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Donner aux jeunes les moyens de résorber la faim
  • Donner aux jeunes les moyens de résorber la faim

Crédit image: USAID

Lecture rapide

  • Des outils tels que les technologies OGM sont disponibles pour soutenir l'innovation

  • De nombreux obstacles tels que le manque d'infrastructures en milieu rural et la formation restent à surmonter

  • Encourager les jeunes à s’intéresser à l'agriculture est crucial pour le développement économique au sens large

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[Nairobi] Selon Calestous Juma, expert en développement de renommée mondiale, les jeunes sont la clé d'innovations qui pourraient aider à nourrir des milliards de personnes dans les décennies à venir.
 
"Les jeunes d'aujourd'hui ont accès à de nouveaux types de connaissances dont leurs parents ne jouissaient pas, à l’instar des données génomiques et géo-spatiales. L'enjeu consiste à rechercher ces connaissances, en les adaptant aux conditions locales et à les utiliser pour résoudre les problèmes existants", a déclaré Calestous Juma, dans un entretien avec SciDev.Net, en marge d’une cérémonie d’attribution de diplôme de doctorat à titre honorifique, à Montreal, le 3 juin.
 
Calestous Juma a en outre fait un plaidoyer en faveur de l’innovation en agriculture.
 
"En outre, parallèlement, le coût de l'accès aux nouvelles technologies est en baisse, en raison des progrès dans les technologies de l'information et des communications. Et les connaissances requises pour le décollage de l'Afrique sont déjà disponibles", ajoute Calestous Juma, qui est professeur de développement international au Centre Belfer pour la Science et les Relations Internationales, de l'université Harvard, aux Etats-Unis.
 
A l’appui de sa thèse, le chercheur cite les recherches en biotechnologie, qui connaissent une certaine avancée dans des pays comme l’Ouganda.

Ce pays travaille sur un projet de banane génétiquement modifiée avec comme objectif de contrôler une maladie de la flétrissure affectant certaines espèces végétales. Selon Calestous Juma, ces initiatives sont à saluer, même si seulement quelques pays africains ont adopté les technologies OGM et si l’Afrique dispose d’institutions faibles en matière d’innovation agricole
 
Ce qui est encourageant, a poursuivi le chercheur, c’est le nombre croissant de chefs d'Etat africains soutenant de tels travaux.

“Les connaissances requises pour le décollage de l'Afrique sont déjà disponibles.”

Calestous Juma, professeur à l'Université de Harvard


Il y a aussi un intérêt croissant du secteur privé pour l'agriculture africaine - Calestous Juma note l'engagement du consortium Grow Africa à investir 3,5 milliards de dollars (environ 1800 milliards de Francs CFA) dans l'agriculture africaine.

L’un des défis les plus pressants, c'est l’investissement dans les infrastructures rurales - l'énergie, le transport, l'irrigation et les télécommunications -, faute de quoi, "il ne sera pas possible de faire un usage efficace des semences, indépendamment du fait que la production est effectuée de manière conventionnelle ou par modification génétique."
 
Compléter les investissements et l’engagement politique avec le soutien technique est un autre défi. Cela suppose de rassembler les universités africaines et celles d’autres pays, pour soutenir la formation technique, explique-t-il.
 
Les pays africains doivent également associer l’enseignement et la recherche, dans la mesure où ces deux domaines sont présentement dissociés dans les universités et instituts de recherche.
 
Calestous Juma propose également la construction d'écoles dans les fermes pour aider à moderniser les aptitudes des agriculteurs et d'autres personnes travaillant dans l'industrie agroalimentaire.
 
"Toutes les options technologiques, y compris les cultures génétiquement modifiées et l'agriculture biologique, devraient être mises à la disposition des agriculteurs, pour leur permettre de faire leurs propres choix. Il y a un besoin de débats fondés sur des preuves plutôt que le dogme et les théories du complot."
 
"C'est la carte mère sur laquelle de nombreux autres processus économiques peuvent être construits. Le développement industriel, par exemple, peut être construit sur la valeur ajoutée à la production agricole."

La recherche et le développement agricoles sont d’autant plus urgents que l'Afrique cherche à concevoir des systèmes agricoles qui répondent aux besoins du changement climatique, a-t-il ajouté.

Selon le chercheur, la recherche doit également être directement reliée à la formation ou à des programmes éducatifs afin que les étudiants puissent servir d’agents de vulgarisation et d’agents du changement, lorsqu'ils obtiennent leur diplôme.
 
Nancy Karanja, écologiste du sol à l'Université de Nairobi, au Kenya, est du même avis que Calestous Juma.

Elle soutient qu’il y a un grand besoin d'investissements dans les infrastructures rurales, pour attirer les jeunes gens vers le secteur agricole.
 
"Si vous souhaitez voir les jeunes s’intéresser à l’agriculture et aux innovations, vous devez investir dans les infrastructures telles que les routes et l’énergie. Cela permettrait également de stopper l’exode rural", soutient Nancy Karanja.
 
Les pays africains, conclut-elle, devraient avoir des plans nationaux de recherche stratégique en agriculture, suivis par toutes les universités et institutions de recherche, pour éviter de travailler dans l'isolement et éviter la dispersion des ressources.

Cet article a été rédigé par la rédaction africaine de SciDev.Net.

Références

Lien vers la transcription du discours de Juma
Lien vers la vidéo du discours de Calestous Juma
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