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Agriculture: Axer les conseils en technologie sur les personnes

Crédit image: Gates Foundation

Lecture rapide

  • Des vidéos adaptées au contexte local peuvent vulgariser les innovations agricoles auprès des petits exploitants

  • Les vidéos de Digital Green ont été visionnées dans plus de 150 000 ménages dans trois pays

  • En assurer le succès est une question de partenariats, plus que de technologie

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Pour Rikin Gandhi, de l’organisation Digital Green, il est possible de conseiller les agriculteurs avec des vidéos, à condition que les conseils soient localement pertinents et s’inscrivent dans le cadre d’un partenariat.

Gauravva Channappa Morabad est une ouvrière agricole vivant à Kamplikoppa, un village situé dans le district de Dharwad, dans l’Etat de Karnataka, en Inde.

Elle fait partie d'un groupe d'entraide pour les femmes, appelé Shri Kariyamma Devi.

Morabad a assisté à chacune des 50 réunions que le groupe a organisées pour projeter des vidéos de formation en agriculture.

Dans sa ferme d'une superficie de un hectare, elle a appliqué bon nombre de pratiques relatives à l'agriculture et à l'élevage dont ces films ont fait la démonstration.
 
Un exemple des pratiques enseignées dans ces vidéos : la production à faible coût du vermi-compost (un compost produit à partir des vers) pouvant être récolté tous les 90 jours. En six mois, Morabad en a ainsi obtenu 1700 kg qu’elle a vendu pour un prix d’environ US$ 75.

Les nouvelles méthodes de production se sont donc avérées moins chères que le compost qu'elle produisait avant, les récoltes étaient plus fréquentes, et elle en disposait en quantité suffisante pour en vendre.
 
Les vidéos présentant des pratiques agricoles et de subsistance améliorées et durables sont produites par des communautés rurales et des organisations locales qui travaillent en association avec Digital Green.

Elles apportent un soutien vital aux petits exploitants agricoles dans les communautés rurales, que les politiques gouvernementales ont tendance à négliger. Le projet montre à quel point les partenariats sont importants pour la réussite d’une intervention fondée sur la technologie.

 
Ignorés du grand public

 
En Inde, comme dans d'autres pays en développement, l'amélioration de la nutrition et de la santé dépend en grande partie de l’adoption par les communautés locales de pratiques et de comportements pertinents.

Pourtant les conseils fondés sur les preuves restent inaccessibles pour la plupart des petits exploitants agricoles, en raison de la portée limitée des systèmes de vulgarisation, et du fait que les émissions peuvent vite ne plus être à jour.
 
Ainsi, les pratiques agricoles sont largement influencées par la tradition qui prévaut et la sagesse collective des agriculteurs, ce qui ne permet pas nécessairement une productivité et une gestion optimales des ressources.
 
A titre d’exemple, les investissements publics dans l'agriculture indienne ont baissé au cours des dernières décennies.

Une partie de cette baisse a été compensée par le secteur privé, mais les investissements privés ont tendance à se concentrer sur des exploitations relativement grandes, mécanisées, ignorant donc la nécessité de diffuser des innovations agricoles à faible coût.
 
L'organisation que je dirige, à savoir, Digital Green, cherche à combler cette lacune en combinant un processus d'engagement participatif avec la production et puis la projection de vidéos de formation.

Des médiateurs au niveau des villages -- formés par l'organisation, par ses ONG partenaires et par les agences gouvernementales qui travaillent déjà avec les communautés rurales -- produisent et diffusent des vidéos sur des pratiques agronomiques et de subsistance jugées pertinentes au niveau local, dans le but de motiver et d'éduquer les membres de la communauté.
 
Les médiateurs, en somme, produisent des vidéos faites par les agriculteurs, sur les agriculteurs et pour les agriculteurs.
 
Jusqu'à présent, notre réseau de partenaires et de communautés ont ainsi produit environ 2 600 vidéos distinctes, en 20 langues différentes.

