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  • Une étude constate que les pauvres se lassent très vite des moustiquaires

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[OUAGADOUGOU] Selon certains chercheurs travaillant au Burkina Faso, si les moustiquaires ne sont pas conçues avec originalité et adaptées à l'exiguïté des maisons des populations pauvres, elles seront délaissées après seulement quelques mois d'utilisation.

L'équipe composée de membres de l'Institut de Recherche pour le Développement (IRD) de France et de l'Institut de Recherches en Sciences de la Santé du Burkina Faso, s'est lancée dans une comparaison de l'acceptabilité de deux types de moustiquaires imprégnées à Soumousso, village situé au Sud-Ouest du pays.

Leur surprise fut de constater qu'un tiers des personnes recevant une moustiquaire abandonne son utilisation à peine six mois plus tard.

Ces résultats ont de sérieuses implications sur l'efficacité des stratégies de lutte contre le paludisme préconisées par l'OMS et qui attribuent un rôle central aux moustiquaires imprégnées.

Dans le cadre de cette étude étalée sur trois ans, deux cents familles de ce village ont bénéficié de moustiquaires ainsi que d'une sensibilisation sur le paludisme, son mode de transmission et le rôle important des moustiquaires.

Lea Paré-Toé, membre de l'équipe de recherche et doctorante à l'Université de Provence en France, affirme que cette étude a révélé que le fait de disposer d'une moustiquaire ne suffit pas à prévenir des piqûres de moustiques.

 'Il faudra désormais combler l'écart de fait qui existe entre la possession d'une moustiquaire et son utilisation efficace', a-t-elle expliqué au Réseau Sciences et Développement (SciDev.Net).

Elle précise que les obstacles à l'utilisation de la moustiquaire sont à la fois d'ordre pratique et culturel. Les maisons du village ont souvent une ou deux pièces à usages multiples, que les familles utilisent à la fois pour dormir et manger. Qu'un moustiquaire se retrouve ainsi suspendu au milieu d'une pièce encombrée n'est pas du tout pratique, conclut l'étude, et il est fastidieux de le descendre pour le raccrocher chaque soir.

En outre, 'tels qu'ils sont conçus à l'heure actuelle, les moustiquaires sont mieux adaptées à un lit qu'aux nattes sur lesquelles dorment les populations', fait remarquer Paré-Tolé, qui ajoute que les fabricants des moustiquaires doivent tenir compte de cette réalité.

Cette impraticabilité est aggravée par une croyance répandue selon laquelle les causes du paludisme sont variées, ajoute Paré-Toé. Ainsi, on croit que le fait de s'exposer au froid ou aux pluies ou de manger beaucoup d'aliments sucrés peuvent entraîner le paludisme. De ce fait, la moustiquaire est souvent perçue comme un moyen de prévention parmi d'autres.

Paré-Toé estime qu'il faut accroître la sensibilisation des populations sur la cause réelle du paludisme. Les professionnels de la santé et les spécialistes des sciences sociales doivent davantage communiquer avec les populations locales, recommande-t-elle, et les campagnes de sensibilisation doivent tenir compte des croyances et comportements existant au sein des communautés locales.

Lien vers le résumé de l'étude fait par l'IRD

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