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  • Une étude révèle un niveau élevé de démence dans le Sud

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Des études révèlent que la prévalence de la démence dans le monde en développement est plus élevée qu'on le pense, d'où la nécessité pour les décideurs de réévaluer son impact sur leurs systèmes de santé.

Les précédentes études estimaient que le phénomène de la démence dans le monde en développement représentait autour du quart ou du cinquième de celui des pays développés.

Le Groupe de recherche sur la démence 10/66 est une équipe de scientifiques constituée principalement de chercheurs de pays en développement qui a mis au point un  nouvel outil permettant de mieux diagnostiquer la démence dans le Sud.

Leur étude, publiée dans le magazine The Lancet en ligne cette semaine (28 juillet), compare cet outil aux critères traditionnels utilisés dans l'évaluation de la démence.

Environ 15.000 personnes, âgées de plus de 65 ans, réparties entre la Chine, Cuba, la République dominicaine, l'Inde, le Mexique, le Pérou et le Venezuela, ont pris part à cette étude.

Chaque participant et un membre de sa famille ont été interrogés sur les fonctions cognitives du participant, avant d'être soumis à des examens physiques et sanguin. Les données ont ensuite été analysées à l'aide des critères habituels, le DSM-IV, et les critères du 10/66, qui 'permettent d'évaluer la probabilité de la démence.

Les résultats obtenus avec les critères du 10/66 ont systématiquement donné des chiffres plus élevés – environ le double de ceux obtenus avec les critères du DSM-IV. Ces résultats ont également été stables d'un pays à l'autre, se situant entre 5,6 pour cent en Chine rurale et 11,7 pour cent en République dominicaine, contrairement à ceux du DSM-IV, qui varient considérablement d'un pays à l'autre, entre 0,3 pour cent en Inde rurale et 6,3 pour cent à Cuba.

Plusieurs des cas diagnostiqués grâce aux critères du 10/66 n'ont pas été assimilés à la démence selon les critères du DSM-IV, ce qui laisse penser que les critères du 10/66 ont permis de diagnostiquer des cas plus légers et modérés.

Martin Prince, professeur d'épidémiologie psychiatrique au King's College de Londres et chef du groupe de recherche 10/66, pense que ces résultats sont dus au fait que ces critères comparent les tests cognitifs utilisés aux déclarations du membre de la famille du participant pour évaluer la probabilité que la personne souffre ou non de démence, au lieu de se limiter à l'approche du DSM-IV, qui se résume à cocher des cases.

Le respect que l'on a traditionnellement pour les personnes âgées dans le monde en développement peut également empêcher les membres de leur famille de parler de leurs problèmes cognitifs, ajoute Prince.

Pour Prince, ils peuvent présenter également des symptômes d'un déficit cognitif, comme 'oublier 'de faire les courses, la cuisine, le ménage, ou ''avoir besoin d'un long moment de préparation pour effectuer des tâches et activités – qui ne sont pas visibles dans la mesure où ils bénéficient d'une bonne assistance.  Autant de choses qui, selon Prince, sont susceptibles de ne pas être prises en compte avec la méthode diagnostique du DSM-IV.

Ces nouvelles évaluations du niveau de la démence sont un signal en direction des décideurs sur les effets probables de ce phénomène sur les systèmes de santé, compte tenu surtout du vieillissement de la population mondiale.

"[La démence] doit être prise au sérieux parce qu'elle est étroitement associée à la dépendance. Il faut prendre en compte le handicap, la dépendance et la mortalité lorsqu'on réfléchit sur les maladies chroniques. Toute l'attention est focalisée sur les cancers, les maladies cardiovasculaires et les décès des quinquagénaires et sexagénaires, alors qu'en réalité 'la majeure partie des pathologies et leur poids sur la société résulteront du handicap et de la dépendance de personnes âgées," précise-t-il.

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