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Sénégal : Les médecins opposés à la législation sur la médecine traditionnelle
  • Sénégal : Les médecins opposés à la législation sur la médecine traditionnelle

Crédit image: Vlad Sokhin/Panos

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  • Un projet de loi a été adopté par le gouvernement, au grand dam des médecins

  • Ceux-ci redoutent un amalgame susceptible de nuire à la santé des populations

  • Le projet sera soumis sous peu au vote des députés

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Vivement critiqué par les professionnels de la santé, le projet de loi relatif à l’exercice d'un métier lié à la médecine traditionnelle au Sénégal a été adopté en mai en conseil des ministres.
 
Les responsables du ministère de la Santé estiment que si ce projet de loi sur la pratique de la médecine traditionnelle est adopté par l’Assemblée nationale, tout pratiquant devra être détenteur d’une autorisation pour continuer d'exercer le métier de tradipraticien.
 
Ils ajoutent qu’un laboratoire de contrôle des médicaments à base de plantes sera désigné pour déterminer leurs propriétés, leur dosage, leur mode d’administration avant toute commercialisation, sans parler de l'interdiction de la publicité dans les médias.
 
Mais l'Inter-ordre des professionnels de la santé (IOPS) s'insurge contre le texte et dénonce une tentative d’officialisation sans distinction des tradipraticiens et autres spécialistes de la médecine traditionnelle.
 
Cette institution qui réunit les quatre ordres de spécialistes de la santé du Sénégal (médecins, chirurgiens-dentistes, vétérinaires et pharmaciens) regrette de n’avoir pas été consultée.
 
Mamadou Ka, président de l’l’IOPS, précise qu’il ne s’agit pas d’opposer la médecine moderne et la médecine traditionnelle, mais plutôt de créer les conditions d’une valorisation des pratiques traditionnelles positives qu’il faut encadrer et réglementer par des dispositions législatives sérieuses, dans l’intérêt supérieur de la santé des populations.

“L’argumentaire est d’une simplicité plate et ne repose sur aucune base scientifique.”

Mamadou Kay
Président de l'Inter-ordre
des professionnels de la santé (IOPS)


"L’argumentaire est d’une simplicité plate et ne repose sur aucune base scientifique, ni sur aucune logique médicale sécurisante", estime-t-il, dans une interview à SciDev.Net.
 
En revanche, les acteurs de la médecine traditionnelle applaudissent l’initiative des deux mains.
 
C’est le cas d'Erick Gbodossou, promoteur du Centre expérimental des médecines traditionnelles de Fatick, qui estime que la santé étant la base du développement, aucun homme sérieux ne peut mettre la base de son développement entre des mains exogènes.
 
"Si hier, le monde a couru derrière l'or jaune, si aujourd’hui c’est l’or noir qui fait sa loi, demain ce sera le règne de l'or vert, c'est-à-dire la santé par les plantes. Dans la mesure où 90% de cet or vert se trouve dans le Tiers-monde, notamment en Afrique, si nous ne le valorisons ou ne le protégeons pas, ce serait dommage que demain les pays du Nord viennent apprendre à nos enfants ce que faisaient nos grands-parents."
 
Une organisation comme l'Association des médico-droguistes, phytothérapeutes et herboristes traditionnels du Sénégal, revendique 4225 membres, des médecins traditionnels répartis dans les 14 régions du pays.
 
Mais il est impossible d’avoir des données sur cette activité, à l'échelle nationale.
 
Le professeur Emmanuel Bassène, responsable de la cellule médecine traditionnelle au ministère de la Santé et de l'Action sociale, reconnait qu’il n'existe aucune estimation au niveau national.
 
"Nous nous basons sur les données de l’OMS qui estiment que près de 80% des populations d’Afrique ont recours à la médecine traditionnelle. Et justement l’un de nos objectifs à travers ce texte est de parvenir à une loi-cadre qui va définir les normes et conditions et qui servira aussi à faire une cartographie de la médecine traditionnelle."
 
Face au courroux de l’Inter-ordre des médecins qui demande le retrait du texte et des concertations, Mactar Ba, chef du bureau de la législation au ministère de la Santé, rappelle que le processus n’est pas encore terminé.
 
"De toute façon, il y aura un débat à l’Assemblée nationale. Et même après le vote, la présidence prendra un décret d’application qui va aider à donner plus de précision pour les normes et les conditions d’exercice de la médecine traditionnelle."
 
A ce jour, "même après notre conférence de presse, nous n’avons pas été contactés par les autorités. Et nous n’avons pas reçu le texte de manière officielle", se désole Mamadou Ka.
 
Depuis 2007, des organisations régionales et internationales tentent d’aider les pays africains à faire face au défi de la réglementation des produits issus de la pharmacopée  traditionnelle.
 
Ces efforts se sont illustrés en août 2016 par l’adoption, sous l’égide de l’OMS, d’une stratégie de réglementation des produits médicaux dans la région Afrique.
 
Au niveau mondial, les populations se tournent de plus en plus vers la consommation de médicaments à base de plantes.
 
Selon l’OMS, le marché mondial des plantes médicinales, en expansion rapide, représente actuellement plus de US $60 milliards par an.

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