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Bernard Vallat, Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).
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  • Q&R : Prendre conscience de la gravité de la grippe aviaire

Bernard Vallat, Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE).
Crédit image: Fickr/OIE_Photos

Lecture rapide

  • Quand le virus se manifeste dans une ferme, presque tous les poulets meurent

  • Des centaines de personnes en sont aussi déjà mortes à travers le monde

  • Il n’existe pas de traitement et les vaccins n’écartent pas la menace.

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Le Burkina Faso fait actuellement face à une épidémie de grippe aviaire qui porte un sérieux coup à l’économie de ce pays et à la sécurité alimentaire de ses populations.

Cette maladie a notamment amené les pays voisins à arrêter d’importer de la volaille en provenance du Burkina Faso.

Dans le pays même, les populations, sont de plus en plus tentées de renoncer à la consommation de la viande de poulet et des œufs.

Car, cette maladie qui est provoquée par un virus, est capable de décimer toute la volaille d’une ferme et même de s’attaquer à l’Homme.

SciDev.Net a rencontré Bernard Vallat, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), qui analyse cette épizootie du Burkina Faso et donne des éclairages sur cette maladie qui n’est pas à sa première apparition.

 
Une épizootie de grippe aviaire sévit actuellement dans certaines régions du Burkina Faso. Quelles peuvent en être les origines possibles ?

Toutes les grippes, que ce soit pour l’homme ou l’animal, sont dues à un virus, que l’on appelle le virus de l’Influenza.

Mais, ce virus a plusieurs catégories différentes ; il se spécialise pour attaquer les poules, les porcs, les chevaux ou les hommes.

Ce virus a des variations génétiques qui se font de façon naturelle. Les services vétérinaires du Burkina Faso ont envoyé les analyses de ce virus au laboratoire mondial de référence qui est en Italie.

Les analyses ont confirmé qu’il s’agit bien d’une souche que l’on appelle H5N1, qui attaque surtout les volailles, mais qui peut quelquefois affecter l’homme.

C’est déjà arrivé ; il y a des centaines de personnes qui sont mortes à travers le monde après avoir approché des poulets contaminés, surtout des poulets vivants.

L’origine, on la connaît, puisqu’en Afrique cette année, la maladie a débuté au Nigeria et a envahi pratiquement tout le pays.

Puis, elle a commencé à se diffuser et aujourd’hui, pratiquement tous les pays voisins du Nigeria ont été contaminés par des volailles infectées en provenance du Nigeria.

Ce n’est pas la première fois que ce virus arrive en Afrique. Il était déjà arrivé en Afrique il y a quelques années et il avait été possible de s’en débarrasser.

Nous allons prendre des mesures pour que les pays africains puissent se débarrasser de ce virus qui attaque leurs volailles.


Comment les pays vous contactent-ils pour vous informer d’une épizootie ?

Il y a 180 pays membres de l’OIE, dont 54 en Afrique, et ils ont l’engagement de nous informer lorsqu’il y a une maladie qui est détectée sur leur territoire.

Ils doivent envoyer l’information à notre siège.

Nous sommes reliés par un site électronique à tous nos pays membres et lorsqu’ils ont une information, ils envoient un message à notre serveur et nous mettons l’information sur notre site web.

Nous avons une interface web qui gère toutes ces informations qui arrivent tous les jours par dizaine et du monde entier.

Donc, une fois que le laboratoire au Burkina Faso a confirmé qu’il s’agissait du virus H5N1, il a envoyé une notification ici au siège de l’OIE et nous avons mis l’information sur notre site pour que tout le monde soit au courant.

Notre obligation est de gérer l’information sanitaire mondiale ; donc, tous les pays membres nous envoient ces informations.

Il y a une liste d’environ 120 maladies pour lesquelles l’information est obligatoire.


Quelle est l’ampleur de la menace que représente la grippe aviaire sur l’élevage de la volaille d’une manière générale ?

C’est un virus qui est très dangereux pour les volailles. Lorsqu’il survient dans une ferme, la majorité des volailles meurent.

Quand ce virus pénètre dans un village, la plupart des poulets meurent ; car c’est un virus qui se transmet par voie aérienne, par la respiration des volailles, mais aussi par les crottes.

Donc, le virus se retrouve un peu partout et les animaux se contaminent facilement. C’est donc un vrai danger.

Alors que faire ? Il faut d’abord détecter rapidement la maladie, car si on la laisse se propager, elle va envahir tout le pays.

“La moitié des personnes qui attrapent cette maladie virale H5N1 meurent.
Les symptômes sont principalement respiratoires, ainsi qu’une fièvre très forte. Mais, la transmission à l’homme est très rare et concerne environ une personne sur cent. ”

Bernard Vallat, Directeur général de l'Organisation mondiale de la santé animale (OIE)


Quels en sont les symptômes ?

