrophes, aux épidémies mais aussi aux questions environnementales. "Nous essayons de prévenir la guerre avant quʹelle ne se déclenche… cʹest la première plateforme de ressources libres au monde pour mener à la paix", a-t-il déclaré.

Les chercheurs de lʹUniversité Harvard, aux États-Unis, procèderont à une évaluation du projet avant la fin de lʹannée.

 

Lien vers une vidéo de George Clooney au Sud Soudan (en anglais)

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