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Vaccins : De la nécessité d’une meilleure logistique
  • Vaccins : De la nécessité d’une meilleure logistique

Crédit image: Path/Georgina Goodwin

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  • La mauvaise gestion logistique des vaccins agit sur la couverture vaccinale

  • 1,5 million de personnes pourraient être sauvées grâce à une meilleure gestion

  • Les experts appellent à assurer la formation de logisticiens qualifiés

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Selon un groupe de chercheurs, l’inadéquation des chaînes de distribution de vaccins, conçues dans les années 1970, est à l’origine des difficultés d’approvisionnement en vaccins dans plusieurs pays du monde.
 
Ces difficultés concernent notamment les ruptures de stock et les conditions inappropriées de conservation des vaccins.
 
L’étude montre, entre autres, qu’à l’échelle mondiale, un tiers des pays ont subi au moins une rupture de stock, tandis que jusqu’à 38% des vaccins sont accidentellement exposés à des températures inadéquates.
 
Les chercheurs ont travaillé à partir de données issues de formulaires de rapports conjoints de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) et du Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF.)
 
 
Dans une série de vingt-neuf articles publiés aujourd’hui dans la revue Vaccine, sous la houlette de l’ONG PATH, avec la participation d’experts de la Fondation Bill et Melinda Gates et de la Johns Hopkins Bloomberg School of Public Health, ils appellent à une réorganisation des circuits de distribution des vaccins, à l’échelle internationale.
 
L’étude avait pour but d’identifier les défis et les obstacles potentiels auxquels plusieurs pays sont confrontés dans le cadre de l’approvisionnement en vaccins.
 
D’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les vaccins préviennent environ deux à trois millions de décès par an ; toutefois, note l’organisation, un plus grand nombre de vies humaines (1,5 million environ) pourraient être sauvées en améliorant la couverture vaccinale mondiale.
 
En 2015, près de 19,4 millions de nourrissons dans le monde n’ont pas été vaccinés, précise pour sa part l’ONG Path, dans un communiqué de presse rendu public ce 30 mars.
 
Dans une interview avec SciDev.Net, Benjamin Schrieber, conseiller principal en santé à l’Unicef et membre du comité de rédaction de l’étude, a déclaré que 38% des pays d’Afrique sub-saharienne ont connu une rupture de stocks d’une durée d’au moins un mois.
 
"Dans 80% des cas, ces ruptures de stocks ont affecté les services de vaccination", précise-t-il.
 
En plus des difficultés induites par les ruptures de stock, se pose aussi la question des conditions de conservation des vaccins.
 
Celina Hanson, consultante en vaccination à l’UNICEF, montre que le pourcentage d'exposition du vaccin à des températures inférieures aux recommandations pendant le stockage était de 33% dans les pays développés et 37,1% dans les pays à faible revenu.
Selon Benjamin Schrieber, même si les vaccins endommagés du fait d’une exposition à des températures inadaptées ne présentent pas de risques pour les populations, leur efficacité peut en souffrir.
 
Plusieurs types de vaccins peuvent en effet perdre leur efficacité s’ils sont exposés trop longtemps à des températures autres que celles spécifiées dans les recommandations, soit entre 2 et 8 °C.
 
Celina Hanson montre ainsi qu’une étude menée aux États-Unis a noté que les régions sanitaires ayant des pourcentages plus élevés de réfrigérateurs avec des températures en deçà des normes avaient également des taux plus élevés de coqueluche.
 
Cela démontre que c’est une problématique globale qui affecte tous les pays, écrivent les auteurs.

“Il existe beaucoup trop de régions dans le monde où les personnes qui en ont le plus besoin n’ont pas accès aux vaccins.”

Steve Davis
PDG de PATH



Une revue de littérature menée par l’UNICEF et rassemblant 45 études qui évaluent la température des vaccins dans diverses régions du monde a conclu que 33,3 pourcent des unités de stockage dans les pays développés et 37,1 pourcent dans les pays en développement contenaient des vaccins qui avaient été exposés à des températures inférieures aux recommandations.
 
Face à ces défis, Steve Davis, le président directeur-général de PATH, estime dans un communiqué de presse qu’il existe "beaucoup trop de régions dans le monde où les personnes qui en ont le plus besoin n’ont pas accès aux vaccins", ajoutant qu’il faut "exercer les mêmes efforts colossaux pour la distribution des vaccins que pour leur développement."
 
Pour ce qui est des solutions aux difficultés en matière de distribution, les auteurs citent en exemple le cas du Bénin, qui a mis en place des programmes de formation pour des gestionnaires de chaînes d’approvisionnement afin d’assurer la sûreté des circuits de distribution et d'encadrer les professionnels de la santé, permettant ainsi de réduire le nombre de ruptures de stock.
 
Benjamin Schrieber estime que "les leçons apprises au Bénin sont multiples et une étude menée par l’Agence de Médecine Préventive (AMP) et l’Université of Abomey-Calavi montre que les acteurs clés dans l’immunisation perçoivent le logisticien comme un acteur clé devant leur permettre d'accomplir leur mission de santé publique, notamment en améliorant les connaissances et les pratiques en matière de gestion des vaccins, en assurant une supervision formative et en améliorant la disponibilité des vaccins et autres fournitures."

Parmi les pays cités en exemple se trouvent le Bénin et le Mozambique, qui ont mis en place des structures de formation de logisticiens, ainsi qu'une politique de suivi jugée efficace.

En ce qui le concerne, le Bénin abrite depuis 2013 un centre Logivac – "Logistique de la Vaccination" -, dans la localité de Comè, dans le sud-ouest.
 
Administré conjointement par l’Agence de Médecine Préventive (AMP) et l’Institut régional de santé publique (IRSP) dans le cadre d’un groupement d’intérêt économique, le centre est considéré comme un établissement de référence qui assure la formation en logistique de la vaccination et en chaîne du froid.
 
Avec l’appui de logisticiens formés par le centre Logivac de Comè, le pays a mis en œuvre un projet pilote pour réorganiser la chaîne logistique des vaccins tout au long de la pyramide sanitaire du Bénin, en supprimant les structures au niveau de certaines subdivisions administratives.
 
"Ainsi les vaccins sont directement livrés à partir des zones sanitaires aux centres de vaccination au moyen d’un entrepôt mobile", explique Benjamin Schrieber.
 
Ce pays a aussi renouvelé les équipements de la chaîne du froid en remplaçant les réfrigérateurs à absorption défaillants par des réfrigérateurs solaires.

Selon Benjamin Schrieber, une évaluation de la gestion efficace des vaccins (GEV) au Bénin a fait état d'améliorations passant de 40% à 100% au niveau du district où le projet pilote a été implémenté.

"Les leçons tirées du Bénin sont maintenant documentées et aideront d'autres pays à faire de même et des projets similaires sont implémentés, notamment au Mozambique et d’autres pays d’Afrique sub-saharienne sont intéressés."
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