Le principal symptôme est un taux de mortalité élevé parmi les volailles ; ainsi que des troubles respiratoires et la diarrhée.

Mais, c’est très difficile de discerner les différentes maladies chez les volailles.

Donc, en règle générale, il faut tirer la sonnette d’alarme lorsqu’un nombre élevé de volailles meurent et que l’on sait que le virus de la grippe aviaire est dans le pays.

Dans ces cas-là, il faut détruire les cadavres, car ils contiennent le virus.

De même, il faut tuer les animaux qui ont été en contact avec les animaux morts.

Même les survivants sont contagieux et donc, il faut aussi les éliminer.

Il faut mettre des gants ; car c’est une maladie qui se transmet à l’homme. C’est la seule façon d’empêcher la propagation de la maladie.

Dans le cas où les mesures ont été prises trop tardivement et que l’on n’arrive pas à contenir la maladie de cette façon, il existe un vaccin.

Il y a des vaccins très spécifiques à chaque souche virale et il y a un vaccin pour le H5N1 et on peut donc vacciner les poulets autour des endroits contaminés afin de protéger les animaux autour de la zone infectée.

Mais, nous déconseillons cette méthode, c’est une méthode de dernier ressort, car il vaut mieux détruire les animaux contaminés.


Donc, une fois infecté, il n’y a pas de traitement ?

Non. Et c’est même dangereux de traiter, car les animaux restent contagieux pour les autres animaux et même pour l’homme.


Quels sont précisément les risques pour l’être humain ?

La moitié des personnes qui attrapent cette maladie virale H5N1 meurent.

Les symptômes sont principalement respiratoires, ainsi qu’une fièvre très forte. Mais, la transmission à l’homme est très rare et concerne environ une personne sur cent.

Donc, c’est plutôt rare, mais ça n’empêche pas qu’il faille prendre des précautions. Ce n’est pas une maladie qui se transmet par l’alimentation.

La viande d’un poulet contaminé n’est plus contagieuse une fois cuite, mais la contamination s’effectue au moment où l’on attrape le poulet pour le tuer.


Les autorités ivoiriennes ont interdit l’importation de la volaille burkinabè, quelles autres mesures les autres pays de la sous-région peuvent prendre pour éviter la contamination ?

Il faut surtout empêcher les animaux de cette zone de se rendre ailleurs à cause du commerce.

C’est une mesure de base et une recommandation de l’OIE d’empêcher les mouvements des animaux, même des œufs d’une zone infectée vers une autre.


Quels actes d’intervention l’OIE a-t-elle déjà effectués dans le cadre de cette épizootie au Burkina Faso ? Et avez-vous agi au Nigeria également ?

Oui, le gouvernement du Nigeria a demandé une délégation pour conseiller le gouvernement et l’OIE a donc envoyé un expert pendant plusieurs jours pour donner des conseils au gouvernement du Nigeria.

Nous avons également publié plusieurs ouvrages, nous avons des informations sur notre site web.

Donc, tous nos collègues qui sont gestionnaires à travers le monde se réfèrent à nos publications et tiennent compte de nos conseils.

Nous avons émis plusieurs publications sur la grippe aviaire.

Le Nigeria avait demandé une mission car il avait demandé un prêt à la Banque Mondiale pour monter une opération nationale de prévention et la Banque Mondiale avait demandé un appui de l’OIE pour aider à faire la conception du programme national.


Et qu’en est-il du Burkina Faso ?

La situation n’est pas encore très grave. Donc, nos collègues arrivent à maitriser la situation ; mais si le problème s’aggrave, alors, nous prendrons d’autres mesures.


Est-ce qu’il y a des mesures spécifiques pour l’Afrique ?

En Afrique, c’est peut-être un peu plus compliqué parce qu’il y a beaucoup de "poulets bicyclettes" qui sont autour des maisons, alors que lorsque les poulets sont enfermés, c’est plus facile.

Quand les poulets sont en liberté, cela les rend plus vulnérables face à a la contamination.

Mais il y a d’autres pays en Asie, comme le Cambodge et le Laos où il y a des élevages en liberté.

Alors que dans les pays industrialisés, les poulets sont plutôt dans des élevages industriels, donc protégés de la contagion.


L’information arrive-t-elle facilement aux éleveurs africains ?

Nous confions aux différents gouvernements la responsabilité d’informer les éleveurs.

Nous leur donnons toutes les normes et les recettes et chaque pays utilise les canaux qu’il juge appropriés.
 

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