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  • Un ambitieux projet énergétique dans le désert sous la menace

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[BERLIN] Un ambitieux projet d'énergie renouvelable, qui projette de produire de l'électricité en exploitant l'ensoleillement et le vent dans le désert au Proche-Orient et en Afrique du Nord, rencontrerait des difficultés après avoir perdu le soutien de gouvernements et de partenaires industriels, selon des sources proches du dossier.

L'objectif de l'initiative DESERTEC, basée à Munich, est de produire de l'électricité durable depuis des sites riches en énergie renouvelable, afin de répondre aux besoins énergétiques de la région et de l'Europe.

Mais au cours des trois dernières semaines, le projet a vu deux de ses plus importants partenaires industriels se retirer, et certains gouvernements clés s'en désintéressent. C'est ce qu'ont affirmé certains experts lors de la 3ème Conférence de l'initiative industrielle Desertec (Dii) sur l'énergie du désert 2012, organisée à Berlin, en Allemagne, du 7 au 9 novembre dernier.

Deux multinationales allemandes d'ingénierie et d'électronique, Bosch et Siemens, affirment s'être retirées en raison des conditions économiques. Dans le même temps, le gouvernement du pays se montre moins enthousiaste à la suite du printemps arabe et de l'instabilité politique persistante dans la région.

L'absence de représentants de la Ligue arabe et des ministres européens lors de la réunion de Dii fut remarquée. Si Guido Westerwelle, le ministre fédéral allemand des affaires étrangères et Philippe Rösler, le ministre de l'économie et de la technologie étaient invités à y donner des discours, aucun des deux n'a pris part à la réunion. Rösler a même confié au quotidien allemand NeueOsnabrückerZeitung vouloir "mettre les gens en garde contre une euphorie excessive" à propos de Dii.

"L'une des principales causes des doutes croissants autour de l'avenir de Dii est la situation politique instable dans la région MENA [Moyen-Orient et Afrique du Nord] à la suite du printemps arabe", explique Mouldi Miled, co-fondateur de la Fondation DESERTEC, et directeur exécutif du Réseau universitaire de DESERTEC.

Pour Santiago Seage, président de la société d'énergie solaire Abengoa Solar, "le passage de la présentation [d'exposés] Powerpoint à la mise en place de centrales électriques est particulièrement difficile. Il nous manque la volonté de l'Europe de prendre des initiatives dans le projet".

Miled se dit inquiet à l'idée que les pays arabes soient obligés de compter sur eux-mêmes pour réaliser le projet, si Dii continue à perdre le soutien de ses partenaires européens.

Pourtant, le projet a déjà essuyé les critiquespour avoir négligé les besoins des communautés de la région MENA. Certains affirment même que les pays de la région se désintéressent du projet. L'initiative a par ailleurs été attaquée pour son absence de transparence et pour ne pas avoir encouragé une approche ouverte et participative des investissements dans la région.

Pour Hassan Salem, professeur adjoint de génie à l'Université Ain Shams, au Caire, en Egypte, il est clair que l'Egypte et la Libye ne soutiennent plus l'initiative, car pratiquement aucun membre du gouvernement ou scientifique des deux pays n'a été invité à participer à la conférence.

"La situation politique instable après les révolutions est devenue un énorme obstacle pour le Dii," souligne-t-il.

Pendant cinq ans, le projet DESERTEC s'est montré prometteur, et pour un coût estimatif de € 400 milliards, capable de transporter par canalisation de l'énergie solaire et éolienne renouvelable depuis le Sahara jusqu'aux pays européens à travers un réseau méditerranéen. Mais jusqu'à ce jour, les progrès sur le terrain sont minces, et le projet reste embourbé dans des négociations politiques. Presque tous les orateurs lors de la conférence ont insisté sur la nécessité d'accélérer le dialogue politique.

Si l'intérêt des gouvernements semble diminuer, Salem affirme qu'il était "évident, lors de la conférence, que les hommes d'affaires restent très enthousiastes".

Paddy Padmanathan, président et directeur général de Acwa Power International, une société saoudienne de projets hydraulique et énergétique, se montre très optimiste. "L'énergie renouvelable est à un stade vraiment précoce, il est donc naturel qu'elle soit fragmentée," explique-t-il. "Je suis très optimiste : qu'un pays importe [de l'énergie], comme la Jordanie ou qu'il en exporte, comme l'Arabie saoudite, il sera impliqué". THIS STRIKES ME AS THE WRONG WAY ROUND, SURELY SAUDI EXPORTS ENERGY AND JORDAN IMPORTS ! I HAVE CHANGED BUT CHECK THE ENGLISH VERSION!

Malgré les difficultés politiques, Dii va bientôt mettre en œuvre un premier projet au Maroc (la fin de la première phase est prévue pour 2014) dirigé par la société d'énergie renouvelable RWE Innogy, pour un coût qui pourrait atteindre les US$ 800 millions.

Le directeur général de DESERTEC, Paul van Son, a minimisé l'impact du désistement des partenaires industriels clés : "les entreprises qui nous soutiennent sont au nombre de 57 ; si l'une d'elles se retire, ce ne sera pas un problème".

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