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Des méthodes innovantes pour stimuler la santé mentale au Zimbabwe
  • Des méthodes innovantes pour stimuler la santé mentale au Zimbabwe

Crédit image: Grand Challenges Canada

Lecture rapide

  • Des rencontres hebdomadaires dites du "banc de l'amitié" sont organisées pour soulager les patients de la dépression

  • Ces réunions sont dirigées par des agents de santé communautaires qui reçoivent une formation appropriée

  • L'adaptation culturelle est cruciale pour l'acceptation et la mise à l'échelle

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D'après les résultats d'un essai clinique mené à Harare, au Zimbabwe, parler une fois par semaine à un agent de santé communautaire, sur un simple siège en bois dans une clinique de santé, peut faire la différence dans la vie des personnes atteintes de troubles mentaux tels que l'anxiété ou la dépression.
 
L'étude, publiée dans la revue JAMA, a constaté que les patients qui se soumettent à cette méthode étaient moins susceptibles de présenter des symptômes que ceux qui reçoivent un traitement standard.
 
Peter Singer, Président-directeur général de Grands Défis Canada, qui finance le programme grâce au soutien du gouvernement du Canada, a déclaré à SciDev.Net que l'étude prouve qu'il est possible de combler le fossé en matière de soins de santé mentale. "Elle montre qu'une innovation simple peut fonctionner et peut être intégrée dans les systèmes de santé."
 
Selon Vikram Patel, psychiatre et professeur à l'École d'Hygiène et de Médecine Tropicale de Londres, l'étude ajoute "de plus en plus de preuves" que les agents de santé communautaire travaillant dans les établissements de soins de routine peuvent effectivement dispenser les thérapies psychologiques qui font défaut dans de nombreux pays pauvres en ressources.
 
Un autre essai clinique de Vikram Patel et de ses collègues, également publié dans le Lancet, a montré pour sa part qu'un bref traitement contre des cas de dépression majeure administré par des conseillers laïcs à Goa, en Inde, était bénéfique et rentable.
 
"[Ces traitements] sont très rentables", a déclaré Vikram Patel à SciDev.Net. "Ce n'est même plus un sujet de recherche méritant des études approfondies: la vraie question est maintenant de savoir comment généraliser cette innovation."
 
Les pénuries de personnel constituent un obstacle majeur aux soins de santé mentale dans de nombreux pays en développement, où la majorité des patients ne peuvent pas accéder au traitement. Selon les auteurs, au Zimbabwe, seuls 10 psychiatres sont disponibles pour soigner environ quatre millions de personnes souffrant de troubles mentaux.
 

“Ce n'est même plus un sujet de recherche méritant des études approfondies: la vraie question est de savoir comment généraliser cette innovation."”

Vikram Patel
École d'Hygiène et de Médecine Tropicale de Londres

 
L'approche "Banc de l'amitié" permet aux patients d'acquérir des stratégies d'adaptation et un meilleur contrôle de leur vie, selon l'auteur principal, Dixon Chibanda.
 
Mais il a fallu une année de recherche formative pour l'adapter afin que les formateurs puissent utiliser les expressions idiomatiques de détresse comprises dans la culture locale.
 
"Nous avons développé quelques concepts, comme le kuvhura pfungwa (qui se traduit par "l'ouverture de l'esprit ") - il est devenu un élément critique, et la communauté pourrait identifier ce terme", a déclaré Dixon Chibanda dans une interview à SciDev.Net. D'autres termes incluaient kusimudzira, qui signifie "élever", et kusimbisa, qui signifie "renforcer".
 
Cette recherche initiale a également incité à abandonner l'appellation de "banc de santé mentale" pour celle de "banc de l'amitié", éliminant les stigmates qui avaient tenu les gens éloignés.
 
Le programme a depuis été mis en œuvre dans 72 cliniques à Harare, ainsi qu'à Gweru et Chitungwiza.
 
Peter Singer et Dixon Chibanda croient que l'adaptation culturelle est essentielle à l'expansion, car la communauté et le système de santé sont plus susceptibles de l'accepter.
L'équipe a d'abord testé l'approche à Harare, en recrutant de manière aléatoire 573 adultes à la recherche de soins pour des troubles sans rapport les uns avec les autres, dans 24 cliniques à travers la ville. Ceux qui avaient obtenu des résultats élevés lors de tests de dépistage de santé mentale ont été invités à y prendre part.
 
Environ la moitié des participants ont rencontré des agents de santé sur le banc. L'autre moitié a reçu des soins standard, y compris le renvoi à un psychiatre et l’administration de médicaments.
 
Avant le programme, les agents de santé ne bénéficiaient pas de formation spécialisée en soins mentaux. Tous étaient des femmes et leur âge moyen se situait autour de 53 ans.
 
Cela reflète une perception par le département de la Santé de la ville que les femmes âgées constituent des référents plus acceptables pour des conversations sur des problèmes de santé mentale, a expliqué Dixon Chibanda.
 
Elles ont offert des séances hebdomadaires de 45 minutes de "thérapie de résolution de problèmes", suivies de séances de groupe facultatives. Après la période de six mois, tous les participants ont été évalués en rapport aux symptômes qu’ils présentaient.
 
Les patients qui ont utilisé la « méthode du banc » étaient plus de trois fois moins susceptibles de développer des symptômes de dépression majeure après six mois (13,7% et 49,9 % de prévalence des symptômes, respectivement). Ils étaient également quatre fois moins susceptibles d'avoir des symptômes d'anxiété (12,2% vs 48%) et cinq fois moins de pensées suicidaires que le groupe témoin (12,7% contre 64%).
 
La durée de l'effet positif après la fin du programme est une question à laquelle l'étude n'a pas encore répondu. Dixon Chibanda a déclaré à SciDev.Net qu’un an plus tard, des preuves anecdotiques suggéraient des améliorations durables.
 
Plus d'un tiers des personnes recrutées avaient été victimes de violence familiale ou de maladie physique (70%) et beaucoup d'entre elles étaient séropositives (40%).
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