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  • L'Afrique doit se préparer pour un vaccin contre le paludisme

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Pour Tom Egwang, les pays africains doivent consacrer dès aujourd'hui des moyens financiers à la production de vaccins contre le paludisme et recruter des gestionnaires du secteur privé pour diriger les programmes de contrôle.

Le paludisme a gâché la vie de millions de personnes et a entravé le développement socio-économique  de tout le continent africain. Tout le monde attend  avec impatience la mise au point d'un vaccin qui permettra d'endiguer  les flots de victimes et mettre un terme à cette longue attente, qui devrait bientôt prendre fin grâce aux progrès notables  en matière d'essais cliniques. L'Afrique doit se préparer dès maintenant.

Les systèmes de santé publique en Afrique sont confrontés à une insuffisance de financement, à une mauvaise planification, à une inadéquation des infrastructures et à des problèmes logistiques. Ces contraintes entravent l'efficacité des programmes de lutte contre le paludisme et d'autres maladies.

Prenons l' exemple  du district d'Apac, au nord de l'Ouganda. Au cours du mois d'août 2007, plus de 1500 personnes par jour y ont contracté le paludisme. Pourtant, des tonnes de polythérapies à base d'artémisinine (PBA – le seul médicament efficace contre le paludisme chimio-résistant)  pourrissaient dans les magasins de fournitures médicales  du pays, loin des infrastructures sanitaires publiques de cette région.

Les problèmes sont  vastes. En effet, les enfants africains continuent à mourir de la rougeole alors qu'un vaccin efficace contre cette maladie existe. De nombreux parents rechignent encore à accepter le vaccin contre la poliomyélite pour leurs progénitures. Par ailleurs, la majorité des enfants vulnérables dans les régions d'Afrique où le paludisme fait des ravages continuent à ne pas dormir sous des moustiquaires imbibées d'insecticide, alors même que l'on sait que ces vaccins et ces moustiquaires peuvent sauver des vies.

Le vaccin contre le paludisme subira-t-il le même sort que les ¨PBA', les moustiquaires, et les vaccins contre la rougeole et la poliomyélite – qui ont été validés après des années de recherche et de développement, sont disponibles dans le secteur public ou privé, mais  ne parviennent pas à atteindre les populations ciblées ?

L'argent constitue le premier souci. Le Fonds mondial, l'UE, la Banque mondiale, l'USAID et un groupe d'autres organisations financent jusqu'à 50% des budgets de santé africains. Cependant, l'économie mondiale  se trouvant  à la veille d'une récession, il est peu probable que les fonds des donateurs augmentent pour répondre au développement de nouveaux vaccins contre le paludisme.  Ce programme se retrouvera probablement en concurrence avec tout ce qui est fait à l'heure actuelle pour le même niveau de ressources., Ce serait une  erreur tragique de négliger certains  moyens de lutte, tels que les moustiquaires, au profit des vaccins contre le paludisme.

Les effets des vaccinations  faiblissent, les finances déclinent

Le Programme élargi de vaccination (PEV) de l'OMS livre des vaccins pour les enfants  sur tout le continent africain. Mais les vaccins tels que le BCG (contre la tuberculose), le vaccin anti poliomyélitique, le DCT (vaccin antidiphtérique, anticoquelucheux et antitétanique), et le vaccin contre la rougeole ont  atteint leur apogée au cours des années 1980. Les progrès ont depuis lors  reculé. Ainsi, au cours de l'année 2000, moins de 50% des enfants  de l' Afrique sub-saharienne ont reçu leur troisième dose requise de DCT.

Le problème  réside dans le fait, que de nombreuses communautés  africaines n'ont pas accès aux PEV  en raison de leur éloignement géographique et de la pauvreté.  En stockant des médicaments  qui ne nécessitent pas d'être conservés au froid, les magasins privés de vente de médicaments peuvent prendre le relais  et diffuser les produits disponibles dans les villages reculés.  Cependant, le secteur privé en Afrique n'est pas encore prêt pour les vaccins.

Par ailleurs, l'acceptation par le public d'un nouveau vaccin contre le paludisme ne doit pas être considérée comme acquise. Un vaccin contre le paludisme sera probablement basé sur un gène hybride recombiné. Or, on assiste encore à un rejet  violent et à la limite de l'hystérie  de toute chose considérée comme génétiquement modifiée en Afrique.

Etre prêt dès aujourd'hui

Un ou deux vaccins contre le paludisme pourraient bientôt être disponibles pour les essais de phase III. En supposant que  ces derniers soient concluants, leur autorisation de mise sur le marché et leur passage à la phase de production pourraient prendre 4 à 6 ans. Au cours de cette période d'attente, chaque pays doit se tenir prêt à les acheter. 

Les pays devraient chaque année mettre de côté des moyens financiers  importants, provenant des recettes fiscales,  sous forme d'une réserve  qui sera utilisée pour acquérir le vaccin contre le paludisme. Ces réserves doivent avoir la priorité sur les dépenses militaires. La paix, et non la guerre, devrait devenir une importante stratégie politique de lutte contre le paludisme au niveau national.

Ces réserves devraient assurer  au pays la capacité à acheter et à livrer suffisamment de doses du vaccin agréé contre le paludisme pour protéger tous les enfants de moins de cinq ans et toutes les femmes  enceintes de leur premier enfant. Les gouvernements devraient inciter les sociétés privées à s'engager dans la distribution des vaccins contre le paludisme. Ces sociétés pourraient  ainsi les distribuer dans les régions  où les PEV ne sont pas diffusés.

Les gouvernements doivent également encourager une  campagne sociale de commercialisation sérieuse et enthousiaste, afin  d'accroître et  de promouvoir, au sein de la population, l'acceptation et l'intérêt pour les vaccins contre le paludisme

Fonctionner comme des entreprises

Surtout, les programmes de lutte contre le paludisme doivent être  retravaillés et gérés comme des entreprises par une nouvelle génération de managers : des présidents directeurs généraux (PDG) comme ceux qu'on trouve dans les sociétés. Nul besoin qu'ils soient docteurs ou scientifiques – au contraire, ils doivent avoir de solides compétences en matière de gestion et d'encadrement, et avoir également de solides  réussites dans leur parcours professionnel. Corporate Africa compte de nombreuses sociétés de premier ordre dirigées par de brillants PDG. Le défi à relever consisterait à les attirer et à les retenir dans  l'industrie des médicaments.

Ces programmes repensés  devront être centrés sur les malades, orientés vers des objectifs spécifiques de santé publique  quantifiables et réalisables,  répondre à un calendrier des activités précis, et être audités chaque année. Les PDG  devront être récompensés  par des primes ou être remerciés, en fonction de leurs bilans.

Ceci est un  avertissement  pour les ministres africains de la santé, les directeurs des programmes de lutte contre le paludisme, les experts du paludisme, les décideurs, les spécialistes en sciences sociales et leurs experts en marketing social. L'Afrique n'est pas encore prête à accueillir un vaccin contre le paludisme.  Mais il est temps qu'elle se prépare, sorte de sa torpeur, , et se tienne prête pour  l'arrivée des premiers vaccins contre le paludisme  qui sortiront des chaînes  des PEV.

Tom Egwang est le directeur général des Laboratoires de Biotechnologie Médicale, à Kampala, en Ouganda.

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