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Paludisme: Un parasite mutant pourrait menacer des millions de vies
  • Paludisme: Un parasite mutant pourrait menacer des millions de vies

Crédit image: Flickr/Gates Foundation

Lecture rapide

  • Deux études identifient de nouveaux moyens d'attaque d'un parasite du paludisme contre les globules rouges

  • Les personnes qui étaient auparavant immunisées contre le parasite peuvent maintenant être victimes de paludisme

  • Les résultats de l'étude pourraient avoir comme conséquence de rendre difficile le développement d'un vaccin contre le parasite

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[KAMPALA ] De nouvelles études ont montré que l'un des parasites du paludisme les plus répandus dans le monde - appelé Plasmodium vivax - qui cause le paludisme à Plasmodium vivax, évolue rapidement et pourrait venir à bout de la résistance naturelle conférée par un type sanguin trouvé chez des millions de personnes.

Les chercheurs affirment que cette évolution pourrait rendre le contrôle du paludisme et son élimination plus complexes, affecter les coûts de traitement, augmenter la résistance aux médicaments et rendre plus difficile le développement d'un vaccin contre le paludisme.

La recherche a été publiée le mois dernier (19 novembre) lors de la Conférence annuelle de la Société Américaine de Médecine Tropicale et d'Hygiène, à Washington.

“Les services de soins de santé doivent être à l'affût pour repérer le P. vivax, en particulier, dans toute l'Afrique. À l'heure actuelle, les méthodes de diagnostic ne sont ni précises, ni assez sensibles.”

Peter Zimmerman, Case Western Reserve University


"Les services de soins de santé doivent être à l'affût pour repérer le P. vivax, en particulier, à travers l'Afrique. À l'heure actuelle, les méthodes pour le diagnostiquer ne sont ni précises, ni assez sensibles", estime Peter Zimmerman de la Case Western Reserve University et co-auteur des deux nouvelles études, qui ont été publiées dans la revue scientifique américaine PLOS Neglected Tropical Diseases (21 novembre et 5 décembre).
 
Historiquement, le P. vivax a été considéré comme inoffensif et insusceptible de  provoquer la morbidité ou la mortalité du Plasmodium falciparum, un parasite du paludisme répandu et aux conséquences graves pour la santé, mais cette notion n'est pas correcte", soutient Peter Zimmerman.

Dans une étude impliquant plusieurs pays, publiée le 21 novembre, les chercheurs ont utilisé de nouvelles données de la séquence du génome de parasites prélevés chez un patient à Madagascar en 2010 et des prélèvements du parasite chez les personnes présentant des symptômes de paludisme à P. vivax retournant en France, après un séjour dans plusieurs pays tels que le Cambodge , Madagascar et le Soudan, entre 1997 et 2009.

Ils ont trouvé plusieurs nouveaux mécanismes biologiques susceptibles de donner au P. vivax de nouveaux moyens d'infecter des personnes qui étaient auparavant considérées comme étant naturellement immunisées.

Ces personnes étaient protégées par l'absence dans leur sang d'un récepteur de la protéine Duffy, qui empêche les parasites du paludisme à P. vivax de pénétrer dans les cellules rouges du sang.

Madagascar était d'un intérêt particulier, en raison de la présence dans ce pays de taux élevés de personnes ne présentant pas de récepteurs de la protéine Duffy, provoquant ainsi une vague d'infections de ce type parmi la population, explique Peter Zimmerman.

 L'autre étude, publiée le 5 décembre, avait porté sur la fabrication de nouveaux gènes de P. vivax chez un patient cambodgien et la comparaison du résultat avec un génome de référence.

"Nos analyses révèlent de nombreuses séquences d'ADN de P. vivax ADN qui sont absentes du génome de référence et contiennent 792 gènes prédits", écrivent les chercheurs dans la revue.

 Au Cambodge, ils ont découvert un nouveau moyen pour le P. vivax d'envahir les globules rouges et un gène jusqu'alors inconnu qui "porte toutes les fonctionnalités clés" pour être en mesure d'envahir les globules rouges d'une manière semblable au parasite du paludisme mortel – le P. falciparum.
 
Peter Zimmerman affirme qu'il est nécessaire d'effectuer plus de recherche fondamentale pour comprendre comment le parasite infecte les globules rouges, afin de mieux préparer un vaccin spécifique et de développer de nouveaux médicaments pour tuer le parasite à tous les stades de son cycle de vie lors de l'infection humaine.
 
Ibrahim Kasirye, directeur principal chargé de recherche à l'Université de Makerere, en Ouganda, affirme pour sa part que, compte tenu du fait que 95 pour cent des Africains étaient préalablement protégés contre cette souche, l'évolution du parasite suggère une augmentation potentielle des infections liées au paludisme en Afrique.
Selon lui, très peu de recherche a été consacrée au parasite, mais il doit être traité en priorité, comme les autres parasites du paludisme.
 
Cet article a été rédigé par la rédaction Afrique sub-saharienne de SciDev.Net. Veuillez cliquer ici pour consulter la version en langue anglaise.


Références

1. Lien vers l'étude multi-pays dans la revue scientifique américaine PLOS Neglected Tropical Diseases doi: 10.1371/journal.pntd.0002489 (2013)
2. Lien vers l'étude sur le Cambodge PLOS Neglected Tropical Diseases doi: 10.1371/journal.pntd.0002569 (2013)
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