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  • Les chiffres de mortalité due au paludisme font débat

Un diffrend est survenu entre l'OMS et les auteurs d'une tude qui affirment que le paludisme ferait deux fois plus de victimes qu'on ne l'estimait prcdemment, en partie parce que les dcs dus au paludisme chez les adultes seraient sous-dclars.

L'tude publie dans la revue The Lancet la semaine dernire (04 fvrier) par des chercheurs de l'Institut de mtrologie sanitaire et d'valuation (en anglais, Institute for Health Metrics and Evaluation ou IHME) de l'Universit de Washington, aux Etats-Unis, conclut qu'il y aurait eu 1,2 million de dcs dus au paludisme en 2010 - presque deux fois les estimations de l'OMS, chiffres 655 000.

Pourtant, certains scientifiques ont remis en question la fiabilit de ces donnes, et d'autres reprochent aux auteurs de tenir des propos exagrs.

Grce aux donnes sur la mortalit due paludisme de 1980 2010, se basant sur les registres des naissances et des dcs et les autopsies verbales, les chercheurs ont utilis la modlisation informatique pour dvelopper une base de donnes de la mortalit due au paludisme par ge, par sexe, par pays et par anne.

Ils ont estim que les dcs dus au paludisme ont culmin 1,8 million en 2004 et sont en baisse depuis cette date, grce aux efforts dploys pour lutter contre cette maladie, confirmant ainsi les conclusions de l'OMS. En revanche, l'ampleur de cette baisse fait dbat.

Dans un communiqu, les chercheurs affirment que les chiffres plus levs sur la mortalit suggrent que certains des objectifs court terme -- comme l'ambition du partenariat Faire reculer le paludisme d'liminer les dcs dus au paludisme d'ici 2015 - seraient irralistes. Ils ont estim au contraire que le paludisme ne fera moins de 100 000 morts qu'aprs l'anne 2020.

Les auteurs ont galement conclu que de nombreux adultes meurent de paludisme, en contradiction avec la pense actuelle qui font des enfants les principales victimes. Ils ont estim que plus de 40 pour cent des dcs dus au paludisme touchaient des personnes ges de 5 ans ou plus -- soit prs de huit fois les chiffres de l'OMS.

Pour Stephen Lim, professeur de sant mondiale l'IHME et un des auteurs de l'tude, cela serait d, en grande partie, au fait que la cause du dcs est rarement connue chez les personnes ges de 5 et plus. De mme, l'exposition pendant l'enfance est considre comme procurant l'immunit aux personnes ges, ce qui ne serait peut-tre pas le cas.

Quand vous runissez toutes les donnes disponibles, vous constatez qu'il y a beaucoup de dcs chez les enfants plus gs et plus particulirement chez les adultes, a-t-il affirm.

L'OMS dfend pourtant ses chiffres.

Gregory Hartl, porte-parole de l'OMS a ainsi dclar l'agence amricaine Voice of America que les auteurs ont utilis des 'autopsies verbales' plutt que des diagnostics de laboratoire. Vous comptez sur les dclarations verbales d'un ami ou d'un parent disant que X personnes sont mortes de fivre, par exemple. Mais nous savons que beaucoup de maladies provoquent une fivre.

Bob Snow, du groupe de Sant publique et d'pidmiologie du paludisme au Centre de mdecine gographique, Nairobi, au Kenya, l'un des rviseurs par les pairs de l'article, est d'accord, crivant dans Nature News que l'autopsie verbale est un outil trs peu affin -- dans certains cas, il se rvle presque aussi judicieux de lancer une pice pour identifier la cause d'un dcs. C'est une technique qui peut tre utile si la cause d'un dcs est vidente ... mais pour le cortge habituel de symptmes auquel paludisme est associ, c'est peu utile.

Je pense pas ni l'IHME ni l'OMS ne connaissent le nombre de personnes qui meurent de paludisme dans le monde entier -- la vrit est que personne ne le sait vraiment. Mais ce n'est pas le genre d'information qui fait la une des journaux, a-t-il ajout.

Richard Horton, le rdacteur en chef du Lancet, a annonc l'tude sur Twitter, dclarant qu'une rvolution tait sur le point de se dclencher.

Pour Kevin Marsh, prsident du Comit consultatif des politiques de lutte contre le paludisme, de l'OMS, qui travaille en collaboration avec Snow Nairobi, les auteurs prsentent ces chiffres comme s'ils taient 'rels', et font des dclarations plutt prsomptueuses dans l'esprit de 'ces donnes montrent' au lieu de dire 'nous pensons qu'elles indiquent' -- c'est une question de langage.

Si les auteurs ont reconnu que la mthode verbale est certes imparfaite, Lim affirme que les systmes d'enregistrement des dcs sont rarement disponibles dans les pays o le paludisme est endmique, et que les autopsies verbales constituent donc la meilleure alternative.

Lien vers l'article dans The Lancet*

Lien vers l'article de Nature News

Lien vers l'article de Voice of America

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