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Q&R : Les voisins du Nigeria sous la menace du choléra
  • Q&R : Les voisins du Nigeria sous la menace du choléra

Crédit image: Médecins Sans Frontières

Lecture rapide

  • A la date du 2 octobre 2017, on a enregistré un total de 4.184 cas pour 57 décès

  • Les déplacements de gens dus aux conflits armés expliquent l’apparition de l’épidémie

  • Après une croissance continue, le nombre de cas enregistrés a commencé à baisser

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Depuis le mois d’août 2016, une épidémie de choléra sévit dans l’Etat de Borno, dans le nord-est du Nigeria, en proie à une crise humanitaire.
 
D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), quelque sept (7) millions de personnes dans cette zone ont besoin d’une assistance sanitaire, alors que 60% des infrastructures de santé de la région ne fonctionnent que partiellement, dans le meilleur des cas.
 
A titre d’exemple, l’OMS indique que quelque 44.000 personnes vivent dans le camp de Muna Garage, situé dans la banlieue de la capitale Maiduguri, où elles ont été forcées de se déplacer à cause des conflits ou de la famine.
 
Une telle concentration humaine avec l’insalubrité qui l’accompagne a déclenché une épidémie de choléra que le ministère de la Santé de l’Etat du Borno combat depuis le mois d’août, avec le soutien de partenaires comme l’OMS et Médecins sans frontières (MSF) entre autres…
 
Pour toucher la réalité du doigt, SciDev.Net a interrogé Félix Kouassi, coordonnateur médical de MSF dans l’Etat de Borno, et il fait le point de la situation à ce jour.
 
Qu’est-ce qui explique le déclenchement de l’épidémie de choléra qui sévit actuellement dans le nord-est du Nigeria ?
 
Plusieurs facteurs pourraient expliquer la survenue de cette épidémie qui sévit dans la région du Borno. C’est d’abord une zone endémique. A cela s’ajoute l’insécurité qui y sévit depuis un bon moment, en raison du conflit entre l’armée nigériane et le groupe Boko Haram et qui a entraîné un déplacement massif de populations, avec de fortes concentrations dans des camps où elles n’ont pas d’eau potable et où les conditions d’hygiène et d’assainissement sont déplorables. En pleine saison des pluies, ces déplacés deviennent encore plus vulnérables au choléra. C’est la raison pour laquelle plus de 90% des patients qui ont été pris en charge par MSF viennent de ces camps de déplacés. Donc, voilà réunis tous les facteurs qui ont favorisé l’apparition de cette épidémie de choléra.
 
Quel est le bilan actualisé de l’épidémie à ce jour ?
 
Pour le moment, les chiffres officiels font état de 4.184 cas pour 57 décès dans l’Etat de Borno.

“Il y a un manque de moyens de communication dans certaines zones, mais aussi l’insécurité, surtout la nuit, qui retardent l’accès aux patients. Or, la détection rapide de la maladie permet une prise en charge précoce et peut donc réduire la mortalité.”

Félix Kouassi
Coordonnateur médical de MSF

 
Quelle peut être la part de responsabilité des conflits armés dans le déclenchement d’une épidémie comme celle que vous combattez actuellement ?
 
Il y a un déplacement massif des populations suite à de tels conflits, suivi de fortes concentrations de gens dans des conditions d’hygiène déplorables, avec notamment l’insuffisance d’hygiène, d’assainissement et d’eau potable.

Borno doctor
Copyright Médecins Sans Frontières
Félix Kouassi, coordonnateur médical de Médecins Sans Frontières dans l’Etat de Borno, au Nigeria.
Puisqu’on parle de personnes déplacées, y a-t-il un risque que cette épidémie gagne des pays voisins comme le Cameroun, le Tchad ou le Niger ?
 
Il y a un important mouvement de personnes entre ces pays voisins et le principal risque de transmission est la consommation d’une eau contaminée lorsque les vibrions, c’est-à-dire les bactéries responsables de la maladie, finissent par se retrouver dans de l’eau à boire. Mais, il y a aussi la contamination directe.
 