Celles-ci sont partagées sur une base hebdomadaire entre petits groupes d'agriculteurs, pour la plupart des groupes d'entraide de femmes, en utilisant des projecteurs portables, fonctionnant sur piles, qui se sont avérés durables, faciles à utiliser et adaptés à des environnements différents.

 
L’essentiel, c’est l’échelle locale

 
Nous adaptons les vidéos aux besoins locaux, et elles sont toujours disponibles en langue locale.

Elles couvrent des questions allant des programmes d'épargne et de crédit aux pratiques agronomiques, en passant par le regroupement et les liens avec le marché.
 
Un facilitateur, choisi dans la communauté et formé par Digital Green, par son ONG partenaire ou par une agence gouvernementale, anime une discussion suite à la projection de la vidéo.

Nous évaluons par la suite l'adoption des techniques montrées, en effectuant des visites de vérification régulières – ce qui permet par ailleurs de générer des un retour sur les pratiques, que nous pouvons intégrer dans la production et la distribution de vidéos futures.
 

Des études pilotes ont montré que cette approche était, en comparaison au travail de vulgarisation agricole conventionnel, au moins 10 fois plus économique (sur une base de coût par adoption) et sept fois plus susceptible d'aboutir à l’adoption de nouvelles pratiques par les agriculteurs. [1]
 
Les premières questions que les agriculteurs posent souvent lors des projections sont du type : "Quel est le nom de l'agriculteur/agricultrice qu’on voit dans la vidéo ?" ou "De quel village est-il/elle ?"

Certains agriculteurs adopteront des pratiques afin d’être considérés dans leurs communautés comme des modèles de bon comportement.
 
Le simple fait de montrer un seau en plastique dans une vidéo peut par exemple soulever des questions quant au prix du seau et à l’endroit où il peut être acheté, et certains membres de la communauté pourront contribuer à obtenir des réponses à ces interrogations.

 
La mise à l’échelle

 
A l’origine, Digital Green n’était qu’un simple projet de Microsoft Research Inde en 2006, et depuis 2008 s’est muée en une organisation indépendante à but non lucratif.

Elle a depuis développé son approche dans trois pays, atteignant plus de 2 000 villages et plus de 150 000 ménages agricoles en Inde, au Ghana et en Éthiopie.
 
Cette approche participative à la production de vidéos et à l’arbitrage de leur diffusion peut s’appliquer à n'importe quel autre secteur -- Digital Green étend déjà ses activités à la santé et à la nutrition.
 
Nous cherchons également à structurer les vidéos pour en faire des cours libres en ligne qui pourraient potentiellement former et certifier nos intermédiaires.
 
L'extension du service à ce rythme n'aurait pas été possible sans la base que nos partenaires ont fournie en nouant des rapports avec les communautés.

Leur travail a permis de mobiliser de petits groupes d'agriculteurs ; d’engager une équipe de formateurs à la base ; de combiner les recherches structurée et informelle pour élaborer des programmes et des pratiques pertinents au niveau local ; et d’établir des liens avec des produits et des services de soutien comme les banques et les programmes gouvernementaux.

 
Les personnes, et non des pixels

 
La technologie à elle seule ne suffit pas - elle ne sert qu’à magnifier l'intention et la capacité humaines : l’amélioration de l'efficacité et l’élargissement de la participation des communautés.

Les infrastructures physiques, les institutions politiques et le financement sont également nécessaires.
 
Mais le facteur déterminant est le capital humain et un partenariat efficace avec le gouvernement, les ONG et les organismes du secteur privé qui collaborent avec les communautés rurales.
 
Ce n’est que quand ces éléments sont en place qu’une vidéo peut susciter la curiosité des agriculteurs pour qu’ils prennent un pas en vue d'améliorer leur vie et de celle de leur entourage.
 
Rikin Gandhi est le PDG de Digital Green, organisation qu’il a co-fondé comme projet de recherche de Microsoft Research India sur la Technologie pour les marchés émergents. Il peut être contacté à l’adresse suivante : [email protected]

Références

[1] Information Technologies and International Development  5, 1 (2009)
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