MSF mène la lutte aux côtés de l’OMS et des structures locales. Mais, des informations publiées par l’OMS le 18 septembre faisaient état d’une augmentation du nombre de cas. Pourquoi vos forces réunies ne parviennent-elles pas à freiner la propagation de la maladie ?
 
Au cours d’une épidémie, il y a une évolution vers un pic ; ce qui explique cette déclaration faisant état d’une augmentation des cas. Mais, ça ne veut pas dire que nos efforts ne portent pas de fruit. MSF est en support au ministère de la santé de l’Etat de Borno. Nous avons 78% des capacités d’hospitalisation des malades de choléra et 66% des malades sont pris en charge par les équipes de MSF sur ses sites de traitement ; cela fait plus de 2 700 malades. Nous sommes également impliqués dans les activités d’hygiène, d’assainissement et d’approvisionnement en eau potable pour les populations vulnérables des camps de déplacés qui subissent aujourd’hui le lourd fardeau de cette épidémie. Tous les acteurs humanitaires en soutien au ministère de la Santé de l’Etat du Borno font d’énormes efforts pour freiner la propagation de l’épidémie. Certes, il reste beaucoup de choses à faire dans les camps, mais, je suis convaincu que nous allons y arriver.
 
Quels sont les premiers signes qui doivent donner l’alerte sur la présence d’un cas de choléra dans une famille ?
 
La définition standard d’un cas de choléra en période d’épidémie veut que toute personne faisant des selles liquides trois fois par jour ou plus, avec ou sans déshydratation, se rende immédiatement dans un centre de prise en charge pour être rapidement soignée. Ce centre peut être un site de réhydratation orale ou un centre de traitement ou d’hospitalisation pour les cas compliqués.
 
Quels conseils donnez-vous aux populations pour réduire le risque de contracter la maladie ?
 
Ce que l’on leur conseille, c’est de boire de l’eau potable, de faire le lavage simple de leurs mains au savon ; ce qui permettrait de briser la contamination féco-orale.
 
Mais, comment accéder à l’eau potable dans une région sahélienne généralement sèche et actuellement minée par des conflits ?
 
En ce moment, MSF et les autres organisations travaillent en coordination avec le ministère de la Santé de l’Etat du Borno pour prévenir l’apparition de nouveaux cas et contrôler l’épidémie. Dans ce cadre, nous nous assurons notamment que des tablettes de purification de l’eau sont distribuées dans les zones affectées, pour faciliter l’accès à l’eau potable. Dans une zone comme l’Etat de Borno, minée par les conflits comme vous dites, une grande partie de la population, notamment les personnes déplacées, est dépendante de l’aide pour avoir un accès suffisant à la nourriture, à l’eau potable, à un abri ou aux soins médicaux. Il faut donc déployer une aide humanitaire adéquate, et la déployer au bon moment et de manière coordonnée, afin de s’assurer de toucher ceux qui en ont le plus besoin.
 
Quelles difficultés rencontrez-vous dans cette prise en charge ?
 
Il y a un manque de moyens de communication dans certaines zones, mais aussi l’insécurité, surtout la nuit, qui retardent l’accès aux patients. Or, la détection rapide de la maladie permet une prise en charge précoce et peut donc réduire la mortalité. Il y a également le nombre important des camps de déplacés qui est un facteur favorable à la diffusion de l’épidémie, car les risques de contamination et de transmission du choléra sont toujours présents. Malgré le déploiement de l’aide humanitaire dans l’Etat du Borno et dans certains de ces camps, la capacité d’accueil et les infrastructures en eau et assainissement sont encore insuffisantes à bien des endroits, et augmentent les risques d’épidémies.
 
Où est-ce que MSF s’approvisionne elle-même en ce qui concerne l’eau potable que vous fournissez ensuite aux patients dans les camps de déplacés ?
 
Nous intervenons à Monguno, Dikwa et Maiduguri et à partir de ces villes nous avons la possibilité d’approvisionner ces populations en eau potable.
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